Les bonnes recettes pour assaisonner mémoire et révisions aux examens

15.06.2013 | par Alain Lieury | Apprentissage

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Le cerveau humain contient 200 milliards de neurones (cent pour le cerveau proprement dit et cent pour le cervelet). Et bien vous imaginez facilement que cet immense cerveau ne peut produire une seule et unique mémoire. Et puisqu’il existe de multiples mémoires et mécanismes, il n’y a pas UNE méthode (ou recette), mais plusieurs. En voici les principales (car il existe une mémoire des visages, une mémoire musicale, etc) pour bien réviser avant un examen.

La mémoire biologique : la loi des neurones, c’est la répétition !

En dernière analyse, tout apprentissage ou souvenir correspond sur le plan du cerveau à des connexions entre neurones, un peu comme les connexions électriques dans votre maison. Or ces connexions ne s’établissent pas par magie, mais se construisent biologiquement par la poussée (comme des racines de plantes) de milliers de ramifications, les dendrites. La loi des Neurones, c’est donc la répétition.

Comme les neurones sont de vrais « usines », ils leur faut de l’énergie, des éléments de constructions et ils se fatiguent. Ainsi les recherches ont montré, qu’il était plus efficace d’apprendre dans la durée, avec des pauses pour ne pas épuiser les neurones, c’est l’apprentissage distribué. Il faut également privilégier le sommeil et donc supprimer les excitants ; Il faut aussi bien s’alimenter, protéines, viande, poisson, œuf, mais aussi de tous les nutriments essentiels, lipides, sucres (lents ; pâtes, frites, banane…), et de vitamines (nourriture variée ou compléments) et minéraux (chocolat, etc).

A l’inverse, il faut supprimer toutes ce qui est nocif au cerveau, l’alcool (qui détruit les neurones et une structure qui enregistre les souvenirs), le tabac (qui réduit la fluidité sanguine cérébrale), les drogues (y compris le cannabis) qui déséquilibrent les échanges chimiques entre les neurones.

En résumé, FINI le bachotage, il faut apprendre toute l’année et réviser et au contraire se détendre et bien se nourrir les jours avant les épreuves !!!

La mémoire à court terme : danger… surcharge !

C’est une découverte aussi révolutionnaire que celle des protons et électrons à l’intérieur de l’atome que d’avoir montré pour la mémoire qu’il existe deux principaux systèmes, la mémoire à court terme (ou de Travail) et la mémoire à long terme. Pour prendre l'analogie de l'ordinateur, la mémoire à long terme, c'est le disque dur avec toutes les logiciels et les informations (texte, images, calculs…) tandis que la mémoire à court terme, c'est la mémoire vive et l’écran.

La mémoire à court terme a deux caractéristiques de fonctionnement qu’il faut bien connaître pour éviter le « trou noir » au moment de l’examen. Cette mémoire est comme le fichier de la bibliothèque mais elle n’a que 7 cases : chaque case contient la référence d’un fichier bien « construit » en mémoire à long terme, un mot, un concept (ex. triangle isocèle), une image. Une méthode très efficace est donc d’apprendre par petits groupes d’informations. Par exemple (schéma ci contre) trois catégories de chacune quatre mots, 4 animaux, 4 musiciens, 4 fleurs. Ainsi, grâce aux connaissances de la mémoire à long terme (ici la mémoire sémantique), il suffit de retenir en mémoire à court terme « Animal » pour récupérer ensuite les quatre noms d’animaux.

 

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Concrètement, face à une leçon (cours ou manuels), il faut tout d’abord simplifier pour éviter la surcharge ; un plan idéal est de 3 titres et 4 sous-titres. Il faut que l’élève ou l’étudiant se refasse un cours (ou un petit manuel) résumé ainsi ; c’est le système des fiches. Attention, il faut le faire soi-même, et ne pas réviser sur les fiches d’un copain ou d’une copine ; car c’est le travail de va et vient entre mémoire à long terme et mémoire à court terme, qui va permettre l’enregistrement structuré des connaissances. Prendre les fiches du copain, c’est comme si vous adaptiez le plan électrique de la maison de votre voisin sur la votre !

