Que diriez-vous d’Ordinateur ?

31.03.2014 | par Thierry Vieville | Uncategorized

J'ai le plaisir et privilège d'inviter, Patrice Leterrier, celui qui depuis le début à l'immense gentillesse de compléter, améliorer les petits billets de ce blog. À son tour de prendre la parole. Il nous raconte une belle histoire : celle du mot « ordinateur ».

« Que diriez-vous d’Ordinateur ? »

C’est par ces mots que commence la réponse, datée du samedi 16 avril 1955, de Jacques Perret, professeur de philologie latine à la Sorbonne, à Christian de Waldner, alors président d'IBM France.

Ce dernier, sous la recommandation de François Girard, responsable du service "Promotion Générale Publicité" et ancien élève de Jacques Perret, l’avait sollicité pour trouver un terme concis et précis pour traduire ce que les américains, qui ne s’embarrassent pas de philologie, avait appelé Electronic Data Processing System ou en abrégé EDPS.

ordinateur

Jacques Perret ajoutait dans son courrier "C'est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l'ordre dans le monde".

Il ne se doutait probablement pas qu’à peine 60 ans plus tard, les successeurs de cet ordinateur qu’il venait de baptiser allaient dominer le monde en y faisant régner l’ordre du tout numérique.

La lettre se terminait par "Il me semble que je pencherais pour "ordinatrice électronique", car il trouvait qu’il "permettrait de séparer plus encore votre machine du vocabulaire de la théologie".

Peut-être pas si mécontents de cette filiation divine, les dirigeants d’IBM préférèrent Ordinateur et le mot eut un tel succès qu’il passa rapidement dans le domaine public.

La recherche de ce vocable avait aussi un but marketing car Il s’agissait de le différencier du terme computer, facilement traduisible en calculateur, qui était réservé aux premiers ordinateurs scientifiques comme l’IBM 701.

Les premiers ordinateurs universels, faisant disparaître la nécessité de ce distinguo, n’apparaitront chez IBM que le 7 avril 1964 avec l’annonce de la série 360 qui va connaître un succès fabuleux et dont les programmes peuvent encore fonctionner aujourd’hui sur les plus puissants ordinateurs de la marque.

Le premier "ordinateur" d’IBM fut l’IBM 650, ordinateur à tubes de première génération, qui possédait une mémoire à tambour magnétique de 2000 mots et une mémoire vive en ferrite de 60 mots qui servait de tampon entre l’ordinateur et les unités externes, essentiellement lecteur/perforateur de cartes, bandes magnétiques et une tabulatrice l’IBM 407.

IBM vendit 2 000 exemplaires de cette machine dont la carrière commença en 1953 pour se terminer en 1962, longévité exceptionnelle même à cette époque.

Nous étions loin des performances de la plus petite calculatrice de nos jours avec un temps d’opération de 2 ms pour une addition, 13 ms pour une multiplication et 17 ms pour une division !

Nous sommes carrément à des années lumières des performances incroyables du moindre smartphone, sans parler des supercalculateurs (ou superordinateurs) qui sont engagés dans une course folle aux 100 péta-flops dans laquelle les chinois sont en tête avec le Tianhe 2 qui affiche 55 péta-flops en vitesse de pointe.

Faut-il rappeler qu’un péta-flops c’est la bagatelle de 10 millions de milliards d‘opérations en virgule flottante par seconde ?

Pour les non initiés la virgule flottante est la forme généralement utilisée pour représenter des nombres réels dans les mémoires des ordinateurs.

Mais aujourd’hui, où la technologie nous submerge et envahit notre quotidien, tout cela semble aussi naturel et aussi banal que d’allumer une lampe électrique.

Le moindre smartphone, qui se manipule intuitivement, presque naturellement, du bout des doigts, donne accès à des milliers d’applications et enfouit le miracle de la technologie dans une banalité quotidienne.

Et puis après la volonté opiniâtre d’imposer un vocabulaire francophone avec le terme Informatique inventé par Philippe Dreyfus en 1962, l’adoption du terme bureautique créé par Louis Naugès en 1976, on peut dire qu’à partir de la vague du Personal Computer l’anglo-saxon s’est imposé comme la langue unique du monde de l’informatique et des réseaux.

Patrice Leterrier , @Patricedusud , 27 mars 2014, que nous pouvons retrouver sur http://www.patrice-leterrier.com

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