La générosité est-elle soluble dans Facebook?

14.11.2013 | par Sébastien Bohler | Non classé

La question a été posée devant les vastes mouvements de soutien aux victimes du typhon Hayian sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, on soutient les ONG qui viennent en aide aux malheureux sinistrés, on « like » ces actions d’un clic sur la souris. Mais, ce geste accompli, semble-t-il, on ne s’engage guère financièrement comme nous le signalait aujourd’hui à 12 h 30 la question du jour sur RTL (posée à 2: 30 sur cet enregistrement).

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Des pages de soutien aux victimes ont vu le jour sur Facebook. Elles sont souvent très "likées", ou appréciées. Mais paradoxalement, les activistes du net, ou "slacktivistes" ne donnent pas toujours de l'argent.

Cette situation est emblématique de ce que les Américains appellent le « slacktivisme », néologisme dérivé de l’activisme et qui en désigne la version virtuelle, via les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter.

En un mot, on ne milite plus concrètement pour une cause, mais on « like » sur la toile et les victimes sont les dindons de la farce. Car, nous apprend une étude toute fraîche de l’Université de Colombie Britannique, les personnes qui donnent leur like à ces causes sur la toile donnent moins d’argent dans la réalité. Pour plus de détails sur les effets psychologiques du slacktivisme, voir l'article que je consacre à cette question dans la revue Cerveau & Psycho.

La principale question semble être : Comment le slacktivisme nous exonère-t-il de l’action réelle en faveur des déshérités ? En somme, comment le virtuel vampirise-t-il le réel ?

Plusieurs hypothèses ont été proposées. La première a trait à la notion d’estime de soi. En "likant" publiquement une bonne œuvre, on se sent une meilleure personne. Dès lors, plus besoin de donner des espèces sonnantes et trébuchantes pour s’acheter une bonne conscience.

L’autre hypothèse serait davantage liée à la culpabilité. Des recherches antérieures ont montré que certains gestes simples (le simple fait de se laver les mains, notamment) réduisent notre culpabilité après avoir accompli un acte immoral. Une connexion directe entre la cause de la culpabilité et son remède n’est donc pas nécessaire. Pour passer l’éponge sur la mauvaise conscience, il peut suffire d’un ressenti positif, d’un sursaut émotionnel qui détourne l’attention. Comme le fait de liker une page Facebook qui milite pour l’aide aux sinistrés.

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