La deuxième caractéristique de la mémoire à court terme, c’est qu’elle dure 20 secondes. Elle est comme une ardoise magique qui s’efface pour s’occuper d’autres informations. Mais pas d’inquiétude, si les fiches ont été bien apprises, structurées et répétées, elles sont en mémoire à long terme et pourront revenir facilement en mémoire à court terme, pour rédiger lors de l’examen.

La mémoire lexicale : la bonne recette, c’est le bon vieil « apprentissage par cœur"

La mémoire à long terme correspond pour l’ordinateur au disque dur qui contient les logiciels et les connaissances spécialisés, texte, calculs, images. La grande différence avec l’ordinateur est que la mémoire contient deux « bibliothèques » spécialisées pour les mots (et les textes), la mémoire lexicale pour la carrosserie des mots et la mémoire sémantique pour leur sens. Pour ces deux mémoires, les méthodes sont bien différentes.
La mémoire lexicale est la bibliothèque de la carrosserie des mots ; c’est l’usine de fabrication de la carrosserie mais pas du moteur. Cette carrosserie est composée de l’orthographe (qui vient des mémoires visuelles), de la phonologie (qui vient de la mémoire auditive), de la prononciation (mémoire vocale) et de l’écriture (mémoire motrice graphique). La principale méthode est la REPETITION, le fameux apprentissage par cœur, qu’il faut réhabiliter. Il faut en général (tout dépend de la difficulté phonétique et orthographique) un nombre de répétitions moitié moindre que le nombre de mots à apprendre : dix répétitions pour vingt mots. Si les mots sont difficiles phonétiquement, il faut les subdiviser en syllabes pour mieux les apprendre, Xénophon, mycellium. C’est particulièrement le cas en chimie pour les molécules complexes, comme le fameux Acide desoxyribonucléique en acide-desoxy-ribo-nucléique (ribo étant la contraction d’un sucre, le ribose)…

La mémoire sémantique : une nouvelle méthode, l’apprentissage « multi-épisodique ».

La mémoire sémantique tout au contraire enregistre des abstractions, des idées, des concepts. Sa structure est hiérarchique comme dans une arborescence ; par exemple, un aigle est classé dans la catégorie des oiseaux, elle-même classée dans la catégorie des « vertébrés », puis des animaux ; Il faut donc pour apprendre sémantiquement, faire des fiches bien structurées, des plans, des schémas, des arborescences. Pour comprendre il faut également répéter mais la répétition sémantique est plus subtile et se fait par la multiplication des épisodes, méthode que j’ai appelée « apprentissage multi-épisodique. La lecture du cours, celle du manuel, les documentaires télévisés, la recherche sur internet sont autant d’épisodes pour enrichir la mémoire sémantique.

La mémoire imagée : de belles images… virtuelles !

Si l'on se fie à l'idée populaire, nous aurions une "mémoire photographique". Tel élève pense "voir" dans sa tête la page de sa leçon, etc. Cette croyance est fausse. Les mémoires sensorielles existent bien mais elles sont éphémères. La mémoire sensorielle visuelle (appelée « iconique ») ne dure qu’un ¼ de seconde, la mémoire auditive 2,5 seconde. L’impression de « voir » la page d’un livre vient d’une autre mémoire, la mémoire imagée. Cette mémoire fabrique des images mentales durables mais reconstruites, virtuelles d’où les erreurs dans les témoignages oculaires. Donc fixer un schéma ou une carte de géographie pour les photographier est une illusion totale. La meilleure méthode est l’apprentissage multi-essais; par exemple, vous faites découper deux feuilles pour faire huit petites pages que vous numérotez de 1 à 8. Vous apprenez en répétant les mots de la carte pendant une minute, puis vous reproduisez sur la feuille de réponse n°1 sans regarder le modèle ; puis vous réapprenez pour un essai n°2 pendant une minute la carte, et ainsi de suite jusqu’à reproduction parfaite. On parle de surapprentissage lorsque le critère de reproduction est plus difficile, par exemple trois essais consécutifs sans erreur. Le surapprentissage est plus sûr pour réussir, évidemment.

