« Neknomination », le jeu sur Facebook qui peut tuer

13.02.2014 | par Sébastien Bohler | Non classé

Ils se filment sur les réseaux sociaux, en train d'avaler des litres de bière ou des verres de vodka à la chaîne. Sous le regard de leurs amis ou de leurs fans, ils poussent la limite un peu trop loin. Question de fierté, de défi. Ou d'inconscience. Aujourd'hui, on se saoule version Facebook et l'addition est salée. Ce jeu porte le nom de "Neknomination", qui vient de l'expression neck-it, en anglais, signifiant "cul sec". Deux jeunes en seraient morts  samedi 8 février en Irlande, et dix jours après ce sont cinq décès qui sont répertoriés.

Signalons-le d'emblée: ce genre de jeu représente des risques extrêmes et sans doute aucun intérêt. Alors, pourquoi se répand-il? La biture express (binge drinking, en anglais) existe depuis de nombreuses années, elle est en constante augmentation chez les jeunes et constitue un motif d'inquiétude pour les pouvoirs publics et les services sanitaires.

Transformations du corps adolescent

Dans sa version originale, hors des réseaux sociaux, la biture express fait partie de ce que les psychologues appellent les conduites ordaliques, comportements limite où l'adolescent se teste et teste son propre corps sous le regard des autres. Le psychologue François Marty, auteur d'un article de référence sur ce sujet, relie ce comportement à la perception du corps par l'adolescent. Le corps en transformation, perçu comme étranger, difficile à contrôler, menaçant à cause des changements visibles liés à a puberté et ressentis liés à la montée des pulsions sexuelles.

NEKnomination

La biture express correspond à un besoin de tester les limites du corps, lorsque les capacités émotionnelles acquises pendant l'enfance ne suffisent pas à apaiser l'angoisse et à envisager l'avenir avec confiance.

Tester ce corps qui vous échappe

La capacité de l'adolescent à traverser relativement bien ces transformations dépend de sa confiance en lui et de ses capacités de gestion de ses propres émotions qui lui ont été inculquées dans l'enfance. Si ces capacités de gestion émotionnelle (notamment, confiance dans l'avenir, patience et aptitude à différer les désirs) font défaut (à ce propos, lire l'article de Dider Pleux sur les dangers d'une éducation où l'on n'apprend pas la patience), l'ado peut se sentir démuni face à son corps changeant, et angoissé par la fin de l'enfance. Le besoin de tester les limites de ce corps peut alors prendre la forme de conduites ordaliques, comportements de haute prise de risque et de flirt avec la mort ou le coma, comme dans la neknomination.

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Les réseaux sociaux amplifient le risque d'atteindre les limites à cause de la pression omniprésente de la réputation et du regard des autres.

Les réseaux sociaux entrent dans la danse

Ces moments de test, pour prendre leur sens, doivent se faire sous le regard des autres qui a valeur de légitimation. L'adolescent subit une forte pression pour être accepté dans le groupe de ses pairs, camarades de son âge qui l'encouragent à tester ces limites sous peine de ne plus faire partie du groupe. Ce sont les phrases comme: "bois si t'es un homme". Sur les réseaux sociaux, la réputation est cruciale, omniprésente, et même quantifiée sous forme de nombre d'amis ou de likes. Les conduites ordaliques peuvent être potentiées. D'autant que la loi de l'instantanéité (on peut être rayé de la liste des amis d'un seul clic) contrecarre les facultés cognitives de patience nécessaires à la régulation émotionnelle de l'adolescent (et de l'adulte).

Un mélange peu rassurant. Redonner confiance à un adolescent en situation de questionnement est plus que jamais un impératif pour les aînés qui les accompagnent.

 


Un commentaire pour “« Neknomination », le jeu sur Facebook qui peut tuer”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    "Redonner confiance à un adolescent en situation de questionnement est plus que jamais un impératif pour les aînés qui les accompagnent."
    Mais cela se joue aussi, comme vous l'écrivez au dessus, dans l'enfance et il est souvent bien tard à l'adolescence de s'en préoccuper si la confiance en soi n'a pas été "cultivée" avant.

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