« Selfie » le plus tweeté au monde : la star, c’est vous!

03.03.2014 | par Sébastien Bohler | Non classé

Lors de la récente soirée des Oscars, une pléiade de superstars hollywoodiennes ont improvisé une photo avec un téléphone que tenait l'un d'entre eux, ce qu'on appelle un selfie (photo de soi-même, que l'on diffuse ensuite sur le réseaux sociaux). En quelques heures, ce "selfie" a fait le tour du monde et est devenu le plus tweeté de l'histoire.

Oscar selfie

Le selfie des Oscars, le plus tweeté de l'Histoire.

 

Pourquoi cette photo a-t-elle autant de succès sur les réseaux sociaux ? Pas seulement parce qu’elle réunit une brochette de stars (il y en a eu et il y en aura d’autres) mais aussi, parce qu’elle adopte la forme nec plus ultra de la communication à travers les réseaux sociaux : la mise en avant de soi.

Le Moi, roi des réseaux sociaux

Selon les études menées par le psychologue Mor Naaman et ses collègues de l'Université du New Brunswick aux Etats-Unis, 80 pour cent du temps que nous passons sur twitter consiste à parler de soi. Etats d’âme du moment,  occupations du moment, photos du moment. La règle numéro un est : parler de soi. Sorte de mégaphone de l’ego, pour les psychologues, tweeter est le média du soi, du self, du selfie. Des scientifiques de l'Université du Michigan ont ainsi constaté que la fréquence des tweets d'un individu est proportionnelle à son degré de narcissisme. Et des études d'imagerie cérébrale de l'Université Harvard de Cambridge révèlent que le fait de parler de soi active les centres du plaisir dans le cerveau:

Tamir

Dans les expériences de Tania Tamir et ses collègues, le cerveau des personnes testées s'active dans une zone du plaisir (le noyau accumbens, en rouge en bas à gauche) lorsqu'ils peuvent communiquer sur eux-mêmes. Le graphique de droite montre l'activation de ce noyau cérébral quand on communique sur soi (en rouge) ou sur quelqu'un d'autre (en bleu)

Une photo officielle ? Trop élitiste

Si les people de cette soirée avaient choisi de diffuser une photo officielle prise par un photographe, ils n’auraient sans doute pas atteint le même niveau de proximité avec les abonnés à Twitter et autres Facebook. L’art du selfie s’est généralisé, ce qu’on peut rapprocher de la dimension fortement narcissique des réseaux sociaux, mise en évidence par la majorité de études de psychologie sociale. Ce qui change actuellement, c'est que longtemps, la renommée a été réservée aux célébrités, dotées de moyen de communication et diffusion traditionnels (cinéma, télévision, journaux, sites internet dédiés). Or aujourd'hui, les réseaux sociaux font croire à chacun que cela devient possible pour lui, et qu’il peut être l’artisan de sa propre célébrité - notamment par le selfie. C'est ainsi que les selfies de vous et moi sont souvent mélangés à des selfies de célébrités, comme pour gommer la différence:

Créer de la proximité

Que font donc les stars en se pliant à l’exercice du selfie? Elles accentuent notre sentiment qu’elles sont sur le même plan que nous, et que nous sommes en quelque sorte des stars. Ces gens que nous voyons sont, l’espace d’un instant, un groupe de copains comme ceux que vous réunissez sur vos propres selfies.

Le nerf de la guerre, encore et toujours...

L’illusion que chacun peut être une star est extrêmement bénéfique aux grandes marques dont les célébrités font la promotion. Les grandes campagnes publicitaires aux slogans tels que « Just do it », « dépasse tes propres limites », ou « parce que je le vaux bien » cultivent l’illusion que chacun peut accéder à sa propre légende. Une telle idéologie profite de tous ces moments où nous nous sentons véritablement sur le même plan que les stars.

Sous des dehors de fête conviviale, ce genre d’image véhicule une idéologie trompeuse. Nous aimerions tous être Brad Pitt ou Julia Roberts sur nos selfies, mais nous ne le sommes pas.

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