La mémoire procédurale : noircir du papier avec des exercices !

Enfin, il existe une autre mémoire, la mémoire procédurale qui possède des mécanismes encore différents. La mémoire procédurale englobe les apprentissages sensori-moteurs, faire du vélo, conduire, jouer d’un instrument de musique…mais aussi des apprentissages plus abstraits de règles, des procédures, comme utiliser le clavier et la souris d’un ordinateur, ou une console de jeux. Ainsi, dans ces exemples, vous savez qu’au début, il faut chercher l’icône, la fenêtre du menu déroulant, chercher le bon titre, et puis après de multiples répétitions, vous cliquer à droite, à gauche, au milieu par automatisme tout en pensant à autre chose. Je pense qu’une bonne partie des mathématiques est de type procédural abstrait. Ainsi pour l’algèbre, il faut tâtonner, comprendre, chercher puis avec la répétition d’exercices similaires, on résout le problème presque automatiquement, les nombres passant de l’autre côté du signe égal, deviennent par automatisme de sens contraire, les démonstrations géométriques, ou certains calculs d’intégrale ou autre deviennent automatiques comme la multiplication en CM2. Si cette mémoire procédurale a un fonctionnement bien à lui, c’est qu’il dépend d’autres structures du cerveau, notamment le cortex pariétal, qui chez Einstein, était plus développé !

Au total, pas de magie pour bien réviser : la loi des neurones, c’est répéter donc apprendre dans la durée ce qui est incompatible avec le bachotage. Enfin, il faut bien se rappeler que chaque mémoire a sa méthode et ses recettes. A mémoires multiples, multiples méthodes…

Pour en savoir plus, de Alain Lieury :

  • Une Mémoire d’Eléphant, Dunod, 2011
  • Mémoire et Réussite scolaire 4e édition, Dunod, 2012
  • Le Livre de la Mémoire, Dunod, 2013

10 commentaires pour “Les bonnes recettes pour assaisonner mémoire et révisions aux examens”

  1. Sylvie Dorthan Répondre | Permalink

    Dans votre article très intéressant, vous dites :
    "Par exemple (schéma ci contre) trois catégories de chacune quatre mots, 4 animaux, 4 musiciens, 4 fleurs." Quid du schéma ? Il est facilement reconstituable, je voulais simplement vous le signaler.
    Merci.

  2. Sylvie Dorthan Répondre | Permalink

    Me revoici, j'ai lu le texte en entier et relevé quelques bricoles :
    - Dans le titre : la mémoire lexicale : la bonne recette, c'est le bon vieil "apprentissage par coeur", la fermeture des guillemets est le code &raquo
    - Dans le paragraphe concernant la mémoire sémantique, "il faut donc pour apprendre sémantiquement faire des fiches bien structurés" il manque un e = structurées
    - Dans le paragraphe concernant la mémoire imagée, première ligne "Si l'on se fit" au lieu de "Si on se fie"
    - Dans le paragraphe concernant la mémoire procédurale, "ou certains calculs d’intégrale ou autre deviennent automatique" il manque un s = automatiques.
    Voilà.

    • Alain Lieury Répondre | Permalink

      Merci Sophie de ce commentaire positif; et merci de signaler ces fautes d'orthographes, je pensais qu'elles seraient revues par quelqu'un du site. et avec le Webmaster, nous allons insérer le schéma qui a sauté dans la première version du lancement du Blog.

  3. Jérôme Chiffaudel Répondre | Permalink

    Bonjour,

    voici une exploration détaillée des mécanismes de la mémoire, merci !

