Le vote FN aux européennes, dû à un biais psychologique?

12.06.2014 | par Sébastien Bohler | Non classé

Qu’est-ce qui pousse 25 pour cent des votants à se replier vers un parti nationaliste ? La psychologie sociale nous offre d’intéressantes clés d’interprétation.

Le biais d’endogroupe

Le Front National active un concept clé en psychologie sociale : le biais d’endogroupe. En situation de pénurie de ressources (chômage, perte de pouvoir d’achat), des groupes se forment et chacun tend à favoriser les membres de son propre groupe d’appartenance (endogroupe) au détriment des autres groupes (exogroupes) pour s’assurer un meilleur accès aux ressources. C’est ce qu’on appelle le biais d’endogroupe, auquel le Front National a donné le nom (probablement sans le savoir) de préférence nationale. Ce mécanisme explique pourquoi les votes nationalistes progressent en temps de crise, et peuvent aller jusqu’aux totalitarismes dans certaines périodes historiques (national-socialisme suite à la grande crise en Allemagne dans les années 1930).

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Le concept de préférence nationale est l'expression politique du concept de biais d'endogroupe en psychologie sociale.

Un changement de perception

Mais comment les gens définissent-ils leur endogroupe ? En se basant sur des marqueurs d’endogroupe : la langue, la race, la religion, la culture, tout ce qui tombe sous la main. La race a généralement été un marqueur d’endogroupe très prisé. Or, l’article publié cette semaine dans PNAS par l’Université de New York livre de nouvelles indications sur ces marqueurs d’endogroupes : lorsque nous percevons un manque de ressources financières ou économiques, nous accentuons notre perception de tels marqueurs. L’expérience avait été réalisée avec des phénotypes raciaux : des photographies de Noirs américains, de Blancs ou de Métis étaient montrées à des volontaires blancs américains qui devaient dire si le profil Métis (intermédiaire sur un continuum phénotypique) leur évoquait plutôt un Noir ou plutôt un Blanc.

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Un continuum blanc-noir a été créé dans cette expérience. Un visage 50 pour cent blanc et 50 pour cent noir est jugé “métis” par des sujets blancs d’un groupe témoin. Mais il est jugé “noir” par des sujets ayant été mis en situation de pénurie économique.

Quand le Noir semble plus Noir

Les résultats ont montré, fort logiquement, que 50 pour cent des personnes interrogées voyaient le Métis comme un Noir, et 50 pour cent le voyaient comme un Blanc. Toutefois, ces proportions changeaient lorsqu’on faisait ressentir aux participants un manque de ressources financières. Un tel sentiment était enclenché par des jeux faisant intervenir des sommes d’argent que les expérimentateurs faisaient progressivement diminuer. Dans ce cas, 75 pour cent des volontaires voyaient le Métis comme un Noir.

Cette expérience montrait donc que la perception d’un manque de ressources déplace la barrière de l’endogroupe, en accentuant la perception des marqueurs d’endogroupe. Nous excluons davantage de gens de notre endogroupe en situation de pénurie économique (le titre de l’article est La pénurie économique modifie la perception des races).

Un problème complexe

Je n’ai aucune prétention d’expliquer le vote FN au moyen de ce seul type d’étude. Le phénomène est multiple, politique, historique, les motivations des électeurs sans doute très variées. Je pense qu’il faut prendre ce type de résultat comme un facteur d’influence parmi d’autres. Toutefois, la récurrence des replis nationalistes en période de difficulté économique semble un fait assez régulier. La prospérité est probablement une protection contre les phénomènes de repli identitaire, mais à défaut de prospérité, il faut savoir mettre en place des projets communs qui, comme l’a montré la théorie du conflit réaliste, permettent de réunifier les communautés.

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"Les Français ont besoin de la coupe du monde, la vie est dure pour eux en ce moment", nous serinent les éditorialistes de tout crin : la Coupe du monde serait-elle le seul projet commun d'un pays en difficulté économique?

Aujourd’hui, ces projets communs font cruellement défaut. De quoi parle-t-on lorsqu’on cherche un moment d’unité ? De la Coupe du Monde de football qui commence demain. Il va falloir trouver mieux, et plus durable.


2 commentaires pour “Le vote FN aux européennes, dû à un biais psychologique?”

  1. http://www.sante-prevealys.fr/ Répondre | Permalink

    Bonjour,
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