LA VILLE DE KERMA, critique de Nadine Guilhou de l’Université de Montpellier III

Charles Bonnet Favre, 2014 (267 pages, 44 euros).

Charles Bonnet
Favre, 2014
(267 pages, 44 euros).

Cet ouvrage, écrit avec la collaboration de Dominique Valbelle, est le troisième d’une série de publications de la Mission archéologique de l’Université de Genève au Soudan. Il fait le bilan et la synthèse de 30 années de fouilles à Kerma, aujourd’hui au Soudan, ancienne capitale du premier royaume de Nubie, le voisin méridional de l’Égypte.

La ville de Kerma, mise au jour puis restaurée par l’équipe de Charles Bonnet, se révèle aux yeux du lecteur. Après une rapide introduction présentant le site, la méthodologie et les matériaux et techniques de construction, la ville, dont est donné un plan d’ensemble, est présentée secteur par secteur – 64 en tout. Chacun d’eux comporte un plan, avec des couleurs indiquant les différentes périodes d’occupation, cinq au total, du Kerma ancien au Kerma classique, réparties sur un millénaire, de 2450 à 1450 avant notre ère. Un plan de situation précise sa position dans l’ensemble des secteurs. D’excellentes photographies montrent l’état actuel après consolidation et restauration. En guise de conclusion, sont mis en exergue les aspects les plus remarquables de la cité : les défenses, particulièrement élaborées et paraissant disproportionnées par rapport à l’armement utilisé, les circulations, enfin l’habitat et les lieux de culte, chapelles et temple.

Magnifiquement illustré, ce parcours permet d’aborder une architecture singulière, tant par ses plans que par ses techniques, empruntées pour partie au grand voisin égyptien, pour partie aux traditions indigènes, avec des huttes circulaires en matériaux légers à côté de constructions en brique crue. Quelques images de portes ou de maisons contemporaines permettent d’imaginer l’élévation de ces structures.

L’aridité de la fouille archéologique débouche sur des résultats étonnamment suggestifs : on retrouve ici des zones de réunion et de repas sur des tables ovales, là des ateliers, là encore une batterie de fours de boulanger, des silos un peu partout… Bref, la vie quotidienne devient sensible, palpable. Rendu très accessible par un style clair et précis, malgré beaucoup de rigueur scientifique, l’exposé rend proche une culture lointaine dans l’espace et dans le temps.

Nadine Guilhou

 

×

Les commentaires sont fermés.