La nature sait-elle ce qui est bon ?

21.09.2013 | par Philippe Boulanger | Non classé

la nature sait ce qui est bon

Faut-il que nous soyons grognons et moroses ! Il n’empêche, comment pourrions-nous adhérer à l’attitude consistant à faire table rase des réflexions passées des auteurs et philosophes au profit d’une congrégation ignorante pratiquant l’ostracisme et l’interdit.

La bien-pensance d’un écologisme dévoyé consiste à clamer que la nature est bonne et de faire de cette contre vérité, qui une doctrine politique, qui un argument de vente de produits manufacturés.

Cette idée fausse n’est pas nouvelle. D’inspiration panthéiste le naturalisme donne une valeur morale à ce qui est désigné comme « naturel ».

D’où, par exemple, le qualificatif d’ »aliment naturel ». Est bon ce qui est naturel, la digitaline et l’amanite sont  bonnes pour la santé ; les frites, des pommes de terre cuites dans l’huile (toutes deux éminemment naturelles), d’une excellence diététique.

La thèse de Rousseau est que l’état de nature est un état de bonheur et que l’homme naturel se conduit « naturellement » bien. Notre conscience nous indiquerait-elle spontanément ce qui est bon ? Bien des sectes le prétendent, elles ne sont pas plus rationnelles, exemplaires et aimables pour autant.

Bien sûr, tous les progrès ne sont pas bons, et il serait dramatique de généraliser à la planète l’injection d’antibiotique au bétail ou autres pratiques d’élevage. Mais nier le progrès sous prétexte de déviances, c’est nier le génie humain et retourner à un obscurantisme sauvage : le monde naturel n’est pas le meilleur des mondes possibles. "À l'état de nature, l'homme est un loup pour l'homme " a écrit Hobbes.

Répétons-le, par démagogie ou par calcul  le discours écologique ignore les valeurs culturelles : ce n’est pas là son moindre défaut… Défaut qu’elle partage avec l’essentiel des logorrhées politiques actuelles où  toute érudition est bannie.


13 commentaires pour “La nature sait-elle ce qui est bon ?”

  1. RV Répondre | Permalink

    "La bien-pensance d’un écologisme dévoyé consiste à clamer que la nature est bonne et de faire de cette contre vérité, qui une doctrine politique, qui un argument de vente de produits manufacturés."
    "Répétons-le, par démagogie ou par calcul le discours écologique ignore les valeurs culturelles : ce n’est pas là son moindre défaut… Défaut qu’elle partage avec l’essentiel des logorrhées politiques actuelles où toute érudition est bannie."
    _-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-__-
    Seriez vous en train de condamner "le discours écologique" tout en reconnaissant que c'est quand il est dévoyé qu'il professe des "contre-vérités" ?

  2. jp Répondre | Permalink

    Comme en toutes choses, l'excès est l'ennemi du bien ! Et l'excès mène à l'exclusivisme. Votre billet décrit parfaitement une considération exclusive. Et effectivement, TOUT n'est certainement pas bien dans la Nature.
    Mais comment faire un tri profitable ? Ce qui est bien pour certains peut ne pas l'être pour d'autres.

    De la chasse-cueillette à l'élevage-culture la civilisation a su trier ce qui est profitable à l'espèce humaine en terme de nourriture.

    Jusqu'à ce que l'industrie pervertisse cette domestication de la Nature à d'autres fins. Pour des profits d'une autre nature ! (sic).
    L'actualité s'enrichit tous les jours de scandales alimentaires, et on pourrait réécrire la citation de Hobbes en disant : "à l'état d'industrie l'Homme est un prédateur pour l'homme.

    L'écologie qui resterait au niveau politique serait soumise à ces prédateurs par l'intermédiaire des lobbies. Et celle qui resterait prisonnière de dogmes rigides ne pourrait permettre l'adaptation nécessaire à l'évolution normale. Alors ?

    Ne serait-il pas temps de développer d'autres modes naturels ?

  3. Henri Manguy Répondre | Permalink

    Bonjour.

    Désolé mais, à l'état de nature, l'homme n'est justement pas un loup pour l'homme. Où s'il l'est, il faut l'entendre au sens où le loup, tout comme l'homme, est un animal social. L'homme n'est pas "bon" naturellement mais il sait pourtant se comporter naturellement de manière à ce que la vie sociale soit possible, et la morale découle de ce "savoir" naturel. Les déviants sont punis d'une manière ou d'une autre parce que si leur comportement était admis il n'y aurait plus de vie sociale possible, et par conséquent plus d'homme sur terre depuis bien longtemps puisque chez les animaux sociaux, un individu n'est rien sans les autres.

    Henri

  4. dhrou Répondre | Permalink

    Tout a fait d'accord ! Voir par exemple l'engouement autour de la stevia, un édulcorant naturel, et qui donc serait plus sain que l'aspartam, édulcorant artificiel. Ce qui est tout a fait absurde.

