Astronomie et citoyens, une vieille histoire d’amour qui renaît sous les étoiles filantes


    De nombreux médias, dont France Bleue Alsace, ont relayé l’observation d’un bolide (un météore d’une forte luminosité [1]) dans le ciel alsacien ainsi que de l’autre côté du Rhin le mardi 14 novembre 2017 aux alentours de 17h45. Nombre d’entre eux, ainsi que le site du Jardin des Sciences de Strasbourg, ont relayé l’appel à témoins du site Vigie-ciel. 2037 rapports ont été recueillis sur ce site, principalement par Vigie-Ciel, le RÉseau Français d’ObseRvation de Météores (RÉFORME) et l’International Meteor Organisation (IMO), provenant principalement de la Région Grand-Est et de l’Ouest de l’Allemagne, mais certains témoignages viennent d’aussi loin que la région parisienne, Zürich et la frontière germano-tchèque. Ces témoignages incluent cinq photos, certaines prises par des astronomes amateurs, d’autres par des passants, et cinq vidéos allant de la vidéo amatrice à la vidéosurveillance d’un parking. Cela a aidé à reconstituer la trajectoire du météore.

FRIPON et Vigie-Ciel

    Vigie-Ciel est un projet qui est effectif depuis début 2017 et piloté par le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) en synergie avec le programme Vigie-Nature et le programme ANR Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network (FRIPON). Similairement à Vigie-Nature, lancé en 2001 par le MNHN, Vigie-Ciel fait appel à des volontaires pour faire des observations de ses objets d’études sur le territoire national : les météores pour Vigie-Ciel et la faune et la flore pour Vigie-Nature. Ces deux programmes ont aussi une branche destinée aux élèves (Vigie-Nature École et Vigie-Ciel École). En effet, il n’est pas nécessaire d’être un amateur aguerri pour participer à ces programmes, car les volontaires suivent une formation pour reconnaître les objets pertinents, par exemple, distinguer un météore d’un satellite qui reflète la lumière du soleil ou une météorite d’une pierre terrestre. Il s’agit non seulement de fournir des données et échantillons aux scientifiques mais aussi d’impliquer les citoyens dans la recherche, d’en faire de véritables acteurs.

    Vigie-Ciel fait aussi partie du dispositif FRIPON financé par l’ANR en 2013. Porté par neuf chercheurs il s’agit d’une collaboration entre le CNRS, le MNHN, l’Observatoire de Paris, l’Université Paris Sud et l’Université Aix-Marseille. Le projet Vigie-Ciel a également pour partenaire l’Association Française d’Astronomie (AFA), la Société géologique de France (SGF), l’association de médiation scientifique À Ciel Ouvert et Universcience. Le dispositif FRIPON est constitué de trois parties : FRIPON, FRIPON-étendu et Vigie-Ciel. Il s’agit de couvrir le territoire français d’un réseau de caméras observant le ciel pour repérer tous les météores possibles et de calculer leurs trajectoires de chute. Ensuite si le météore atteint le sol, une battue est organisée sur la région délimitée grâce à ces données pour récupérer la météorite.[1]

Caméra de type "fisheye" du réseau de surveillance d'activité météoritique FRIPON installée à La Chapelle-aux-Lys en Vendée (France) en mai 2015. Photographie prise par Eric Brosselin. CC BY-SA 4.0
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chapelle-aux-Lys#/media/File:Camera_reseau_FRIPON_La_Chapelle-aux-Lys_Vendee_France.jpg

