DES CATASTROPHES… «NATURELLES»?, critique de Valérie Chansigaud de l’Université Paris 7

30.01.2015 | par François Savatier | Climatologie
Virginie Duvat, Alexandre Magnan Le Pommier, 2014

Virginie Duvat,
Alexandre Magnan
Le Pommier, 2014

Virginie Duvat (spécialiste des milieux tropicaux) et Alexandre Magnan (spécialiste des questions de vulnérabilité et d’adaptation au changement climatique) nous entraînent dans un passionnant ouvrage sur les conséquences humaines des catastrophes naturelles.
Ce livre résulte de sept études détaillées : les submersions au Bangladesh, la tempête Xynthia en Vendée, le cyclone Katrina sur la Nouvelle Orléans, le cyclone Luis sur Saint-Martin dans les Caraïbes, le tremblement de terre suivi du tsunami au Japon en 2011, le tsunami aux Maldives en 2004, et pour finir une analyse plus large sur le risque de submersion dans les îles du Pacifique.
Ces exemples permettent de mieux comprendre l’incroyable complexité des causes expliquant les destructions et les pertes humaines : celles-ci ne sont pas simplement proportionnelles à la gravité de l’événement, mais s’expliquent surtout par les choix politiques et économiques. Ainsi, les auteurs décrivent l’entrelacement des causes expliquant le lourd bilan du cyclone Katrina comme les conséquences de l’orientation donnée à l’action publique suite au 11 septembre 2001 par l’administration Bush (lutte contre le terrorisme plutôt que gestion des risques naturels), du poids de la pauvreté et ses conséquences inattendues (les plus pauvres sans automobiles n’ont pu évacuer la ville), du rôle des réseaux sociaux (les populations défavorisées n’avaient pas forcément de liens dans d’autres villes ou d’autres États, alors pourquoi fuir quand on ne sait pas où aller ?), de la complexité de la gestion des ouvrages publics (une digue est dangereuse lorsqu’elle n’est pas entretenue, or la multiplication des intervenants rend cet entretien presque impossible), de la confiance attribuée à la gestion du risque (la construction d’une digue donne la fallacieuse impression de supprimer le danger alors qu’elle ne fait que le diminuer), des errements de la politique d’aménagement du territoire (urbaniser des territoires inondables au nom du développement économique revient à exposer de nouvelles populations au risque d’inondation), etc.
Ce sont donc des causes sociales qui expliquent l’ampleur des drames provoqués par les catastrophes naturelles, souvent jugées à tort comme exceptionnelles, ce qui revient à minimiser les responsabilités individuelles ou collectives. Les auteurs terminent par un plaidoyer en faveur de l’acceptation et de la compréhension des risques naturels : par exemple, en consentant que certains bords de mer soient rendus aux écosystèmes d’origine (mangroves ou récifs de coraux sous les tropiques, marais dans les pays tempérés), car ceux-ci ont la capacité d’amortir les submersions.
Il faut souligner la grande clarté du texte, l’utilité des cartes et la capacité des deux auteurs à rendre intelligibles des questions complexes mais essentielles pour l’avenir, le réchauffement climatique risquant de multiplier les événements climatiques extrêmes.

Valérie Chansigaud

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