Tout dans le smartphone, rien dans la tête!

17.12.2013 par Sébastien Bohler, dans Non classé

Quel usage faites-vous de votre smartphone ? Sans doute stockez-vous des contacts, des musiques, des photos des gens que vous aimez, ou de moments agréables.

SmartphonemémoirePeut-être faites-vous comme les personnes, de plus en plus nombreuses, qui postent sur les réseau sociaux une photo d’un endroit qui leur a plu, d’un ami qu’elles n’avaient pas vu depuis longtemps, ou d’une exposition qui vaut le détour. Le succès de l’application Instagram, qui permet de graver instantanément ces morceaux de vie, ou du service Google Drive qui vous permet de stocker tous vos souvenirs, témoignent que ce besoin de stockage du passé est en plein boom.

Mais avez-vous déjà réfléchi à ce que nous faisons de ces instants capturés par nos supports électroniques ? Que deviennent-ils dans notre mémoire ?

Le "pompage mnésique"

Une recherche intéressante de l’Université Fairfield du Connecticut suggère que leur effet pourrait être précisément de vider notre mémoire. La psychologue Linda Henkel a demandé à des gens en visite dans un musée, soit de regarder les œuvres qui leur plaisaient, soit de les photographier. Ensuite, elle a mesuré par des questionnaires ce qu’ils avaient retenu de ces chefs-d’œuvre. Les personnes ayant utilisé leur smartphone pour saisir ces instants ou les poster avaient retenu beaucoup moins de choses de ce qu’ils avaient vu.

Joconde

La plupart des gens observant la Joconde avec leurs yeux pourront se souvenir des détails du tableau. Ceux ayant eu le réflexe de poster la photo avec leur smartphone sur les réseaux sociaux ne se rappelleront plus ce qu'il y avait en arrière-plan.

Comment les supports de mémoire externe piratent-ils nos souvenirs ? Cela peut résulter de plusieurs mécanismes : soit une moindre attention à ce que nous voyons parce que nous sommes concentrés sur le fait de le stocker, soit parce que nous savons que la chose est stockée et que nous n’avons pas besoin de la garder dans notre esprit.

L’effet Google

Cet effet de pompage mnésique avait déjà été mis en évidence par trois psychologues, Betsy Sparrow, de l’Université Columbia, Jenny Liu, de l’Université du Wisconsin et Daniel Wegner de l’Université Harvard, dès 2011, et baptisé « effet Google ». Wegner et son équipe ont montré que les personnes mémorisent moins des informations lorsqu’elles savent pouvoir les trouver, ou les transférer, sur Internet. Etonnamment, elles ont parallèlement une illusion de puissance mentale : elles croient que leurs capacités de mémoire sont supérieures, ce qui pourrait les amener à sous-estimer ces effets d’oubli. En anglais, une interview de Betsy Sparrow:

Ne vous est-il jamais arrivé, en voulant vous rappeler le nom d’un acteur vu dans un film, de penser après quelques secondes : « je vais le trouver sur Internet » ? Ce faisant, l’acte cérébral de récupération des souvenirs est interrompu, et n’est plus mené à son terme. Or, il s’agit d’une fonction physiologique qui, comme tant d’autres, ne peut se perpétuer qu’en fonctionnant, qu’en s’entraînant.

Nos mémoires s'atrophient-elles?

Ce qui se passe dans ce genre de situation est comparable à ce qui arriverait à un joggueur qui, au moment de décider d’aller courir, penserait : « de toute façon, je peux faire le même trajet en voiture ». Sa musculature d’amollirait en quelques semaines, et il perdrait vite ses qualités d’endurance. De même, notre mémoire est peut-être en train de s’atrophier à cause de ces effets de transfert sur des supports électroniques. Hasard ou coïncidence ? Nous sommes à une époque où les troubles de la mémoire constituent un enjeu de santé publique planétaire.


2 commentaires pour “Tout dans le smartphone, rien dans la tête!”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    Mais l'effet "sérendipité" de la recherche sur internet ne joue-t-il pas au contraire à l'inverse?
    Je veux dire que la recherche sur internet peut nous amener à des recherches que nous n'aurions pas faites en suivant de "file en aiguille" de façon primesautière le fil des liens hypertextes. De cette façon une recherche, peut-être appauvrissante pour la mémoire, nous entraîne à des connaissances nouvelles qui viennent enrichir à l'inverse nos souvenirs.
    C'est en tout cas une démarche que je fais souvent.
    A partir d'un nom, d'une idée, d'un événement on va explorer des connaissances connexes qui d'ailleurs peuvent fortement renforcer le souvenir de l'objet déclencheur.
    Certes Google peut conduire à une forme de paresse mais c'est aussi un merveilleux outil pour qui n'a pas tué en lui le goût de la connaissance, la curiosité qui est incontestablement non pas "un vilain défaut" mais une indispensable qualité.

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