  5. christophe Répondre | Permalink

    Je suis d'accord avec vous sur le fond : tout ce qui est naturel n'est pas forcément bon.
    Cependant, j'ai rarement entendu d'écologistes (des vrais :)) asséner cet pseudo-vérité.
    En revanche, j'entends très souvent des marques de grande distribution ou autres chaînes de restauration rapides communiquer ce message dans leurs innombrables publicités. Et ce sont bien elles qui sont à la base de ces pratiques d'élevage que vous dénoncer.
    Ne confondons pas pensée politique et slogan publicitaire. Ne confondons pas Écologie et sectes diverses et variées...

  6. Bertrand Répondre | Permalink

    Je crois que ce qui nous menace de nos jours, c'est bien plutôt l'obscurantisme scientiste qui, sous prétexte de défendre le "progrès", se fait le complice de l'exploitation et de l'aliénation de l'humanité et de la nature au capitalisme industriel.

    • Philippe Boulanger Répondre | Permalink

      Je crois que vous avez des a priori forts.
      Je répondrai par un extrait de la poésie de Voltaire :
      Regrettera qui veut le bon vieux temps,
      Et l’âge d’or, et le règne d’Astrée,
      Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
      Et le jardin de nos premiers parents (...)
      Il est bien doux pour mon coeur très immonde
      De voir ici l’abondance à la ronde,
      Mère des arts et des heureux travaux,
      Nous apporter, de sa source féconde,
      Et des besoins et des plaisirs nouveaux.
      L’or de la terre et les trésors de l’onde,
      Leurs habitants et les peuples de l’air...
      Je vous engage à lire tout le poème.

  7. jp Répondre | Permalink

    Je crois @BERTRAND que cette importante réflexion mérite un développement plus rationnel que l'affirmation abrupte. Je l'exprimerai ainsi, car cela correspond à des réalités observables :

    Il y a deux sortes de scientifiques.
    Ceux qui cherchent et étudient de façon empirique des faits de causalité, et qui trouvent (ou non) un processus fonctionnel. Je pense à Galilée, Volta, Pasteur, ... Ceux-ci ont une démarche objective, indépendante avec une motivation humaniste.
    Et ceux qui cherchent et étudient de façon programmée des faits de causalité parfois imaginaires purs, aux fins de justifier le bien fondé d'un processus industriel profitable. Je pense aux pseudo-scientifiques qui démontrent, chiffres statistiques à l'appui, que tel ou tel procédé est "sans danger", "utile pour la santé", "crée des emplois", "rapporte des devises", etc... et qui pullule dans les publicités ou les organismes lobbyistes. Ceux-là, NE SONT PAS objectifs, NE SONT PAS indépendants et NE SONT PAS humanistes.

    Le progrès apporté par les premiers est totalement différent de celui imposé par les seconds. Et, pour nuancer la réponse de Philippe, on peut facilement considérer que la source de progrès apporté par les premiers ne fait pas regretter le bon vieux temps. Par contre, celle imposée par les seconds, ..........

  8. Moi Répondre | Permalink

    Bonjour
    Je suis globalement d'accord avec ce que vous écrivez, à une pétouille prés :
    " Est bon ce qui est naturel, la digitaline et l’amanite sont bonnes pour la santé "
    La famille des amanites comportent d’excellents comestibles dont le Graal mycologique, l'amanite des césars.

  9. boulanger Répondre | Permalink

    Hélas, vous avez raison : comparaison n'est pas raison!!!! Mea culpa.

  10. Jean Christophe Répondre | Permalink

    Bonsoir

    J'arrive bien tard dans cet excellent débat et le regrette. Je trouve ce post un peu amer et sévère. Ne confondriez vous pas l'écologie avec l'ersatz qui nous est proposé à travers l'écologie politique? L'écologie est une science à part entière il me sembl, et, qui plus est, tout à fait respectable. Il est extraordinairement dommage que les considération de cette science n'aient pas été pris en compte il y a cinquante ans. Que l'écologie s'érige en mouvement politique n'est pas nécessairement non plus mauvais en soi, car, au fond, la politique au sens noble du terme ne consisterait elle pas en une écologie de la cité? La cité étant entendue comme l'homme dans son biotope. Il est hélas évident que les mouvements écologistes ont lamentablement échoué. De ce fait l'écologie est laissée en pâture aux marketteurs de tous poils qui nous vendent des biscotte bio....

  11. Boulanger Philippe Répondre | Permalink

    Mon point n'est pas une lutte contre les écologistes de toutes tendances. J'essaie seulement de dire que leur credo, du moins de certains d'entre eux, est que la nature est bonne, ce qui est la preuve d'une ignorance coupable. Je pense que le corps de votre argumentation est juste, mais idéaliste.

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