La peur des clowns : un sentiment glaçant

03.11.2014 par Sébastien Bohler, dans Non classé

Mâcon, Montpellier, Besançon, Les Sables d'Olonne : les faux clowns ont semé la terreur dans de nombreuses villes de France dans la semaine précédant Hallowen. Des passants ont été terrorisés, voire agressés physiquement par des individus arborant des masques de clowns. La police était en alerte pour intervenir si nécessaire, mais aussi pour neutraliser les milices anti-clowns qui commençaient à voir le jour!

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Une peur issue de l'enfance

Mais qu'est-ce qui fait aussi peur chez le clown? De nombreuses personnes, sitôt que l'on engage la conversation, vous déclarent avoir été terrorisées petites par des clowns. Certains adultes confessent qu'étant enfants, ils avaient envie de pleurer ou de s'enfuir quand un clown apparaissait au cirque. Comme si quelque chose de profondément enraciné, hérité de l'enfance, continuait à se manifester.

La coulrophobie, une pathologie homologuée

A l'occasion de Halloween, en entendant les rumeurs de passants attaqués par des clowns, les enfants alors en vacances et fréquentant les centres de loisirs, étaient nombreux à déclarer : "je ne veux pas y aller, j'ai peur des clowns".

De fait, en 2008, une étude réalisée par la BBC et le journal Nursing Standard sur 250 enfants et ados de 4 à 16 ans montraient que la plupart avaient peur des clowns, certains à un niveau pathologique. Cette peur des clowns est d'ailleurs nommée coulrophobie et classée comme phobie spécifique dans le manuel de diagnostic en psychiatrie DSMV.

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L'amygdale est une structure de la taille d'une amande qui provoque la peur des clowns - et autres phobies.

Le cerveau et les clowns

Qu'est-ce qu'une phobie? Lorsque ce type de peur est caractérisée, notre cerveau réagit de façon automatique et irrépressible. Une zone nommée amygdale (voir la figure ci-dessus) s'active alors très violemment et provoque des réflexes de peur caractéristique: immobilisation, panique, fuite... C'est vraiment ce petit noyau de neurones qui joue un rôle central, car son absence (très rare, chez certaines personnes ayant subi des ablations chirurgicales) se traduit par une absence totale de peur. Ainsi, en 2010, une femme privée de ses amygdales prenait les araignées à pleines mains ou se promenait seule dans des quartiers dangereux et angoissants, sans la moindre gêne. Elle n'avait sûrement pas peur des clowns...

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Agir masqué a toujours permis aux humains de se comporter plus violemment.

Derrière le masque, la lâcheté

En fait, l'effet pervers est dans le masque. On sait depuis les expériences de Milgram dans les années 1960 que l'être humain se livre plus facilement à des actes immoraux ou violents lorsqu'il porte un masque. Dans ces expériences, des sujets tirés au hasard dans la population devaient infliger des chocs électriques à un individu ligoté. Une des variantes de l'expérience consistait à faire porter des masques aux personnes testées. Elles se mettaient alors à infliger des chocs électriques bien supérieurs. Au-delà du fait qu'elles avaient l'impression de ne pas être repérées, l'expérience a montré que le sentiment de culpabilité diminuait à cause du masque. Sans doute la raison pour laquelle le bourreau des temps anciens portait une cagoule.

Le clown, bourreau masqué de Halloween, a décidément bien des reproches à se faire.

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