Cancer de Bertinotti: effets psychologiques de la révélation d’une maladie

22.11.2013 par Sébastien Bohler, dans Non classé

Depuis que la ministre déléguée à la famille, Dominique Bertinotti, a levé le voile sur son cancer, le débat prend forme : pourquoi faire une telle révélation, quels effets en attendre, comment la maladie est-elle intégrée dans les mentalités ?

Bertinotti

D. Bertinotti a affirmé vouloir changer le regard des gens sur le cancer. Et Dieu sait s’il y a à faire en la matière. Mais que peut apporter une telle révélation, faite par une personne publique, occupant une fonction importante dans l’appareil gouvernemental ?

La révélation, une démarche fondatrice

Le précédent le plus connu a été celui de Magic Johnson, l’icône du basket américain, annonçant sa séropositivité en 1991. Cette révélation a été un déclic dans l‘esprit du public. Non seulement la gloire du basket a continué sa carrière, forçant l’admiration, mais il a en quelque sorte lavé une sorte de tache psychologique qui entourait la maladie.

MagicJohnson

Même si le cas du SIDA est particulier, la plupart des maladies enfantent le secret. Il est difficile « d’avouer » qu’on est malade, pour plusieurs raisons.

A son tour, le secret enfante la souffrance, l’isolement, la perte de confiance. De fait, certaines études ont étudié la stigmatisation vécue par les malades du cancer et du Sida. L’un et l’autre se caractérisent par une cohorte de sentiments qui vont de la honte à la culpabilité, sans exclure parfois la fierté, mais avec souvent une dimension d’isolement. Dans ces conditions, briser le silence est essentiel.

Terrible pression moderne de l’optimisme

Il est difficile d’analyser le sentiment de solitude et parfois de honte qui accompagne la maladie. Disons que, sans nous en rendre compte, nous sommes conditionnés par un système social où il faut être positif, en forme, et compétitif. La chercheuse en psychologie sociale à l’Université de Savoie, Emmanuelle Le Barbenchon, parle de pression d’optimisme qui serait infusée par nos normes sociales. Le fonctionnement du monde du travail, notamment, imposerait une surenchère d’optimisme, de « positive attitude », au point que des discriminations à l’embauche seraient monnaie courante en fonction de la capacité d’un candidat à positiver. Pour réussir, nous explique-t-elle dans son article, il faut savoir sourire, et dire que tout va bien. Personne n’aime, au bureau pas plus qu’ailleurs, se voir répondre « non » quand il demande « ça va ? ».

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Cette pression d’optimisme enferme donc celui qui, par la nouvelle anxiogène qu’il reçoit de son diagnostic, est obligé de laisser tomber les faux-semblants. Mais à l’inverse, la révélation d’une maladie par une personne publique, connue et reconnue, a un effet libérateur. Elle nous dit deux choses : 1) on peut réussir sans que tout aille bien dans tous les compartiments de la vie et 2) vous n’êtes pas seul dans votre situation. La parole fait tomber les murs. Même si la parole ne fait pas tout, évidemment, et si les inégalités de traitement médical et de soutien social sont criantes.

Confidence et confiance

Il existe un domaine où la révélation de la maladie a fait la preuve de ses vertus, c’est celui de la relation entre médecin et patient. Des recherches récentes, résumées par le psychiatre Christophe André dans nos colonnes, montrent qu’un psychothérapeute qui confie à son patient avoir rencontré des problèmes personnels, lui apporte plusieurs bénéfices. Il gagne en crédibilité car son patient sait qu’il ne parle pas dans le vide, qu’il sait de quoi il parle, qu’il est passé par là, qu’il n’a pas un discours de technicien. Il lui donne aussi un exemple vivant et encourageant du fait qu’on peut s’en sortir. Dans tous les cas, la thérapie se montre plus efficace.

French President Francois Mitterrand seen, September 20th..

La révélation de la ministre s’inscrit ainsi dans une évolution des mœurs dans la société. Il y a trente ans, François Mitterrand ne pouvait sans doute pas s’avouer diminué. Aujourd’hui, c’est un acte de communication et de confiance, où le politique se veut plus humain et compte sur les effets sociaux de la confiance. C’est encourageant.


6 commentaires pour “Cancer de Bertinotti: effets psychologiques de la révélation d’une maladie”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    "La checrheuse en psychologie sociale à l’Unievrsité de Savoie," ? S'agit-il d'une légère dyslexie ou plus simplement d'une vitesse de frappe un peu trop rapide? 🙂
    Un bonne exemple en tout cas du fait que l'ordre des lettres m'altère pas la compréhension des mots, ce qui renforce les théories défendues par Stanilas Dehaene sur l’apprentissage de la lecture.

  2. David statucki Répondre | Permalink

    "...l'ordre des lettres m'altère pas la compréhension des mots", je suppose plutôt le terme "n'altère pas...", une faille pour patrice, maître-es-mots du blog, tiens-donc l'erreur est humaine, je suis rassuré 😉
    Amicalement

  3. patricedusud Répondre | Permalink

    Bien vu David! mais je regrette quand même que le vieux métier de correcteur ne soit plus qu'un lointain souvenir à l'ère de la tablette et de l'ordinateur. Le correcteur de Bill Gates a encore plus de failles que mon humble personne et infiniment plus que ces artisans de la grammaire qu'étaient les correcteurs . 🙂

  4. debloquer icloud 2018 Répondre | Permalink

    Le déblocage devient quasi impossible car iCloud est vraiment ce qui se fait de mieux en matière de sécurité. De plus il est inutile de contacter le support Apple car vous n’aurez aucune assistance. Cet article est d’ordre informatif, vous êtes seul responsable de la façon dont vous l’utiliserez.

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