Ebola nous rend-il fous?

09.10.2014 par Sébastien Bohler, dans Non classé

Depuis quelques jours, une folie du complot s'est déclenchée aux Etats-Unis autour du virus Ebola. Tout est parti du rapatriement d'un Américain atteint par le virus. Aussitôt, les complotistes les plus célèbres d'Amérique ont inondé Internet de leurs interprétations conspirationnistes. Un article du Nouvel Observateur explique bien les faits.

On y voit notamment le féru de complots en tout genre, très écouté outre-Atlantique, Alex Jones, expliquer que le fait de faire pénétrer cette bombe à retardement sur le territoire américain est un acte délibéré qui vise à installer une "dictature médicale" dans le pays en faisant régner la peur et en instaurant un état d'urgence, la loi martiale et un état totalitaire.

Les grands méchants experts

Cette vision conspirationniste fait fureur! Aussitôt, des centaines de milliers de personnes sont persuadées qu'il y a une intention derrière ces faits, que le virus n'est pas un hasard, que des alliances secrètes oeuvrent au plus haut niveau de l'Etat pour orchestrer ces événements meurtriers. Comme cela avait été prétendu pour les attaques des tours du World Trade Center en 2001.

wtc_devil

Le visage du diable serait apparu dans les tours du World Trade Center au moment des attentats du 11 septembre 2001. La croyance en une séparation distincte entre bien et mal est un trait distinctif des croyances conspirationnistes.

La pensée paranoÏaque

Pourquoi sommes-nous souvent enclins à croire aux complots plutôt qu'aux faits bruts, fruit de phénomènes naturels, biologiques, sociaux, ou tout simplement aléatoires? Un autre article, publié ce mois-ci dans Cerveau & Psycho, démonte les rouages de la "psychologie conspirationniste". Ecrit par le neuropsychologue Sebastian Dieguez, il s'appuie sur l'oeuvre du romancier Thomas Pynchon pour pénétrer dans l'esprit de ces fous du complot. Sa lecture en est édifiante.

En trois points majeurs, Dieguez y explique que la manie du complot s'enracine dans une méfiance à l'égard des autorités et des experts en tout genre, la perception de l’état social comme dissolu et instable, ou encore un raisonnement manichéen envisageant une lutte permanente du bien contre le mal. Le conspirationniste éprouverait le "besoin de trouver un sens à des événements complexes, émotionnellement chargés ou spectaculaires, besoin associé à une défiance des explications et informations fournies par des autorités perçues comme étrangères et distantes de soi. D’un même geste, une théorie du complot permet ainsi de réduire l’anxiété produite par un monde complexe et souvent incompréhensible, de compenser un pouvoir d’action et de décision dont on se sent dépossédé, et de manifester ainsi, sur un mode contre-intuitif, une sensation d’autonomie, de moralité et de liberté individuelle."

Brantly

L'Américain infecté par le virus Ebola à sa sortie d'ambulance. Une bombe humaine, pour les conspirationnistes des Etats-Unis.

Tous paranos?

En fait, ce besoin de détecter un sens caché derrière des faits complexes est un résultat direct de notre organisation cérébrale. Notre fonctionnement mental par défaut consiste à chercher des liens de causalité autour de nous. Nous sommes en partie programmés pour cela, à cause de structures de notre cerveau comme le cortex préfrontal dont une des fonctions est de repérer les intentions sous-jacentes aux faits qui nous entourent. Lorsque ce "dispositif de détection d'agentivité" devient hyperactif, nous avons tendance à détecter tout ce que nous voyons doit être interprété comme le résultat d'une intention - cachée, évidemment.

mPFC

Un centre du complot dans le cerveau? Le cortex préfrontal médian (en bas) contiendrait un module qui détecte automatiquement les intentions sous-jacentes aux changements que nous observons dans notre environnement.

Un bug cérébral

La folie conspirationniste autour d'Ebola ne serait qu'une sorte de bug cérébral, résultat d'une fonction cognitive certes utile par le passé (interpréter un bruissement de feuillage comme la présence d'un prédateur...) mais qui aujourd'hui s'activerait en dépit du bon sens en raison d'un monde indéchiffrable.

Alors, une seule chose : sachons raison garder. Ce qui veut dire, bien souvent, accepter la grande complexité des questions épidémiologiques et savoir gérer autrement l'anxiété qui peut en résulter. Comment? Ce sera le sujet d'un autre post...

 

 

 


2 commentaires pour “Ebola nous rend-il fous?”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    Merci de rappeler l'excellent article de Sébastien Dieguez.
    On notera également ce que l'auteur appelle "l'effet Sarrasin" c'est à dire cette méthode qui consiste à glisser des contre-vérités dans un discours par ailleurs rempli d'idées "plus raisonnables en surface" qui augmente l'adhésion du public à la thèse fallacieuse défendue.
    Nous vivons actuellement autour du débat sur "l'islamisation" en France des exemples frappants de ce genre d’amalgames qui jettent sur la communauté musulmane française la responsabilité indirecte des excès commis - pour la plupart en dehors de notre territoire - par ceux qui se réclament sans légitimité défenseurs d'un islam dit radical.
    Le mal est suffisant pour qu'on en viennent à conduire certains musulmans à devoir se désolidariser publiquement des horribles crimes commis par l’État Islamique ou Da'ech.
    Mais que je sache on n'a pas eu la même exigence envers les juifs de France à qui personne n'a demandé de condamner les crimes perpétrés par l'état d'Israël contre les palestiniens?
    Je ne sort pas vraiment du sujet puisqu'il s'agit bien sous le couvert d'arguments irréfutables d'emporter le bébé Islam avec l'eau du bain qu'est islamisme radical.
    Aucune raison non plus pour faire porter à la communauté juive française une quelconque responsabilité dans les excès des autorités de l'état d'Israël!

  2. Dr Marburg Répondre | Permalink

    pauvre petit oligophrène coprophage, puisses-tu te noyer dans ton vomi.

Publier un commentaire