Votre chien a le compas dans l’oeil


Une molécule magnéto sensible est présente dans la rétine de certains mammifères. Il s’agit d’une flavo protéine dénommée cryptochrome Cry1. Elle est homologue de la Cry1a précédemment identifiée dans la rétine des oiseaux, en particulier chez le pigeon. Les cryptochromes chez ces derniers sont les molécules sensibles au champ magnétique et le composant indispensable de leur boussole biologique. Il est envisagé que ce soit aussi le cas pour les mammifères (1).

Projet d’enseigne pour cabinet d’ophtalmologie canine

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Voici une paire d’années une équipe de chercheurs allemands et tchèques avait essayé de nous convaincre que les chiens lorsqu’ils défèquent orientent leur corps suivant l’axe Nord Sud. D’après eux ils démontraient ce faisant que nos compagnons à quatre pattes étaient sensibles au champ magnétique terrestre (2). Le mérite de ces jeunes savants fut reconnu et ils reçurent en 2013 le prix de Biologie des mains des jurés de l’Ignoble Prize.

Heureusement il est d’autres exemples plus probants de la sensibilité des mammifères au champ magnétique. Dans leurs déplacements journaliers ou saisonniers, d’évidence de très nombreuses espèces sont guidées par un « sixième » sens qui combine mémoire, astronomie et aussi dans certains cas géomagnétisme. Par exemple on a pu montrer que certaines chauve souris lors de leurs migrations utilisent une boussole interne : dans le cerveau, de minuscules particules de magnétite les rendent sensibles au champ magnétique terrestre, et ainsi elles sont guidées dans leurs déplacements quotidiens entre leur aire de repos qu’elles retrouvent aisément après leurs chasses lointaines. Il en est de même des dauphins, baleines et autres cétacés qui effectuent des migrations saisonnières et retrouvent d’une année l’autre les mêmes sites où, soit ils se nourrissent, soit ils y mettent bas et élèvent leurs petits.

Au delà de ces constats, localiser l’organe, le tissu, les cellules qui sont magnéto sensibles est une gageure.

 

En se fondant sur leur expérience acquise dans l’étude des oiseaux dont on sait de longue date qu’ils sont sensibles au champ magnétique terrestre, des chercheurs de l’Institut Max Planck ont eu l’idée d’effectuer une série de tests pour évaluer les potentialités cachées des cellules de la rétine de certains mammifères. Bien qu’incomplet, leur inventaire engrange des données qui concernent 90 espèces appartenant à 48 familles reconnues dans 16 ordres. On peut donc dire que leur échantillon est large et leurs résultats méritent que l’on s’y attarde.

Ce faisant, ils ont retrouvé une vieille connaissance, au moins pour eux, une molécule qu’ils avaient déjà croisée lorsqu’ils étudiaient les pigeons, reconnus grands navigateurs de longue date au point que la colombophilie est élevée par certains au rang de science.

Usant des mêmes techniques et méthodes pour détecter la ou les molécules qui dans leurs composants acceptent des atomes magnéto sensibles, ils ont pu identifier chez certains mammifères des crytochromes homologues de celles identifiées chez des oiseaux. Ils les dénomment Cry1. Elles sont présentes dans les cellules photo réceptives en cône, comme chez les oiseaux.

Les chercheurs envisagent que le Cry1 agit comme un pigment de la vision et sa présence élargit la sensibilité spectrale des cônes S1, les plus communs chez les mammifères. Les cryptochromes sont en effet sensibles à la lumière depuis la bande UV jusqu’au vert, alors que la perception des pigments S1 est plus réduite, du bleu, violet, parfois UV chez quelques espèces.

On sait que les cryptochromes ont un rôle majeur pour le fonctionnement de l’horloge circadienne.

Une autre fonction de ce Cry1 pourrait être chez les mammifères sa sensibilité magnétique, comme observé chez les oiseaux qui fait qu’ils possèdent une véritable boussole qui leur permet de « visualiser » le champ magnétique terrestre lors de leurs vols longue distance..

 

Ils ont identifié le Cry1 chez des Canidés, des Mustélidés, des Ursidés et certains Primates. A l’inverse, ils notent son absence chez d’autres espèces qu’ils ont testé et qui appartiennent aux Rongeurs, Périssodactyles, Artiodactyles et Proboscidiens.

Rappelons à ce propos que la sensibilité au champ magnétique observée chez des chauve souris et certains rats taupes résulte de la présence de magnétite dans l’oreille interne et le cerveau, et les tests réalisés chez ces animaux pour identifier le Cry1 se sont avérés négatifs.

 

Pour le moment, les mécanismes précis qui permettent à certains mammifères d’être sensibles au champ magnétique terrestre nous sont inconnus. Il n’en demeure pas moins que parmi les groupes où ils relèvent la présence de Cry1 dans les cônes S1, chez deux d’entre eux, les Canidés et les Primates, il existe des preuves de leur sensibilité au champ magnétique terrestre.

 

(1) Christine Nießner et al. 2016. Cryptochrome 1 in Retinal Cone Photoreceptors Suggests a Novel Functional Role in Mammals/ Scientific Reports 6, Article number: 21848 (2016).

DOI: 10.1038/srep21848

(2) Hart et al. 2013. Dogs are sensitive to small variations of the Earth’s magnetic field. Frontiers in Zoology 2013 10:80. http://DOI: 10.1186/1742-9994-10-80

 


Un commentaire pour “Votre chien a le compas dans l’oeil”

  1. Abranis Répondre | Permalink

    Je recommande la figure 5 de l'article de Hart et al. (référence (2)) !!!

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