NEANDERTAL/CRO MAGNON - LA RENCONTRE, critique par Claudine Cohen de l’EHESS, Paris.

29.06.2015 | par François Savatier | Préhistoire
Marcel Otte (dir.) Errance, 2014 (304 pages, 45 euros).

Marcel Otte (dir.)
Errance, 2014
(304 pages, 45 euros).

Que s’est-il passé au moment de l’arrivée des Homo sapiens en Europe occidentale, il y a quelque 40 000 ans ? Quels échanges eurent-ils avec les Néandertaliens, qui peuplaient ces régions depuis des dizaines de milliers d’années ? Voilà l’intéressant sujet de ce livre écrit sous la conduite éclairée de Marcel Otte.
Les préhistoriens relèvent des traces de l’influence que les cultures sapiens ont pu exercer sur les populations locales et inversement. Ainsi, dans certains sites, du Proche-Orient aux contrées occidentales de l’Europe, jusqu’à la plaine russe et les confins de l’Asie, les composantes culturelles locales se mêlent à des traits nouveaux.
L’équipe internationale de préhistoriens qui a réalisé ce livre s’est attachée à démêler l’écheveau complexe de ces interactions culturelles en Europe. Les assemblages d’industries, tels que le Châtelperronien d’Europe occidentale, l’Uluzzien du pourtour méditerranéen en Italie et Grèce, le Szélétien et le Bohunicien d’Europe centrale, le Streletskien de Russie, ont fait l’objet d’âpres débats. Ils ont été tantôt attribués aux sapiens, tantôt aux Néandertaliens seuls, ou bien à leurs échanges. Révèlent-ils des formes d’« acculturation », d’apprentissage réciproque, de « diffusion d’idées d’un groupe à l’autre », voire de simple convergence ? « Chaque partie de l’Europe connut diverses réactions parfois d’une extrême complexité, mais toutes ont finalement adopté les modes de vie nouveaux, en articulant leur propre destin sur l’art, la religion et le rapport à l’animal. Une nouvelle histoire des cultures paneuropéennes s’était mise en route » écrit Marcel Otte.
Néandertaliens et H. sapiens eurent-ils par ailleurs des échanges génétiques ? L’étude de leurs génomes montre qu’ils se sont croisés et que 1 à 3 % du patrimoine génétique des Eurasiens actuels proviendraient des Néandertaliens. Il en ressort que ces derniers constituaient peut-être une variété de l’espèce humaine plutôt qu’une espèce distincte.
Bien que ses causes précises restent indéterminées, leur disparition est certainement en rapport avec l’expansion des hommes modernes.

Claudine Cohen

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