Famille pour tous: l’erreur psychologique du gouvernement

04.02.2014 | par Sébastien Bohler | Non classé

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous, ces gens qui battent le pavé avec des slogans comme "la famille pour tous?" On en voit avec des bonnets phrygiens, comme s'ils préparaient la révolution... A les voir, on croirait que la fin du monde est proche, que la famille est menacée par l'état, que tout va s'effondrer.

La théorie de la gestion de la peur

Que nous disent ces réactions et cette défense de la famille traditionnelle ? Que les gens ont peur, et que lorsqu'on a peur, on se raccroche à une vision traditionnaliste de la société.

C'est ce que nous ont enseigné deux décennies de recherches sur la théorie de la "gestion de la peur". Ce sont d'abord les psychologues Jeff Greenberg, Sheldon Solomon et Tom Pyszcynski qui montrent, dès les années 1990, que l'être humain confronté avec le sentiment de sa fragilité et de sa mortalité, se réfugie dans tout ce qui lui rappelle la pérennité de son groupe: famille, patrie, cuisine nationale, "identité nationale", religion, etc.

pyszczynski

Le psychologue américain Tom Pyszcynski

Plus tard, on étendra ce lien à la notion d'incertitude: lorsque les temps sont incertains, que les individus peinent à voir leur avenir clairement, que la précarité gagne partout, que l’incertitude envahit les vies, que l’épuisement professionnel et le stress deviennent monnaie courante, on montre d’une façon très claire que le réflexe d’une population est de se replier vers ses valeurs traditionalistes et nationalistes. Un  travail de recherche intéressant à regarder, pour ceux que cela intéresse : des chercheurs néerlandais comparent ici, d'une part le « besoin de valeurs et de normes établies » qu’expriment les individus, et d'autre part le niveau d’incertitude où ils sont placés. La corrélation émerge : plus nous subissons d’incertitude, plus nous voulons préserver des schémas traditionnels.

Inconséquence ou diversion?

Quel que soit le bien fondé des réformes envisagées pour la famille, on peut parler ici d’erreur psychologique du gouvernement. Remettre en cause la stabilité d’un système ancien à une période où tout vacille, est en fait si risqué que cela en paraîtrait presque naïf. Au point de se demander si les gouvernants ont été aveuglés par leurs combats idéologiques, ou s'ils les ont délibérément portés sur le devant de la scène dans l'espoir de maintenir le débat public à un niveau polémique apte à occulter de grandes questions du moment: difficultés chroniques dans l’enseignement ou coût de la corruption en France, qui vient d’être évalué par la Communauté européenne à un niveau inquiétant.

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