Super Glyphosate contre Parlement Européen : dernier round ?


Ce billet est écrit à la veille du vote du comité d’experts chargé du dossier, composé de représentants des États membres pour ou contre le renouvellement de la licence du glyphosate, puissant herbicide utilisé principalement dans l’agriculture intensive.

Mardi 24 octobre 2017, le Parlement européen a voté en faveur d’une résolution interdisant le glyphosate d’ici cinq ans, par 355 voix pour et 204 contre (et 111 abstentions), cet avis sans valeur contraignante met en avant le « principe de précaution ». La résolution fait aussi écho à la signature par 1,3 million de citoyens d’une pétition adressée à la Commission européenne pour demander l’interdiction de la substance.

Mercredi 25 octobre 2017, le comité d’experts doit voter pour décider le possible renouvellement de la licence du glyphosate pour les 10 ans supplémentaires comme le souhaite la Commission européenne.

Molécule du glyphosate
Source : https://commons.wikimedia.org

 

Parlement européen
Source : https://commons.wikimedia.org/

 

Le combat est ouvert et chaque adversaire a préparé ses armes. Qui l’emportera ?

Commercialisé à partir de 1974 sous la marque RoundUp, ce puissant herbicide, fabriqué par la firme américaine d’agrochimie Monsanto, connaît un vif succès. Il tombe dans le domaine public dès 2000, son prix baisse et il inonde le marché. Plus de 90 fabricants commercialisent 750 produits dans une vingtaine de 20 pays. Son utilisation est massive auprès des particuliers, des collectivités et des agriculteurs surtout. D’où vient son succès ? Il est efficace, de faible coût et facile à utiliser comme désherbant agricole. Il détruit tout ! Il est plébiscité par l’agriculture moderne en Europe et dans le monde.

Face à ce redoutable adversaire, le Parlement européen parviendra-t-il à retirer à l’exécutif européen sa proposition de prolonger l’usage du glyphosate et impulser une disparition progressive de la substance dans les cinq prochaines années ?

Cette situation revient sur la controverse scientifique qui oppose les spécialistes sur la dangerosité du produit. D’un côté le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) déclare le glyphosate « cancérogène », en 2015, et même « tératogène », entraînant des malformations du fœtus, et de l’autre côté les agences européennes European Food Safety Authority (EFSA) et European Chemicals Agency (ECHA) minimisent son effet et parlent de « risque improbable » sur l’homme. Cependant la polémique fait rage aux Etats-Unis, des centaines de plaintes sont déposées contre Monsanto, des courriels et des documents internes du groupe sont divulgués et remettent en cause, dès 1999, la « crédibilité » des études scientifiques publiées par le groupe.

Le challenge du Parlement est de taille ! Face à la pression de certaines institutions et des concitoyens, il est urgent de proposer et de mettre en œuvre des mesures de transition adaptées au secteur agricole. Quelles sont alors les alternatives? Selon la plateforme Glyphosate France (regroupement des industriels du secteur) et de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA), il n’y en a aucune satisfaisante pour éliminer certaines mauvaises herbes et produire en grandes quantités à faible coût. Pourtant, certains agriculteurs ont franchi le pas et n’utilisent plus de glyphosate. Leurs rendements ont diminué mais ils parviennent à compenser cette baisse de productivité consécutive à l’arrêt de l’herbicide. Ils pratiquent, par exemple, une rotation plus fréquente des cultures et un désherbage mécanique.

Dans ce contexte, quelle sera l’issue de cet affrontement? La victoire du bon sens et du respect de l’environnement ou celle du profit à tout prix?

 

Sitographie

 

 

L'auteur

Victoria Engler, "Professeur d'espagnol en lycée, tutrice et formatrice depuis de longues années, j'ai toujours été curieuse d'apprendre par la lecture, le voyage et les rencontres. J'avais besoin "d'ouvrir d'autres portes" et c'est chose faite! Me voilà étudiante et inscrite en Master 2, "Science et Société: histoire, philosophie et médiation des sciences". Je découvre de nouveaux domaines et mon horizon s'élargit. Ce projet m'enrichit et redonne une nouvelle vigueur à mon activité professionnelle."
 

 

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