    Pour cela, le projet institutionnel FRIPON a couvert la France d’un réseau de cent caméras « Fish Eyes » permettant une couverture du ciel à 360° et de huit récepteurs radio écoutant les données du radar GRAVES, qui surveille les satellites artificiels passant au-dessus de la métropole. Fin 2016, 60 des caméras étaient opérationnelles. Ces stations sont payées et entretenues par les institutions impliquées dans le projet. À côté de cela, d’autres caméras homologuées FRIPON ont été fabriquées dans le cadre du programme FRIPON-étendu, avec un logiciel agréé. Elles sont destinées à être vendues à des amateurs avertis et connectées au réseau FRIPON. Dans leur cas, ce sont leurs propriétaires privés qui s’occuperont de leur entretien. Enfin, Vigie-Ciel d’une part gérera un second réseau qui traite les données de caméras non homologuées, telles que des webcams ou des caméras astronomiques plus classiques, fournies par des volontaires, et d’autre part organisera les battues pour récupérer les météorites. Vigie-Ciel recueille aussi les témoignages de personnes ayant vu une chute, comme cela a été le cas le 14 novembre.

Astronomie collaborative

    En France, il existe une longue tradition de collaboration entre savants et amateurs dans le domaine de l’astronomie même après la professionnalisation des sciences. L’astronome Camille Flammarion (1842-1925) fut l’un des grands contributeurs à cette collaboration. Il publie L’Astronomie populaire en 1879 et fonde notamment la Société Astronomique de France (SAF) en 1887. Cette dernière sera rejointe, en 1946, par l’Association Française d’Astronomie fondée par l’astronome et écrivain Pierre Bourge. Leurs périodiques respectifs, l’Astronomie et Ciel & Espace restent les principales revues de diffusion des sciences de l’univers vers le public français. La relation entre astronomie professionnelle et astronomie amateure est réciproque : les astronomes amateurs partagent leurs observations avec la communauté scientifique, et en retour celle-ci les conseille sur la méthodologie à employer. On entend plus souvent parler de cette collaboration pour la détection d’astéroïdes, puisque le découvreur d’un astéroïde a le droit de le nommer. Ainsi en août 2017, Michel Ory a appelé l'astéroïde 349 606 qu’il avait découvert en 2008 d’après la ville de Fleurance dans le Gers, lieu d’un des festivals d’astronomie les plus réputés d’Europe.

    De surcroît, il existait depuis longtemps des programmes collaboratifs similaires à Vigie-Ciel en astronomie. Le premier était un programme d’observation d’étoiles variables en 1920. Il en est né l’Association Française des Observateurs d’Étoiles Variables à Lyon, qui fonctionne encore de nos jours et est actuellement basée à Strasbourg. L’observation des étoiles est restée le sujet majeur de ces programmes au cours du XXe siècle, bien que les astéroïdes prendront aussi leur place.

    Cependant, cela reste une collaboration plutôt confidentielle, confinée aux astronomes avertis. De plus, les météorites elles-même ont été peu concernées. En 2005, il a été constaté un nombre peu élevé d’observateurs de météorites en France, à l’opposé des autres pays européens. C’était d’ailleurs pour revitaliser ce domaine que RÉFORME fut fondé. En parallèle, un mouvement de promotion de la science collaborative s’était mis en place depuis les années 2000, soutenu en France notamment par le MNHN et son programme 65 millions d’observateurs. L’astronomie n’avait pas été exclue de cette dynamique avec des projets comme le serious game Galaxy Zoo.

    Vigie-Ciel est le dernier d’une lignée d’initiatives pour renouer le lien entre l’astronomie professionnelle et le grand public. Espérons que l’union soit prospère.

 

Bibliographie :

Brun, A. , 1966, « Conseil aux observateurs d’étoiles variables », L’Astronomie, Vol. 80, p 283-291

Legrand, M., 2013, « Vigie-Nature: sciences participatives et biodiversité à grande échelle », Cahiers des Amériques Latines, n°72-73, p.65-84

Sitographie :

https://www.fripon.org , site du Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network, consulté le 15/11/2017

Rado A., 14 novembre 2017, «"J’ai vu une énorme boule de feu" : un météore dans le ciel alsacien», https://www.francebleu.fr/infos/insolite/une-enorme-boule-bleue-dans-le-ciel-alsacien-1510681985, consulté le 15/11/2017

http://jardin-sciences.unistra.fr/actualites/actualite/article/un-gros-bolide-dans-notre-ciel/, consulté le 16/11/2017

