« Docteur, faut-il se vacciner ? » (F. Hild)

Il est bien loin le temps où Pasteur a été élevé au rang de sauveur en inoculant le petit Joseph Meister. Considéré à l’époque comme une grande avancée pour l’humanité, la systématisation de l’acte vaccinal est loin de faire l’unanimité aujourd’hui.

Joseph Meister vers 1885.  A l'âge de neuf ans, il fut le premier cas de vaccination antirabique sur lequel Pasteur communiqua.

Joseph Meister vers 1885.
A l'âge de neuf ans, il fut le premier cas de vaccination antirabique sur lequel Pasteur communiqua.

« Dois-je me faire vacciner docteur ? » Telle est la question que nous devons entendre en ce moment dans les cabinets de médecine générale. Le formulaire de la prise en charge du vaccin anti-grippal délivré par la sécurité sociale est parvenu aux patients de plus de 65 ans et à ceux atteints d’une affection de longue durée. Ils sont donc amenés à consulter en vue de se faire vacciner. Mais de plus en plus, les patients ne font plus cette démarche. Ils ne veulent plus se faire vacciner contre la grippe saisonnière. La méfiance face à cet acte médical semble s’installer.

L’apparition de la grippe aviaire H1N1 au cours de l’hiver 2009 a renforcé ce sentiment. L'Organisation Mondiale de la Santé avait alors estimé que le risque de pandémie était important. Les pouvoirs publics, représentés par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, ont en conséquence mis en place une campagne d'informations expliquant la gravité de la grippe ainsi que l'utilité de se faire vacciner. Cependant, du fait de l’alternance entre informations et contre-informations, cette campagne de santé publique n’a pas eu l’effet escompté [1] . Ce discours contradictoire, mais également le scepticisme des professionnels de santé qui n’ont pas été associés à cette campagne de vaccination, n’ont pas aidé les personnes à se forger une opinion claire sur le sujet. Les informations dont disposait la population pouvait apparaître trop confuses et ont permis au doute de s’imposer face au fondement de cette mesure de santé publique. D’autant plus que la catastrophe annoncée n’est pas arrivée, donnant ainsi raison aux sceptiques. Le prosélytisme insidieux de rumeurs remettant en cause le bénéfice de la vaccination a également fait son chemin. Qui n’a pas eu connaissance de complications liées aux adjuvants, de déclenchement de maladie, sans pour autant en avoir la certitude [2] ?

Le médecin n’est pas non plus exempt de ce sentiment d’incertitude. Il ne connaît jamais l’issue de sa consultation. Il y a bien sûr les personnes qui se sont forgées leur propre opinion sur la question. Soit elles sont favorables à la vaccination et vont la demander, soit elles sont totalement contre et vont s’y opposer. L’incertitude est latente lorsqu’un patient vous pose la question : « Docteur, faut-il se faire vacciner ? ». Un temps de réflexion est alors nécessaire, des questions sont posées, un dialogue prend forme. Un temps permettant au patient de donner un consentement éclairé, ou un refus. Celui-ci peut être la conséquence d’une incompréhension, d’un dysfonctionnement de la communication, mais peut aussi résulter du doute du médecin lui-même par manque de confiance ou de compréhension. Comme l’a écrit Jean Hamburger «  la difficulté d’être à la fois ce conseiller si personnel et ce technicien si averti, nécessite un effort d’invention, de création, presque de découverte qui doit se renouveler d’un malade à l’autre » [3] . Si  le sentiment du bien-fondé de la vaccination s’impose alors le doute se transforme en certitude et engendre un acte médical.

Tout l’enjeu en santé publique est là : passer du doute à la certitude afin de protéger les populations [4] . Faut-il alors trouver d’autres moyens pour les faire adhérer au bien-fondé de cet acte ? Est-il nécessaire de passer par plus d’éducation pour la santé, par plus de communication ? Tel est le rôle de l’INPES (Institut National de Prévention pour la Santé)  qui avec pédagogie tente de donner des informations claires et de répondre à des questions précises [5] . Peut-on encore aller plus loin et proposer une alternative permettant aux pharmaciens et aux infirmières libérales de réaliser le vaccin de la grippe saisonnière sans passer par un médecin comme le préconise dernièrement la ministre de la Santé Marisol Touraine?

