La réalité du Boson de Higgs

07.08.2013 | par Philippe Boulanger | Non classé

Un grand battage est fait autour du boson de Higgs. Cette publicité peut sembler exagérée car la physique progresse dans d’autres domaines qui sont désespérément absents des feux de la rampe, mais tel n’est pas notre propos aujourd’hui.

Une autre question nous occupe : quelle est la réalité des particules élémentaires dont le boson de Higgs est le dernier avatar ? Personne n’a vu un électron dans son individualité, et pourtant, parfaitement identiques les électrons foisonnent pour transporter le courant électrique ou graviter autour du noyau de l’atome (mais là je me laisse aller, car par ces descriptions, j’affirme déjà une sorte d’existence des électrons). Cette similarité omniprésente est si obsédante que le physicien Richard Feynman pensa avancer une théorie selon laquelle il n’y avait qu’un seul électron qui se manifestait partout dans l’univers.

Les photons, autres particules élémentaires de lumière, ont des particularités auprès desquelles les êtres mythologiques font pâle figure : ils voyagent toujours à la vitesse de la lumière, et on ne peut arrêter leur course rapide qu’en les détruisant.

Les quarks sont plus étranges encore : ils sont incapables d'exister seuls et la théorie affirme l’impossibilité absolue d'observer un quark isolé (les quarks se combinent de deux manières différentes et donnent ainsi deux familles de particules composites).

Ces différentes étrangetés amènent une interrogation : les particules « élémentaires » sont-elles plus réelles que les créatures issues de notre imagination comme les korrigans, les farfadets ou les hiérarchies d’anges ?

Au 11° siècle, un débat sur la preuve de l’existence de Dieu opposa le maître à penser de l’époque, Anselme de Canterbury, à Gaunilon, un obscur moine bénédictin de Marmoutier. La disputatio portait sur les choses qui existaient en pensée et celles qui existaient en réalité. Gaunilon affirmait que certaines choses n’existaient que dans la tête, semblables à des rêveries (un athée, argumente Gaunilon, peut penser à Dieu sans croire à son existence), alors que d’autres avaient une réalité en dehors de leur conscience (Dieu, pour l’ensemble des croyants).

Les particules élémentaires ne sont pas vues comme un éclair dans la nuit. Semblables aux êtres fantastiques ou théologiques, les particules élémentaires existent d’abord dans le cerveau de leur créateur avant de gagner une réalité dans la pensée des autres scientifiques convaincus par la cohérence des modèles qui incluent ces particules. Les modèles précisent l’agencement des phénomènes connus et prédisent les résultats de nouvelles expériences.

Mais alors me direz-vous, en quoi ces particules sont-elles plus réelles que les petits anges ad hoc qui étaient censés pousser les planètes du coté invisible de façon à régler leur trajectoire ? Parce que l’on peut quantifier leurs effets disent les physiciens.  On peut s’interroger sur un autre aspect : le mystère de l’existence de Dieu est associé à bien d’autres miracles. Dans la religion catholique (par exemple) l’énigme de Dieu est associée à la Trinité, à l’Immaculée Conception, aux pouvoirs surnaturels etc.. De la même façon, les qualités des particules élémentaires en entraînent d’autres, tout aussi fantastiques. Un mystère ne vient jamais seul.

La science, comme le faisait la religion, nous apprend à repenser la réalité.


6 commentaires pour “La réalité du Boson de Higgs”

  1. grivois Répondre | Permalink

    Il faut d'abord définir ce qu'est une réalité.
    A partir de quel type perception pouvons-nous affirmer qu'il y a une réalité ?
    Les cinq sens classiques dits externes (goût, odorat, audition, vision et toucher) ou les sens dits internes (la logique, les émotions, les sentiments, l'esthétique, le spirituel, le sens pratique, la conscience, la connaissance, la convivialité etc.)
    Merci à celui qui la trouvera de donner une définition de la réalité.