Zaugras N., https://actu.fr/insolite/grand-est-une-boule-feu-bleue-observee-dans-ciel-appel-temoins-lance_13420491.html, consulté le 16/11/2017

http://vigie-ciel.imo.net/members/imo_view/event/2017/4299, consulté le 16/11/2017

https://www.obspm.fr/lancement-officiel-de-fripon.html, consulté le 17/11/2017

Antier K., Colas F., 2017, « Le RÉFORME (RÉseau Français d’ObseRvation des Météores) » https://www.fripon.org/IMG/pdf/la_vilette11mai2017-reforme.pdf, consulté le 19/11/2017

Colas F., « Le programme Vigie-Ciel », https://www.eccorev.fr/IMG/pdf/F-_Colas_SP_MMSH_29_avril_2016.pdf,  consulté le 21/11/2017

https://www.afastronomie.fr/sciences-collaboratives-astronomie , consulté le 22/11/2017

https://www.galaxyzoo.org/ consulté le 22/11/2017

Centène M., « Un astéroïde porte désormais le nom de Fleurance, dans le Gers », ttps://www.ladepeche.fr/article/2017/08/04/2623054-asteroide-porte-desormais-nom-ville-fleurance-gers.html, consulté le 23/11/2017

http://cdsarc.u-strasbg.fr/afoev/afoev/ , site de l’Association Française des Observateurs d’Étoiles Variables, consulté le 24/11/2017

Notes :

[1]Un astéroïde est un petit corps rocheux ou métallique, généralement de forme irrégulière, qui orbite autour du Soleil. Les rares astéroïdes qui avoisinent ou dépassent les 1 000 km peuvent avoir une forme sphérique comme Cérès. Ils sont alors classés dans les planètes naines depuis 2006. Sinon ils sont classés dans les petits corps.

Une comète est un petit corps constitué de glaces, de carbone et de poussière de roche gravitant autour du Soleil. Certaines ont une orbite très elliptique qui les rapproche du Soleil. Proche de l’étoile, la glace en surface se sublime, créant deux “queues”, une de poussières et l’autre de gaz ionisé, reflétant la lumière du Soleil. Lorsque la Terre traverse une trainée de poussière laissée par une comète, une partie tombe sur Terre et brûle dans l’atmosphère créant des pluies détoiles filantes ou essaims météoritiques

Les météoroïdes sont des petits objets dont la masse est comprise entre 10⁻⁹ et 10⁸ kg, issus de la fragmentation d’astéroïdes ou de comètes.

Un météore est la traînée lumineuse produite par le passage d’un météoroïde dans l’atmosphère. Un bolide est un météore très lumineux dont la magnitude est inférieure à -4 (La magnitude est une mesure de la luminosité qui décroît quand la luminosité augmente. Mars est de magnitude -3,86, Vénus de magnitude -4,40). Certains bolides vont jusqu’à une magnitude de -20 (le Soleil a une magnitude -26). De plus, les météores sont habituellement visibles à des altitudes entre 70 et 120 km alors que les bolides peuvent rester visibles jusqu’à des altitudes de l’ordre de 20 à 30 km. Leur trainées durent aussi plus longtemps, plusieurs secondes, voire plusieurs minutes. Ils sont le produit des plus gros météoroïdes. À l’opposé, les étoiles filantes sont des météores très éphémères, actives tout au plus une à deux secondes.

Une météorite est un météoroïde qui a percuté le sol.

 

Sur l'auteur :

Possédant un Master 1 en Physique Fondamentale à Orsay, Harold Walter a également suivi une formation en Astrophysique. Il s'est ensuite orienté vers le Master 2 Histoire, Philosophie et Médiation des Sciences car il s'est rendu compte que pratiquer la médiation scientifique l’intéressait davantage que faire de la recherche. Il reste principalement attiré par les sujets touchant à l’astronomie, à l’astrophysique et à leur histoire.

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