La question de cette incertitude face au vaccin de la grippe saisonnière souligne d’autres prérogatives, car il met ici en jeu l’ensemble de la couverture vaccinale. Lever le doute, est important dans cette société qui se croit protégée et qui n’a pas conscience que bien des maladies loin d’être éradiquées sont toujours à nos portes.

Affiche de 1917 : "Faites préserver vos enfants contre la Tuberculose par le vaccin BCG", dispensé par l'Institut Pasteur. Library of Congress, Washington D.C. http://commons.wikimedia.org/wiki/File:A_nurse_holding_a_young_child_-_poster.jpg?uselang=fr

Affiche de 1917 : "Faites préserver vos enfants contre la Tuberculose par le vaccin BCG", dispensé par l'Institut Pasteur.
Library of Congress, Washington D.C.
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:A_nurse_holding_a_young_child_-_poster.jpg?uselang=fr

Alors Docteur, faut-il se vacciner ?

Bibliographie :

  • [1] Assemblée Nationale, XIIIème législature, compte rendu du mardi 13 avril 2010, commission d’enquête sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination de la grippe A (H1N1)
  • [2] Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine, 2010,194, n°4 et 5, 703, séance du 11 mai 2010
  • [3] Jean Hamburger, La Puissance et la Fragilité, essai sur les métamorphoses de la médecine et de l’homme,  Seuil, Point, 1 septembre 1984.
  • [4] Ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, dossier de presse -La vaccination antigrippale du jeudi 16 octobre 2014.
  • [5] Site de INPES

L'auteure : Fabienne Hild, formée en Sciences et Vie de la Terre, est enseignante dans le primaire depuis 15 ans. Elle a toujours gardé une grande curiosité scientifique et a repris récemment des études dans le cadre du Master Science et Société au sein de l’Université de Strasbourg.


2 commentaires pour “« Docteur, faut-il se vacciner ? » (F. Hild)”

  1. patricedusud | Permalink

    La phrase du professeur Jean Hamburger "nécessite un effort d’invention, de création, presque de découverte qui doit se renouveler" prend un éclairage particulier quand on pense à son fils Michel Berger pour lequel il ne semble pas l'avoir appliqué.

  2. Quark | Permalink

    Est-ce une vraie question ?
    Sortons un peu de la France et de son inertie totale aux changements...
    De l'autre côté de l'Atlantique, aux Etats Unis, il y a une épidémie de 'measles' (rougeolle). Épidémie (d'une maladie quasiment éradiquée) qui a éclatée dans les états ou la couverture vaccinale avait diminuée drastiquement suite aux "exemptions" ("religieuse" ou "philosophiques" fourre-tout). Bien sûr on se garde bien d'en parler. Une couverture vaccinales plus basse que dans certains pays du Tier-Monde, aux states ! Maintenant c'est la panique et certains états commencent à retirer les exemptions, mais le mal est fait. Coût humain, coût matériel, peur d'avoir son enfant malade à l'école, etc...

    Trois points que semblent souvent oublier ceux qui s'opposent ou refusent les vaccins :

    - Les vaccins marchent via le principe de barrière immunitaire, il faut que la population soit majoritairement vaccinée ou ça ne sert à rien (les vaccins ne sont pas forcément "immunisants" comme avec le vaccin contre la grippe, mais réduisent beaucoup les complications, et c'est donc très important pour les populations à risques avec un système immunitaires affaiblis, comme les enfants ou les personnes âgées)
    - De la même manière, les populations ne pouvant êtres vaccinées pour des raisons de santé, ont besoin absolument de cette barrière immunitaire, car autrement elles deviennent d'autant plus vulnérables à ces maladies vaccinables.
    - La vaccination n'est PAS un choix personnel. Elle n'est pas que pour le vacciné mais pour l'ensemble de la population.

    Ce doute "vaccin" ou "pas vaccin" est bien antérieur à cette campagne foireuse du H1N1, mais commence à partir du moment ou les gens ne connaissent plus les maladies. Demandez donc à ceux qui ont l'âge pour avoir des proches morts de la polio, leurs avis seront sans demi-mesure sur le 'risque/bénéfice. Et nous arrivons également à l'âge du 'tout naturel' ou les vaccins font partis du grand méchant 'big pharma, merci à Andrew Wakefield/Mike Adam et autres marchands de peur très influents qui ont pas mal de bouquins.suppléments naturels à écouler.

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