Les souris gloussent, les chauves-souris chantent

Karen Shanor et Jagmeet Kanwal José Corti, 2015 (328 pages, 21 euros).

Karen Shanor et Jagmeet Kanwal
José Corti, 2015
(328 pages, 21 euros).

Critique par George Chapouthier, chercheur émérite au CNRS, Paris

La grande leçon du darwinisme est qu’il n’existe pas d’espèce globalement supérieure aux autres. Chaque espèce a acquis des capacités « supérieures » dans un domaine qui lui est propre. Les récents progrès de la biologie et de l’éthologie permettent de comprendre certaines de ces aptitudes étonnantes et c’est le thème du présent livre.

Depuis les éléphants qui perçoivent des vibrations par la plante des pieds jusqu’à la grande intelligence des corbeaux, l’ouvrage nous fait appréhender d’innombrables curiosités. Nous découvrons les perceptions électriques de certains poissons, les perceptions magnétiques des oiseaux, les communications par vibrations dans le sol des rats-taupes, l’écholocalisation des chauves-souris, des dauphins ou des baleines. Nous apprenons les capacités de survie de nombreux animaux, mais aussi de plantes qui « génèrent des signaux électriques susceptibles d’être perçus par d’autres plantes ». Nous admirons les tentatives de « camouflage, bluff ou manipulation ». Nous saisissons l’extrême résistance des cafards aux radiations et la prévision par certains animaux des ouragans ou des tremblements de terre. Nous partageons le rire des rats et des souris, le jeu et l’humour de diverses espèces, les aptitudes étonnantes de perroquets, dont le célèbre Alex qui connaissait les noms des objets, les couleurs, la notion de semblable versus différent… Nous parcourons les cultures des animaux, leurs chants et leurs danses, les langages qu’on peut enseigner aux anthropoïdes, les cas de mensonge et de tromperie.

L’ouvrage se termine sur une mise en cause de la « nature humaine ». Il eût mieux valu mettre en cause le fait que l’homme se veut toujours d’une supériorité absolue sur les autres espèces, ce qui est totalement inexact. Mais les aptitudes cérébrales de la lignée des vertébrés, dont l’homme est grand bénéficiaire, auraient pu être soulignées. Ce n’est pas parce que les autres espèces vivantes développent des capacités remarquables et méritent le respect que l’espèce humaine n’a pas pu, elle aussi, dans la sphère cérébrale, développer les siennes.

Georges Chapouthier


Un commentaire pour “Les souris gloussent, les chauves-souris chantent”

  1. Tranbert | Permalink

    La grande leçon du darwinisme... laissez-moi rire! Depuis Darwin, la biologie ne sait pas ce qu'est un être vivant, c'est-à-dire en quoi l'être vivant se différencie des objets inanimés que la physique étudie et des machine que cette même science permet de construire. Darwin, et les darwiniens à sa suite considèrent donc le vivant comme une machine assemblée non par la Providence Divine (William Paley dans sa Théologie Naturelle) mais comme le produit d'une Providence Laïque, la sélection naturelle. Mais le contraire d'une erreur n'est pas forcément qqchose de juste.

    Les êtres vivant ne sont pas des choses, mais... des êtres. C'est-à-dire qu'ils n'existent que dans leur relation au milieu, et donc les facultés les plus importantes pour eux (et donc pas forcément pour nous, observateurs scientifiques prétenduement objectifs) sont celles qui leur permettent d'entrer en relation toujours plus fine et élargie avec le milieu. S'il n'est donc pas question de "supériorité" ou de "progrès" dans les formes vivantes, les "organes diversifiés" et les facultés plus éminentes" que les êtres vivants acquièrent au cours de l'évolution leur permettent une autonomie toujours plus grande vis-à-vis du milieu...

    Jusqu'à l'homme, qui menace aujourd'hui de le détruire...

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