Il n’est pas de preuve statistique

23.08.2013 | par Philippe Boulanger | Non classé

La Société des Experts Chimistes de France fête son centième anniversaire dans un numéro spécial. À cette occasion elle publie des extraits des publications d’une société antérieure, lAnnale des falsifications datant de 1909. Une question traitée était la détection du resucrage des cidres détectable, en principe, par la proportion de glucose/lévulose. Bien sûr, avec des valeurs moyennes et des dispersions.

Toutefois un doute, qui doit profiter à l’accusé, persiste. Dans toute mesure, il se pourrait que le hasard fasse que le rapport soit exceptionnellement élevé sans qu’il y ait contrefaçon !

Voyons plus simple : si vous jouez au dé et que votre adversaire sorte 10 fois consécutivement le 6, vous ne pouvez pas affirmer qu’il a triché ou que les dés sont pipés. Il faut bien que le hasard arrive et même si la probabilité que cela se passe et (1/6)10, bien que très petit n’est pas nul.

Cette réflexion pose un grave problème juridique, il n’y a pas de preuve statistique ! L’accusé pourra toujours invoquer un hasard défavorable.


4 commentaires pour “Il n’est pas de preuve statistique”

  1. janpol Répondre | Permalink

    Thème éminemment sujet à caution ! ... Et abordé de nombreuses fois sous des éclairages différents suivant le projet de l'auteur.

    le calcul probabiliste n'a d'intérêt que rapporté à un "projet". Le résultat du jet de dé dépend de l'importance qu'on accorde au résultat ! (choix préalable).

    Le dé est forcément pipé (il n'existe pas d'homogénéité absolue ... ne serait-ce que la masse de l'encre nécessaire pour indiquer les numéros !)

    Enfin, la "réalité" (comme indiqué sur un autre billet) est un évènement singulier qui s'inscrit dans un contexte. Elle est nécessairement l'aboutissement d'un "processus" de transformation, c'est-à-dire une "conjonction" entre un projet et une disposition contextuelle. un exemple ?
    Prenez une feuille blanche (contexte non-singulier) ; placez-y un point noir (singularité issue d'un projet). Ce point sur la feuille est une réalité objective (matérielle). Le processus duquel il est issu est une réalité subjective (psychique).
    Mais, en rapport avec cette observation, le projet de l'observateur est variable et la valorisation varie entre "hasard absolu" et "détermination parfaite".

    Tout dépend 😉

  2. Dr. Goulu Répondre | Permalink

    Une "preuve statistique" a été utilisée dans le procès de Lucia de Berk ( http://en.wikipedia.org/wiki/Lucia_de_Berk#Statistical_arguments ), infirmière condamnée pour 4 meurtres et 3 tentatives.

    Puis en refaisant les calculs de l'expert, on s'est aperçu qu'elle pouvait très bien n'avoir été qu'au mauvais moments aux mauvais endroits, et la "preuve statistique" l'a innocentée.

    A quand des cours de stats en fac de droit ?

    • Nicolas Répondre | Permalink

      Oui, et aussi à quand des cours de stats en école de journalisme ? 🙂

Publier un commentaire