Epuisement professionnel : pourquoi notre cerveau ne peut plus suivre le rythme

22.01.2014 par Sébastien Bohler, dans Non classé

L’épuisement professionnel arrive sur le devant de la scène, avec cette étude clinique reprise aujourd’hui par tous les médias : 3 millions de Français seraient touchés par ce burnout, soit sept à huit pour cent de la population active. Dramatique.

burnout

 

« Vidés par leur travail », « épuisés dès le matin », « écrasés par la charge de travail », « le sentiment d’être inefficace », « perte de motivation » : quelque 680 000 cadres sont touchés, ce qui en fait la catégorie professionnelle en première ligne (même si les taux de burnout sont supérieurs dans l’agriculture, notamment).

Il faut à tout prix faire quelque chose. Nous sommes en train de soumettre les cerveaux humains à quelque chose d’inédit. Ce n’est pas tant la quantité de travail (on travaillait sans doute plus d’heures il y a un siècle) que la perte de sens, la précarité, l’inconhérence dans les consignes, la pression insidieuse, qui doivent être mis en question.

Des perturbations cérébrales visibles

Aux Etats-Unis, les neurologues ont mené une étude pour savoir ce qui se passait dans les cerveaux de ces « épuisés du travail ». L’étude a été menée chez des internes en médecine. Elle a fait apparaître deux grands faisceaux de symptôme : l’épuisement émotionnel (émoussement des émotions, incapacité à ressentir des affects) et la dépersonnalisation (perte de contact avec soi, sentiment d’inutilité, fuite dans l’instant, incapacité à former des projets personnels). Ces deux symptômes apparaissent jusque dans l’activité cérébrale des personnes étudiées : l’épuisement émotionnel se traduit par une activité excessive dans le cortex cingulaire postérieur et la dépersonnalisation par une perte d’activité dans le cortex préfrontal dorsolatéral (voir la figure ci-dessous).

burnout_450

 

Epuisement émotionnel et dépersonnalisation

Le cortex cingulaire postérieur est activé par les émotions, aussi bien positives que négatives. Son activité excessive suggère que les personnes en état de burnout doivent fournir des efforts cérébraux disproportionnés pour tenter de ressentir et comprendre les émotions liées à leur environnement ou leur entourage.

Le cortex préfrontal dorsolatéral est nécessaire au contrôle cognitif : il intègre l’information sensorielle, les buts et les règles. Une perte d’activité pourrait signifier que la personne a du mal à se faire une vision cohérente de son action, de son futur, et de la temporalité.

CERVEAU-accéléré

 

Un monde fou

Ce dernier point semble central à la problématique actuelle du burnout : « absence de perspective » est le leitmotiv des personnes interrogées. L’étude clinique révèle que les raisons principales sont une pression insidieuse exercée par certains dirigeants, la nécessité pour tout salarié d’être disponible à tout moment, d’être toujours « connecté », de réagir au quart de tour, toujours joignable sur son téléphone ou par mail. Pas d’échappatoire.

La sociologue Nicole Aubert explique que les rythmes de travail sont devenus inhumains, à cause de la conjonction des nouveaux moyens de communication et de la mondialisation des échanges économiques en temps réel, dans une optique de rendement. Le « technostress », comme on l’appelle, est en train d’avoir raison du cerveau.


9 commentaires pour “Epuisement professionnel : pourquoi notre cerveau ne peut plus suivre le rythme”

  1. Terredumonde Répondre | Permalink

    Le nombre ne compte sans doute pas ceux qui ont dû renoncer à un travail à temps complet pour échapper au burn out et dont je fais partie, avec une perte de revenus de 50 % !
    Tous les éléments cités dans l'article étaient présents dans ma situation, avec un surmenage évident et l'impossibilité d'empêcher ma vie professionnelle d'envahir ma vie personnelle. Mes collègues vivent cette même imbrication de leur vie professionnelle dans leur vie personnelle et y trouvent les solutions qu'ils peuvent.

  2. le saux jeannie Répondre | Permalink

    Je crains que cette réalité ne fasse que s'empirer car la prise de conscience n'est pas encore très grande auprès de nos responsables !!!

  3. Rémi Boyer Répondre | Permalink

    Chaque année notre association Aide aux Profs est contactée par près de 1500 enseignants de toute la France dont 10 à 20% sont en état d'épuisement professionnel. A leur intention en octobre 2013 nous avons co-publié avec les Editions Memogrames un guide pratique de prévention et de remédiation de leurs souffrances au travail: Souffrir d'enseigner...Faut-il rester ou partir ? co-écrit par Rémi Boyer et José Mario Horenstein (392 pages, l'ouvrage le plus récent sur ce sujet avec des centaines de témoignages)

  4. Assaad Répondre | Permalink

    D’où la nécessité de marquer des temps de pause, pas seulement pour le repos physique mais aussi pour la régénération émotionnelle et psychologique.
    Je trouve personnellement les moment de méditation ( ou de prière ) exemplaires pour ce propos. Essayez ! vous en tirerez le plus grand bénéfice 🙂

  5. Philippe Répondre | Permalink

    Bonjour, pouvez-vous me communiquer les références de l'étude américaines sur les internes svp ? Merci ! Philippe

  6. Sandrine Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Vaste sujet, ô combien intéressant, j'ai particulièrement apprécié votre intervention de l'émission "la tête au carré" sur France Inter et suis ravie de découvrir votre blog.

    Consultante RH, j'accueille régulièrement des personnes en quête de sens et d'identité professionnelle, et je vous rejoins complètement sur le fait que ce n'est pas la quantité de travail qui pose problème mais bien les conditions d'urgences et les injonctions paradoxales récurrentes dans certaines entreprises.

    Merci pour ce partage
    Sandrine

  7. Evelyne Répondre | Permalink

    Et si le bien-être au travail était la conquête sociale des années à venir ? Une chose est sûre, des salariés qui se sentent bien au travail sont plus efficaces et plus impliqués… il ne reste plus qu'à espérer que cette notion gagne des adeptes.

  8. Evelyne Répondre | Permalink

    Le bien-être au travail serait-il la conquête sociale des années à venir ? Il serait temps d'admettre que des salariés qui se sentent bien au travail sont plus efficaces et plus impliqués. Ce genre d'étude et les pratiques en vigueur n'augurent rien de bon si tout cela continue.

  9. Laurent Répondre | Permalink

    Les études se suivent et se ressemblent ! La souffrance au travail est reconnue, tout comme son impact sur la santé physique et psychologique. Il est temps d'agir...

Publier un commentaire