Le visage du mal ?

16.09.2013 par Sébastien Bohler, dans Non classé

La photo du jour est un visage. C’est celui du psychopathe le plus recherché du moment, un individu « extrêmement dangereux » qu’Interpol recherche activement en Suisse et en Allemagne. Violeur multirécidiviste, et depuis peu meurtrier en cavale. Son histoire glace le sang.

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Evidemment, la photo donne des frissons. Mais pourquoi ? Parce que nous savons ce qu’il a fait, ou bien parce que quelque chose sur son visage dénote la cruauté?

C’est une question abyssale. Récemment, une étude américaine a suggéré que les visages de psychopathes seraient « reconnaissables » par trois quarts des personnes interrogées. Sans rien savoir sur eux, une majorité de spectateurs se sentent dérangés par le regard, ou l’expression du visage de ces individus.

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Le visage de gauche a été créé par ordinateur en superposant le visage de 24 femmes présentant de forts scores de psychopathie. A droite, un visage composé de 24 femmes à faible score de psychopathie. La majorité des personnes sondées font la différence.

 

Evidemment, de telles études sont à prendre avec les plus grandes précautions, à la fois parce qu'elles n'ont de valeur que statistique, et parce qu'il est extrêmement hasardeux de vouloir percer à jour la personnalité d'un individu à partir de ses traits. Les auteurs de l’étude proposent de leur côté une explication: le visage avec lequel on naît peut influencer notre comportement, parfois de façon injuste. Une personne au visage ingrat peut être amenée à se comporter de manière asociale parce qu’elle est fuie ou moquée par les autres, par exemple. Une personne au visage traduisant une impression de dureté, même si cela ne correspond pas à sa personnalité, peut ainsi devenir « dure » à force de réactions hostiles, ou de fréquentations délétères.

Mais les études psychologiques et neurologiques menées sur les psychopathes suggèrent une tout autre piste : certains psychopathes souffriraient d’un défaut d’empathie. Le tueur qui viole sa victime ne compatit évidemment pas à sa douleur. Cette absence d’empathie pourrait se traduire par un visage sans expression, où l’âme semble comme « absente ». C’est peut-être cela, aussi, que reconnaissent les personnes interrogées dans les études.

Devant ces clichés, il est difficile de faire la part entre la fascination malsaine que cultive en nous l’image du psychopathe sanguinaire, et la vraie question, à ce jour irrésolue : « peut-on lire la folie dans le regard ? »


3 commentaires pour “Le visage du mal ?”

  1. Henri Manguy Répondre | Permalink

    Bonjour.

    Bon, alors déjà, la photo du type en haut ne me donne pas le frisson. Je ne lis rien sur son visage qui dénote cruauté ou quoi que ce soit le désignant comme dangereux. Maintenant, c'est peut-être moi qui ne sais pas "lire" les visages. De même, je ne vois aucune différence entre les deux visages de femmes créés par superpositions. Du moins en termes de dangerosité. Celle de droite me semble peut-être plus douce que celle de gauche, qui semble plus déterminée, plus affirmée, mais c'est tout. De là à leur attribuer des "scores de psychopathie"... Je me demande d'ailleurs ce que cela peut bien vouloir dire. Quant aux psychopathes qui souffriraient d'un défaut d'empathie, ce n'est peut-être pas aussi simple que cela. Que le violeur ne compatisse pas à la douleur de sa victime ne veut pas dire qu'il ne la ressent pas quelque part. Dans son ouvrage "La pensée extrême", Gérald Bronner fait une excellente remarque au sujet des violeurs en tournante. Comment réagiraient ces jeunes gens, que certains supposent incapables de prendre conscience de la gravité de leurs actes, demande-t-il, si d’autres faisaient subir les mêmes violences à des filles de leur famille ? Il est fort probable qu'ils ne resteraient pas de marbre. Ce n'est pas qu'ils méconnaissent le mal, dit-il, c'est qu'ils se croient autorisés à le faire. Plutôt que de penser que les psychopathes sont dénués d'empathie, ce qui quelque part les absout de leurs crimes, ne pourrait-on pas envisager que tout simplement ils s'estiment autorisés à faire le mal ?

    Henri

    • Sébastien Bohler Répondre | Permalink

      Difficile, effectivement, de savoir si ce que l'on ressent est dû au visage ou au fait que l'on se dit "c'est un tueur", vous avez raison. C'est pour cela que l'expérience a été faite. La différence entre les deux visages n'est pas celle que l'on trouverait entre un fou sanguinaire et un innocent passant, mais les trois quarts des personnes interrogées font la différence, ce qui est un effet puissant en psychologie expérimentale.
      Vous avez raison sur l'empathie, c'est une question débattue. Il semblerait que les psychopathes régulent leur empathie selon les situations et qu'en tout état de cause ils présentent une forte dimension "d'instrumentalisation", et se croient au-dessus des autres, s'arrogeant des droits qu'ils dénient à autrui, même quand cela ne conduit pas au meurtre.

  2. Henri Manguy Répondre | Permalink

    Un journaliste de "Marianne" qui a connu l'individu de la photo dans sa jeunesse, signe un article cette semaine dans lequel il écrit qu "il ne parlait que de sexe [...], se vantait pas mal [...], draguait systématiquement et se faisait rembarrer. Les filles qu'il approchait percevaient-elles une dimension effrayante de sa personnalité qui nous échappait ? [...] Il parlait froidement de viol à 15 ans [...], il s'inventait des exploits érotiques, mais nous savions tous que c'était imaginaire. [...] Vers 18 ans, il a esquissé quelques passages à l'acte, entre drague lourdingue et tentative de viol. Il n'osait pas encore la violence, les filles parvenaient à s'en débarrasser." C'est curieux, mais cette description me rappelle quelqu'un, un ex-ministre français et ex-candidat à la présidentielle, qui a défrayé la chronique il y a un an ou deux. Je me demande si les femmes qu'il approchait "percevaient une dimension effrayante de sa personnalité qui nous échappait" et si "quelque chose sur son visage dénotait la cruauté" ?...

    Henri

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