Le ciel peut-il nous tomber sur la tête ?


Étienne Médard nous propose une réflexion sur les risques et dangers "venus d'en-haut". Risques atmosphériques d'origine exclusivement humaine, que faire de nos nombreux débris spatiaux ?

Risques naturels, risques artificiels

Dans nos expressions quotidiennes, lorsque l’on dit du ciel qu’il est menaçant, c’est que l’on anticipe bien souvent une pluie ou un orage. Et à moins que vous soyez un cachet effervescent (ce que je ne vous souhaite pas) votre intégrité physique n’est pas directement mise en danger. Grêle, tonnerre, pluie, nous savons vivre avec une grande part des phénomènes météorologiques courants et négligeables.

Ceci dit, la nature est capable d’être bien plus menaçante lorsqu’il s’agit de faire tomber divers objets du ciel. Si l’atmosphère, en jouant de ses mécanismes, nous trempe parfois jusqu’aux os, ayons la gratitude de lui reconnaître tout de même un précieux rôle protecteur. Elle est notre bouclier contre les objets extra-terrestres qui croisent l’orbite de notre planète. Elle détruit et consume une grande part des roches et autres corps de l’espace environnant qui s’aventurent trop près de la surface de la Terre. L’entrée dans l’atmosphère de la plupart des météores s’achève plutôt par une dispersion de poussière que par la réception d’une météorite sur le sommet d’un crâne. (Dans ce dernier cas, je vous souhaite d’être un cachet effervescent pour ne pas souffrir trop longtemps du mal de tête). Le risque est toutefois moindre. En 2016, on discutait, sans jamais aboutir à un consensus, de l’éventuelle première victime répertoriée de chute de météorite dans une controverse médiatique opposant le National College en Inde et la NASA (National Aeronautics and Space Administration) [1].

Mais cette faible probabilité de risque ne vaut que si l’on s’abstient de considérer l’intervention humaine [2]. Puisqu’il n’est pas de projet trop ambitieux pour homo sapiens sapiens, nous voilà en train de concurrencer la nature sur son propre terrain. Depuis 60 ans – avec pour inauguration le lancement de Spoutnik-I le 4 octobre 1957 – nous peuplons l’espace proche autour de notre planète d’un grand nombre d’objets, dont certains, à l’image du “Palais Céleste” chinois Tiangong-1, retombent parfois sur Terre. Cette station spatiale expérimentale a été mise hors service en 2016 et son entrée atmosphérique prochaine est incontrôlée. Où cette épée de Damoclès tombera-t-elle ? L’atmosphère suffira-t-elle à la consumer ? Cet évènement est l’occasion de se pencher sur la réelle maîtrise de tous ces objets que nous avons placé au dessus de nos têtes.

Réservoir principal de propergol du deuxième étage d’un lanceur Delta II,
retombé près de Georgetown en Janvier 1997
(Source : NASA - Orbital Debris Program Office)

Vie et mort des machines

De près ou de loin, tous les objets en orbite autour de la Terre ont été disséminés dans le cadre de la conquête spatiale et de la mise en place des réseaux/constellations de satellites quadrillant notre planète. Certains sont des outils scientifiques toujours opérationnels, d’autres des épaves de machines ou des morceaux abandonnés de structures plus grandes qui errent çà et là dans le vide de l’espace, non loin du plancher des vaches (relativement à l’immensité des espaces interplanétaires). Vide ? Vraiment ? Pas sûr que ce soit le terme le plus représentatif de ce qu’il se passe là-haut.

