HÉRODE, LE ROI ARCHITECTE, critique de Yann Le Bohec professeur émérite à l’Université Paris-IV-Sorbonne

16.02.2015 | par François Savatier | Archéologie
Jean-Michel Roddaz  et Jean-Claude Golvin (dessins) Actes Sud-Errance, 2014 (168 pages, 39 euros).

Jean-Michel Roddaz
et Jean-Claude Golvin (dessins)
Actes Sud-Errance, 2014
(168 pages, 39 euros).

Le roi Hérode a laissé de lui un portrait peu flatteur : les chrétiens l’ont accusé du massacre des Innocents, qui n’a sans doute jamais eu lieu, et les Juifs de l’époque lui ont reproché l’origine arabique de sa mère et ses sympathies pour Rome, bien réelles celles-ci. Les historiens actuels portent sur le personnage un jugement plus nuancé et Jean-Michel Roddaz, qui ne cache rien, s’attache à un aspect souvent ignoré de son œuvre : Hérode fut un roi bâtisseur.

Hérode est d’emblée replacé dans son contexte. Les Juifs, emmenés par les Macchabées, avaient chassé les Syriens et repris Jérusalem en –165 ; ils ont alors connu une grande époque, mais l’aventure s’est terminée avec l’arrivée de Pompée qui, lui aussi, prit Jérusalem, en 63 avant notre ère. Hérode, né en –73, devint roi et il fut reconnu comme tel par le Sénat de Rome en –40 ; il mourut en l’an 4 avant notre ère, sans doute au moment de la naissance du Christ (qui n’est pas né en l’an 1, comme on sait). Son amitié pour les maîtres du monde l’a conduit sur le chemin de tous les grands de l’époque : César, Antoine, l’inévitable Cléopâtre et Auguste, pour ne citer que les plus importants. C’est précisément ce que lui reprochaient ses sujets, qui voyaient en lui non seulement un demi-Arabique, mais aussi un ami des oppresseurs.

L’intérêt du livre tient à ce que le roi, entre 40 et 4 avant notre ère, fit construire de nombreux monuments pour embellir des villes, pour y résider et pour défendre son royaume ; l’influence gréco-romaine y est partout très présente. En particulier, deux ouvrages ont embelli Jérusalem, à savoir la forteresse Antonia, qui était son palais, et, plus encore, le Temple de Salomon, le lieu le plus sacré du judaïsme. Le Temple fut détruit en 70 de notre ère par l’empereur Titus ; il n’en reste que le soubassement, connu aujourd’hui sous le nom de Mur des Lamentations. Autres villes, autre propos : Samarie (devenue Sébastè en l’honneur d’Auguste) et Césarée furent conçues comme des modèles de romanité ; Hérode y fit installer tout ce qui faisait le charme des villes romaines et que les Juifs condamnaient. Il veilla aussi à se loger confortablement et, outre l’Antonia, il se fit construire une résidence d’hiver à Jéricho. Pour protéger son pays contre d’éventuels agresseurs, il fit ériger trois forteresses, des citadelles quasiment imprenables (sauf pour l’armée romaine), à Cypros, Machéronte et Massada, devenue un haut lieu historique pour les Israéliens. Pour être complet, ajoutons le Tombeau des Patriarches à Hébron et l’Hérodion, au Sud de Jérusalem, qui était un mémorial.

Afin de faciliter la lecture et la compréhension du texte, J.-M. Roddaz a fait établir des cartes fort utiles, des tableaux chronologiques précieux et une bibliographie très concise.

Yann Le Bohec

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