  2. janpol Répondre | Permalink

    La réalité est un évènement observable.
    Un évènement observable est constitué d'une singularité dans un contexte non-singulier.
    Ce qui est non-observable ne peut être "réel".

    Nous entrons alors sur un plan psychique.

    Ce qui est non-observable peut être concevable et devenir une réalité si l'on peut observer un "effet" (modification du contexte). Le vent n'est pas une "réalité" au sens propre, mais on peut "concevoir" son existence.
    L'identification d'une chose concevable est possible par un répertoire d'effets associés. L'hiver se conçoit avec la neige qui tombe.

    Nous entrons alors sur un plan imaginaire.

    Ce qui est non-concevable par un effet naturellement observable peut l'être de façon artificielle et demande un effort d'abstraction. L'hiver austral est associé à la canicule (inversion du contexte). J'ai tapé un "a" blanc entre les guillemets : " "
    L'abstraction est dissociable du contexte (ce n'est donc pas une "réalité") mais une invention qui peut éventuellement se concevoir rationnellement si elle correspond au contexte.

    Nous entrons alors sur un plan spirituel.

    Une abstraction associée à un contexte est susceptible de devenir une réalité dès lors qu'elle a un "sens" (un contenu psychique). Ce qui se conçoit en produisant un effet. Le mot "klgioigb" n'a pas de sens et ne deviendra jamais une réalité, quel que soit le contexte. D'ailleurs il n'est pas vraiment observable (il faut épeler chaque lettre). Le mot 'boson" n'a de sens que dans un contexte particulier (statistique de Bose-Einstein) ayant certains effets (la gravitation par exemple).

    Nous entrons alors sur un plan "créatif"

    On peut associer une abstraction avec un contenu dans un contexte. Mais cela reste un caractère "propre" non généralisable. C'est éminemment subjectif et difficilement transmissible (et pour cause) sauf à la limite d'une réalité perceptible.
    Le mot "scientaisie" (utilisé par Didier N dans ce blog) est une création dont le contenu est perceptible dans son contexte, mais ne sera jamais jamais une réalité

    Nous entrons alors sur un plan divin.

    Une création qui devient une réalité observable et une conception concrète dans un contexte particulier.
    "La Terre était informe et vide et l'esprit de Dieu planait à la surface de l'onde" (Genèse 1).
    "Bon Dieu, mais c'est bien sûr !" dirait Maigret en associant la réalité des faits avec une théorie concevable. L'intuition permet ces associations.

    Nous entrons alors sur un plan ????

    .........
    Manque d'inspiration, peut être 😉

  3. Toniodelaluna Répondre | Permalink

    Si vous pensez encore que l'électron gravite autour du noyau et qu'il faut en VOIR un pour réaliser son existence, la relecture d'un bon Feynman vire à l'indispensable 🙂
    Un exemple : Lumière et Matière, moins de 200 pages totalement accessibles et votre vie ne sera plus la même !

  4. janpol Répondre | Permalink

    @TONIO : je confirme les propos de Philippe boulanger. L'électron N'A PAS de réalité matérielle. Nous sommes bien sur un plan psychique qui permet de "concevoir" son existence à partir d'effets.
    On "déduit" son existence. On ne l'observe pas.

    Il convient de bien différencier "réalité matérielle" et "réalité .... psychique"

  5. Jean Christophe Répondre | Permalink

    a mon sens il n'y a aucun plan. Ni phychique ni divin ni....ni....ni.
    Nous ne connaissons du monde qui est le nôtre que ce que la science nous permet d'en dire.

    L'électron n'a d'autre réalité que celle que schroedinger lui donne. Quoi que ce que le monde réel puisse Etre par ailleurs. Et qui peut être nous est a jamais imperceptible.

    Et si la divergence entre quantique et relativiste n'était que ça?

    Newton serait très étonné des développements de la physique théorique que lui même a initié. Qu'en penserons nous dans 100 ans. Quand nous aurons unifié les quatre forces Dans une seule théorie mais que nous nous gratterons la tête pour savoir à quoi peut bien ressembler un graviton?

    Bien à vous

    Jcv

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