En 2015, la NASA dénombrait près de 17 000 objets dont les dimensions permettent la détection (à partir de 10 centimètres pour les orbites basses – à moins de 2000 kilomètres du sol – contre 1 mètre pour les orbites plus élevées). Soit 17 000 satellites, éléments de lanceurs de fusées, débris divers d’au moins 10 centimètres qui peuplent les alentours de notre astre. Et seulement une minorité d’entre eux ont des systèmes de désorbitation (notamment pour aller proprement se consumer dans l’atmosphère une fois leur mission terminée) ou des moyens pour rejoindre une orbite sûre. La plupart suivent des trajectoires que l’on ne peut modifier, uniquement surveiller. Et dans cette situation, la surveillance a le goût amer de l’impuissance. À défaut de pouvoir modifier l’orbite de la Station Spatiale Internationale (ISS) à temps, il est déjà arrivé que ses résidents aient à se réfugier dans des modules permettant leur évacuation d’urgence au cas où certains débris dangereux sous surveillance venaient à percuter l’engin [3]… Il faut dire que la plupart des objets qui sillonnent l’espace vont souvent à plusieurs kilomètres/seconde, ce qui en fait de véritables menaces pour les instruments scientifiques et les quelques êtres vivants qui vivent en orbite là-haut. À ces vitesses-là, les scientifiques intéressés estiment qu’un débris d’un centimètre de diamètre suffit à percer la plupart des surfaces qui habillent les appareils et à leur occasionner de graves dégâts. Pour donner un ordre d’idée des vitesses ayant cours en orbite, l’ISS (28 000 km/h) se déplace près de 88 fois plus vite qu’un TGV (320 km/h en vitesse moyenne). Malheureusement, ces débris de moins de 10 centimètres sont légion et ne sont pas détectables. Menace invisible et omniprésente.

Et les réjouissances ne s’arrêtent pas là. Le 10 février 2009, un satellite de la constellation Iridium et l’épave d’un satellite russe, Cosmos 2251, se sont percutés et ont généré plus d’un millier de nouveaux débris qui ont pu être répertorié (étant donné une taille suffisamment grande permettant leur détection). Un grand nombre de débris, d’une taille inférieure à 10 centimètres, ont également dû être émis. De ce genre d’événements on peut déduire – et les scientifiques qui surveillent l’espace environnant la Terre sont les premiers à le faire – que la fréquence des collisions risque de devenir exponentielle si des mesures de prévention ne sont pas prises.

Evolution du nombre d’objets officiellement catalogués par l’US Space Surveillance Network
(Source : NASA – Orbital Debris Quarterly News Janvier 2014)

Hégémonie ou dystopie ?

Les solutions éco-spatio-responsables se développent à mesure que les astronomes de tous bords prennent conscience qu’ils sont en train de miner leur espace de travail et piéger la porte de sortie de l’humain vers le reste de l’univers. Vaisseaux avec filets de capture, système d’agglomération des débris, Space debris sensor (installé récemment sur l’ISS) [4]… Des idées émergent, mais la question du financement d’un tel programme de nettoyage orbital risque de s’avérer problématique à son tour…

Selon le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales), tout ce que vous venez de lire ne constitue pas une raison pour céder à la panique et développer une phobie concernant la chute des débris spatiaux. La probabilité d’être victime d’un tel phénomène est estimée à 1 sur 1 000 000 000 000.

Mais si un jour, dans un futur apocalyptique, on en vient à perdre entièrement le contrôle de tous ces objets et que l’accroissement exponentiel des collisions provoque des pluies de satellites démembrés, que vous soyez un adulte en pleine possession de vos moyens ou un cachet effervescent, le ciel risque d’avoir raison de vous dans les deux cas…

Sitographie :

[1] Hauser C, 2016, “That Wasn’t a Meteorite That Killed a Man in India, NASA Says”, The New York Times. https://www.nytimes.com/2016/02/10/world/asia/that-wasnt-a-meteorite-that-killed-a-man-in-india-nasa-says.html?partner=rss&emc=rss [Consulté le 27/10/2017]

[2] Site du CNES consacré à la question des débris spatiaux. https://debris-spatiaux.cnes.fr/fr [Consulté le 27/10/2017]

[3] Astronogeek, 2017, “Des projectiles mortels dans l’espace”. https://youtu.be/6UEJ7p4S1Ww?t=6m30s [Consulté le 27/10/2017]

[4] Site de la NASA. https://www.nasa.gov/mission_pages/station/research/experiments/2145.html [Consulté le 11/12/2017]

L'auteur:

Etienne Médard, "Etudiant en Master 2 d’histoire, philosophie et médiation des sciences, particulièrement intéressé par des sujets tels que l’espace, l’éducation (aux sciences, à l’esprit critique…), ou encore l’innovation sociale, éthique et durable."

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