L’IMPENSABLE RENCONTRE», critique de Nadine Guilhou de l’Université de Montpellier

L'impensable rencontre, Marie-Hélène Fraïssié, Albin Michel, (368 pages, 22,90 euros), 2015.

L'impensable rencontre, Marie-Hélène Fraïssié, Albin Michel, (368 pages, 22,90 euros), 2015.

Ce livre se veut d’abord un partage et une réflexion. Partage de récits de ces rencontres entre Européens et indigènes qui se sont échelonnées de l’expédition de Verrazano, au XVIe siècle, à la traversée du continent par Lewis et Clark, à l’aube du XIXe siècle. Réflexion sur le caractère univoque de ces voix multiples face au silence amérindien, qui commence seulement à se rompre. La plupart des aventures évoquées ici se déroulent dans un nouveau monde qui n’est plus vierge. L’auteure explique et justifie ses choix dans une production littéraire considérable, qu’elle s’attache à nous faire connaître.
De la côte Est au Grand Nord, le lecteur est ainsi conduit, à travers le temps et l’espace, aux côtés des explorateurs, tantôt en mission officielle, tantôt aventuriers. Espagnols, Français, Anglais, gens de diverses nationalités se succèdent, militaires, scientifiques, religieux, chasseurs, marchands, en groupes plus ou moins importants. Au cours de leur quête, ils découvrent un territoire organisé, occupé par des populations diverses, autant de tribus qu’il faut approcher, se concilier. Beaucoup sont amicales et hospitalières. Certaines hostiles. D’autres sont devenues méfiantes, à la suite d’exactions et de contacts malheureux avec les hommes blancs. Les rapports sont en effet faussés dès le départ, car même s’ils font preuve d’une certaine curiosité, comme en témoignent les récits et carnets qu’ils ont rapportés, les nouveaux venus sont souvent poussés par l’appât de richesses, réelles ou chimériques. Surtout, ils arrivent imbus de la supériorité de leur culture. Même s’ils admirent parfois l’habileté et le savoir-faire des autochtones, s’ils observent avec intérêt leurs coutumes, ils essaient rarement de les comprendre et de porter sur eux un regard autre. Ce qui n’empêche pas, parfois, des relations d’estime, d’amour ou d’amitié.
On referme le livre avec un sentiment doux-amer, devant le gâchis qui a conduit à la destruction de tout un monde. Mais on reste fasciné par toutes ces aventures humaines qui s’entrecroisent, aventures dont l’auteure, alternant avec bonheur récit et citations, nous livre de larges extraits, qui nous donnent envie d’en savoir davantage.

Nadine Guilhou

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