Mais qu’arrive-t-il à Nadal ? Des tics et des tocs…

05.06.2014 | par Sébastien Bohler | Non classé

Rafael Nadal est un grand nerveux. On s’en aperçoit rapidement quand on se penche sur sa gestuelle lorsqu'il joue. Il y a deux ans, un reportage diffusé sur Canal+ présentait un petit montage assez illustratif.

Que signifie cette gestuelle ?

Quand on voit cela, on parle volontiers de tics. Mais qu’est-ce qu’un tic ? Généralement, c’est un mouvement involontaire et répété, qui peut sembler étrange ou même gênant. Les tics seraient présents chez 18 pour cent environ des enfants en milieu scolaire, voire 23 pour cent chez les élèves en difficulté. Ils résultent de la contraction de groupes musculaires qui peuvent donner des mouvements simples (haussement d’épaule brusque, clignement de l’œil) ou plus compliqués, comme des séquences de mouvements répétés. Pour une bonne entrée en matière sur les tics, lire cette excellente revue sur la question.

Dans la classification des tics, Rafael Nadal présenterait des tics moteurs complexes avec objet, c’est-à-dire pour reprendre la description des auteurs, des « mouvements coordonnés en séquence, ressemblant à des comportements normaux, mais inappropriés par leur caractère intense et répétitif ». Fait notable, ils sont exacerbés lors d’un stress.

tourette

Dans le syndrome de la Tourette, qui est une des principales causes de tics, une zone du cerveau nommée pallidum (en rouge) semble hyperactive et perturberait le fonctionnement d'une boucle neuronale contrôlant les mouvements. Il est possible de moduler l'activité de ce pallidum par l'implantation d'électrodes dans le cerveau...

Nadal a-t-il un syndrome de la Tourette ?

Une des principales causes de tics est une maladie neurologique appelée maladie de Gilles de la Tourette. Dans ce trouble, on constate des mouvements intempestifs mais aussi, avec le temps, des verbalisations inappropriées, souvent obscènes, que l’on nomme coprolalie. Les patients se mettent à jurer au milieu d’un repas, à proférer des obscénités en dehors de tout contexte… Il faudra donc observer si le jeune homme se met à proférer des insultes en public, dans les années qui viennent. Dans son cerveau, on observerait peut-être alors un dérèglement de certains circuits régulateurs des mouvements (voir ci-dessus), que l’on peut corriger par l’implantation d’électrodes. Mais n’allons pas si vite en besogne, d’autres hypothèses doivent être d’abord évoquées.

DBS copie

Chez les patients atteints de TOC, des circuits de neurones dans le cerveau font circuler certaines idées fixes en boucle, sans que la partie frontale du cerveau intervienne pour interrompre le processus. On peut alors stimuler au moyen d'électrodes un relais (en rouge) au sein de cette boucle, le noyau subthalamique, et interrompre ce processus.

L’hypothèse d’un Nadal toqué

L’autre possibilité est celle d’un TOC, d’un trouble obsessionnel compulsif. L’exemple le plus connu du TOC, c’est celui de la personne qui se lave les mains toutes les dix minutes. A peine se les est-il lavées, qu’il éprouve le besoin de recommencer parce qu’il n’est pas sûr qu’elles sont vraiment propres. Dans son cas, une zone située à l’avant du cerveau, le cortex orbitofrontal, n’arrive pas à enregistrer que les mains ont été lavées. Dans l’incertitude, on recommence.

Une des fonctions du comportement routinier et vérificateur du TOC serait d’apaiser un état d’anxiété. Anxiété des mains sales, ou anxiété d’avoir le short trop bas.  A chacun son anxiété. Nadal serait alors un individu profondément stressé par tous les détails pouvant interférer avec son jeu, et userait de telles routines vérificatoires pour éloigner le spectre de cette angoisse. Ce que ses adversaires n'ont pas manqué de noter... et d'imiter dans certains cas.

Toqué ou tiqué ?

L’hypothèse d’un TOC spécifique à la pratique sportive semble la plus vraisemblable. Ce TOC n’est pas handicapant car il ne s’exerce que sur un terrain. Nadal peut vivre normalement hors de ce contexte. En outre, le TOC doit être vu ici davantage comme la manifestation extérieure d’un caractère obsessionnel (joueur focalisé sur ses routines, comme pour canaliser un trop plein de perfectionnisme), dont l’obsession première semble être de détruire l’adversaire.

Vous allez me dire, quand on voit quelqu’un gagner huit fois Roland Garros, on peut se douter qu’il y a là quelque chose d’obsessionnel.

 


2 commentaires pour “Mais qu’arrive-t-il à Nadal ? Des tics et des tocs…”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    "Vous allez me dire, quand on voit quelqu’un gagner huit fois Roland Garros, on peut se douter qu’il y a là quelque chose d’obsessionnel."
    Certes mais surtout un foutu talent avec TIC ou TOC, je pencherai plus pour le TOC.

  2. david Répondre | Permalink

    C'est la "routine de service". Tous les joueurs en ont une, c'est un brève scène avec des gestes et des visualisations (ça, ça ne voit pas), qui permet à la fin, et de façon répétitive de produire le geste parfait. (ça existe aussi au golf). Celle de Nadal est juste plus longue et complexe que les autres. Rien a voir avec un TOC AMHA.

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