Le clip de Kate Upton en apesanteur : une apologie de la femme objet

20.02.2014 | par Sébastien Bohler | Non classé

Pour fêter ses 50 ans, le magazine Sports Illustrated a proposé de mettre une des plus belles femmes du monde dans un des avions qui permettent de simuler l'apesanteur. Le but : suggérer la liberté des formes, miraculeusement affranchies de la gravité terrestre. Et voilà le résultat.

Une poupée légère

Voir ce corps de poupée tourner en tous sens, sans poids, sans résistance, montrant toutes ses faces comme si l'on pouvait en disposer à volonté... On pourrait presque dire que jouer avec une poupée barbie produit le même type d'impression: celle de déplacer, retourner, observer, lancer, réceptionner, en un mot, manipuler.

Nous voilà au coeur du concept de femme objet, récurrent dans la problématique du désir sexuel et de l'objectification du corps féminin. Le fantasme masculin de retirer à la femme son statut de sujet pour en faire un pur objet de son désir, est ici réalisé pour les yeux des lecteurs de Sports Illustrated.

La femme privée du statut de sujet

Cette vidéo reflète la façon dont le cerveau de certains hommes fonctionne. Susan Fiske, neurologue au département de psychologie de l'Université Princeton, a examiné le cerveau d'hommes dans un scanner pendant qu'ils visionnaient des photos de femmes en bikini. Il s'est avéré que, dans l'échantillon étudié, les hommes les plus sexistes voyaient effectivement les femmes comme des objets : les parties de leur cerveau qui attribuent des états mentaux aux personnes étaient éteintes quand on leur montrait ces photos de femmes en tenue légère. Ils ne les voyaient plus comme des sujets, mais comme des choses.

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Les zones bleutées sont éteintes chez des hommes sexistes voyant des femmes en bikini. Ces zones cérébrales servent à attribuer des états mentaux à autrui, lui attribuant le statut de sujet.

Le désir de manipulation

Les travaux de Susan Fiske ont aussi montré que les hommes associaient automatiquement à la vue de ces photos des verbes tels que "manipuler", "prendre", "déplacer", "tourner", qui désignent des actions tournées vers des objets ou des instruments. Etonnamment, de tels verbes sont ceux qui décrivent les rotations et trajectoires incroyables de ce corps si  léger qui semble aisément manipulable. Cette publicité s'adresse donc à ce cerveau manipulateur qui met le sujet à distance pour voir entre ses mains un objet disponible, objet de jeu et d'action, lieu de pouvoir et de désir.

Cette tendance a-t-elle toujours existé, ou prend-elle aujourd'hui des proportions inédites? D'un côté, l'évolution des moeurs fait que la femme est aujourd'hui moins soumise et plus autonome. De l'autre, l'univers parallèle d'Internet et de la pornographie renforce l'image purement visuelle et disponible à la demande d'une femme totalement réifiée. A méditer.

 

 


Un commentaire pour “Le clip de Kate Upton en apesanteur : une apologie de la femme objet”

  1. Pandora Répondre | Permalink

    L'étude de Susan Fiske ne montre pas que les hommes associe les mots comme manipuler etc a des femmes "sexualisées" mais que les hommes catégorisés comme sexistes (sexisme hostile) le faisait. Et même plus précisément, qu'ils associe ces mots plutôt à la première personne (considérée comme une volonté de manipuler soit-même) plutôt qu'à la troisième personne, la liste des mots ne contenant QUE des verbes en rapport avec le déplacement et la manipulation ! Donc dire que "les hommes associaient automatiquement à la vue de ces photos des verbes tels que "manipuler", "prendre", "déplacer", "tourner"" alors qu'il n y avait pas le choix des mots, c'est un peut déformer l'étude. C'est dommage des raccourcis comme ça surtout que je n'en vois pas le but ?

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