Didactique?

02.05.2015 | par Philippe Boulanger | Non classé

J’ai participé à une des ces commissions paragouvernementales où les participants, politiques ou fonctionnaires pour la plupart (« ou » non exclusif) argumentent pour délivrer un rapport sur un sujet de société.

Le sujet portait sur l’enseignement des sciences. J’ai osé prôner (aussi pour faire vivre le débat qui ronronnait) un enseignement de certaines disciplines scientifiques plus riche et plus exigeant afin de solliciter et aiguillonner les meilleurs. J’ai été aussitôt un objet d’opprobre de la part de petits marquis, dont on ne sait quelles circonstances improbables les ont propulsé au statut de penseurs, et je fus accusé de vouloir « faire du didactique ».  Le terme est aujourd’hui, une insulte. « On » m’a expliqué, avec un petit sourire sans indulgence, qu’il ne s’agissait pas de « se gaver de connaissances », mais de se les approprier par une démarche personnelle et innovante, garantie, je crois comprendre, par l’ignorance.

L’innovation actuelle, du moins en mathématiques, a été de vider progressivement les programmes. J’ai dernièrement comparé les livres de mathématiques de la classe de troisième (Lebossé et Hémery) aux livres actuels. Si la qualité de la présentation des nouveaux livres est notable,  la diminution du contenu est flagrante.

Je me demande, attitude peu à la mode, si la volonté de ne pas faire de sélection ou de supprimer les notes dans l’enseignement pour ne pas disqualifier les moins favorisés, aboutit au but visé. Si l’enseignement public est bon et riche en contenu, les statuts individuels ont moins d’effets sur l’avenir des enfants. En revanche, si l’enseignement général est insuffisant ou ne sollicite pas assez les élèves, les attitudes individuelles ont plus de poids. Au contraire des enfants défavorisés par l’environnement et la fortune, les enfants qui vivent dans des familles aisés, ou celles où la culture à de l’importance, seront aiguillonnés et réussiront à acquérir dans l’ambiance familiale les connaissances nécessaires à leur épanouissement.

Bien sûr, je force le trait à dessein, mais la volonté d’innover en faisant table rase du passé et sans s’appuyer des penseurs qui ont réfléchit à l’enseignement est un déni culturel étonnant de la part d’éducateurs. Nos petits marquis travaillent dans l’abstraction et n’invoquent jamais les Montessori, Freinet ou autre Piaget qui abordaient le concret. La véritable éducation est de rendre apparent ce qui est caché et sensible ce qui est abstrait, non l’inverse.


6 commentaires pour “Didactique?”

  1. Jean-Louis Hartenberger Répondre | Permalink

    J'ai encore mon "Lebossé et Hémery", et il m'arrive de les consulter. Mais dois-je conserver mon Gaffiot et ma grammaire Cayrou ? Je vous en prie , conseillez-moi.

  2. JLM Répondre | Permalink

    Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.
    Est-il possible d'avoir une tête bien faite et bien pleine.Le didactique exclura le ou,naturellement.
    et l'école publique revisitera Emile Combe.

  3. Guilleminot Répondre | Permalink

    Lire : "il ne s’agit pas de « se gaver de connaissances », mais de se les approprier par une démarche personnelle et innovante, garantie par l’ignorance."

    et cliquer sur "j'aime" seul vocabulaire utile de nos jours. Pas de souci, ça marche.

  4. Richard Répondre | Permalink

    Je cherche des avis là où l'homme semble aimer penser.
    Ce n'est pas de la pub, je voudrais votre avis sur le concept de mon site.
    Pour résumer, il a pour but de lancer des débats sur des sujets sociaux et économiques, tout cela guidé par la science
    Merci d'avance,
    Victor Richard

    http://www.socialwonder-71.webself.net/accueil

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