Comment Conchita Wurst, la femme à barbe de l’Eurovision, stimule nos circuits cérébraux de la bisexualité

13.05.2014 par Sébastien Bohler, dans Non classé

C'est un cas, cette Conchita Wurst. Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir les images.

L'attrait de l'androgyne

Conchita, on la reconnaît d'abord à sa silhouette féminine. Dans le faisceau de lumière, courbes arrondies et sveltesse suggestive. Puis, ses yeux vous captivent. Enfin, sa barbe soigneusement taillée vous envoûte. Passons sur les enjeux politiques et sociétaux de cet événement (le Danemark, où se tenait le concours de l'Eurovision, est pionnier dans la reconnaissance des mariages homosexuels et du transgenre - alors que la Russie a condamné cette candidate inclassable); parlons plutôt de notre ressenti et de ce qui se passe dans notre tête.

Une saucisse fascinante

Il est évident que Conchita Wurst (Wurst veut dire saucisse dans sa langue d'origine) fascine au sens propre, la fascination étant un mélange d'attirance et de répulsion. Elle est belle, et je dirais même que sans sa barbe elle aurait été simplement belle, comme tant de femmes peuvent l'être dans de tels tours de chant. Et peut-être n'aurait-elle pas remporté la palme avec des joues glabres.

Petit interlude cinématographique. Revoyons le début du film Human Nature de Michel Gondry en 2001, où l'héroïne est une jeune femme qui, pour des raisons de déséquilibre hormonal, se voit pousser des poils partout.

Que fait l'infortunée jeune femme quand elle se voit maudite par la nature? Elle choisit une option radicale : se raser pour correspondre à l'image féminine classique. Conchita Wurst, elle, opte pour l'option mixte. Et le résultat est là : elle gagne. Car elle active deux mécanismes d'attirance sexuelle en nous. Ses yeux de femme et ses courbes activent chez le spectateur masculin des neurones hétérosexuels, alors que sa barbe active des neurones homosexuels. Chez les femmes, c'est l'inverse: la barbe active les neurones hétérosexuels et le corps et les yeux des neurones homos.

Neurones homo, neurones hétéro

Mais qui suis-je pour sortir de telles absurdités? Je me fonde sur les travaux de Catherine Dulac à l'Université de Harvard. Elle a montré en 2007 que deux types de circuits neuronaux coexistent dans le cerveau des mammifères, l'un dévolu aux comportements d'attirance pour les individus du même sexe, l'autre dévolu aux comportements d'attirance pour les individus de sexe opposé. Comme l'expliquait de façon plus accessible le neurophysiologiste Philippe Ciofi dans notre article de 2008, le plus souvent, le circuit homosexuel est inhibé par des messages chimiques nommés phéromones, qui privilégient l'attirance pour les individus de sexe opposé. Mais en inactivant l'action des phéromones par des mutations génétiques, C. Dulac et son équipe ont constaté que les animaux ainsi rendus à leur bisexualité s'intéressaient aux mâles et aux femelles en activant leurs deux circuits neuronaux.

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La Professeur de biologie cellulaire et moléculaire Catherine Dulac

Des souris et des hommes

Bien sûr, il ne s'agit que de souris. En toute rigueur, il n'est pas certain que ces deux réseaux de neurones coexistent chez l'homme. Mais les études psychologiques révèlent un continuum entre les préférences homo- et hétérosexuelles dans l'espèce humaine, ce qui plaide en faveur d'un tel scénario.

Ainsi, l'attirance particulière que nous éprouvons pour Conchita Wurst pourrait résulter de l'activation conjointe de ces deux circuits. Il s'y mêle bien évidemment un cortège de sentiments et de réflexions liés à notre culture, aux représentations de l'homme et de la femme dans l'art notamment. Mais d'un strict point de vue biologique, cela expliquerait pourquoi elle a su plaire aussi bien aux hommes qu'aux femmes, et faire le plein de votes.


6 commentaires pour “Comment Conchita Wurst, la femme à barbe de l’Eurovision, stimule nos circuits cérébraux de la bisexualité”

  1. Rodrigue Répondre | Permalink

    Intéressante étude.
    Juste une précision linguistique, certes "würst" signifie "saucisse" en allemand, mais peut aussi être traduit par "égal" ou "n'importe"... Ce qui dans le cas de Conchita n'est pas anodin, car ce qu'elle revendique est d'être considéré comme n'importe quel autre être humain 🙂

  2. tam Répondre | Permalink

    il/elle est séduisant/e MAIS je n'ai pas envie de me faire stimuler ma "bisexualité dormante"....
    Je souhaite qu'il/elle fasse une carrière aussi flamboyante que tous les vainqueurs de ce concours (dont la dernière édition était claffie de messages subliminaux.)

  3. Ana_Jones Répondre | Permalink

    Point de vue intéressant, Mais si on l'écoutait chanter tout simplement au lieu de se focaliser sur son apparence ?
    wp.me/p4xfQM-2V

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