    J'ai envie d'y ajouter un élément qui est hors de ces mécanismes, mais tout à fait essentiel : On ne retient que si on veut retenir.
    Ça parait évident, simplet, idiot ?
    Bien sûr tout étudiant veut retenir, non ?

    L'expérience prouve que non. Pas vraiment.
    Une grande cause de difficultés scolaires est une motivation inadaptée.
    J'enfonce encore une porte ouverte ? Tout le monde sait bien que la motivation est essentielle, mais même des étudiants motivés échouent, non ?

    Cela dépend si la motivation est adaptée. Trop d'étudiants se croient motivés, mais quelle est leur motivation réelle ?
    Réussir le prochain examen, non ?

    C'est là que le bât blesse : Si la motivation est de réussir le prochain examen, ou le prochain DS du lycéen, la mémoire fera ce que la motivation prescrit : Elle retiendra pour le prochain examen.
    Et fort logiquement, l'objectif ayant été rempli, elle oubliera après.
    Dès l'examen suivant, l'échec apparaîtra : la mémoire aura globalement remplacé le cours de l'année n-1 par celui de l'année n, et cela ne suffira pas pour réussir. Au fil des années (ou semestres, ou même des mois dans le secondaire) cet effet de remplacement fait grossir les "lacunes" et aggrave les difficultés.

    Comment y remédier ?
    Par une motivation mieux comprise, mieux ciblée : On ne retiendra à très long terme que si on le veut vraiment. Donc si l'on a envie d'apprendre pour savoir, pour toujours, pour la vie.
    C'est bien pour cela que les meilleurs étudiants sont ceux qui s'intéressent vraiment à leurs études. Quand on apprend pour savoir, pour la vie, on n'introduit pas de "date de péremption" au savoir acquis.

    L'expérience d'étudiant, puis de professeur, m'a appris cela et je le transmets. J'aimerais beaucoup que ce mécanisme soit plus largement expliqué et diffusé. Il nous concerne tous.

    JCh
    Professeur

    • Alain Lieury Répondre | Permalink

      Oui, Jérôme, vous avez parfaitement raison d'insister sur le rôle de la motivation. Cependant les relations entre mémoire (et apprentissage) et motivation sont plus complexes qu'il n'y paraît. Les recherches, notamment celle de Fabien Fenouillet (Motivation, Mémoire & Pédagogie, L'Harmattan) montrent qu'il faut des statégies pour que la motivation puisse agir. Par exemple, la motivation va pousser à répéter plus un apprentissage, à travailler plus longtemps, ce qui en général est efficace; Mais une grande motivation ne va pourtant pas remplacer des capacités insuffisantes. Par exemple, vous ne pourrez sauter 6 mètres à la perche même si vous en avez la motivation, ou jouer du piano comme Chopin. a l'inverse, une motivation extrinsèque, c'est à dire uniquement liée à l'obligation ou aux récompenses (bonnes notes, diplôme) peut conduire à de très bons résultats. Pour en savoir plus, vous pourrez lire "Motivation et Réussite scolaire" (Dunod, 3e édition)que j'ai écrit avec Fabien Fenouillet.

  4. kriskette Répondre | Permalink

    Par experience je confirme tout à fait ces méhodes! j'ai commencé mes études universitaires à 30 ans, je n'avais même pas été jusqu'au lycée donc je ne savais pas apprendre, au fil des années j'ai mis en place les méthodes qui convenait le mieux à ma mémoire et à ma compréhension...et la synthèse de tout ça est dans votre article!

  5. Pédago Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Je vois que vous donnez quelques recettes pour mieux mémoriser.

    J'aimerai avoir votre avis sur la pédagogie la moins mauvaise que doit mettre en place un enseignant. La recherche parle beaucoup en ce moment de la pédagogie explicite . Quelle pédagogie me conseillez vous ?

    J'essaie en ce moment d'avoir ce type de démarche :
    Chaque séance commence par une mise en projet (Rappel et explication de la compétence travaillé), puis une situation problème est proposée aux élèves. Après une phase de recherche, on procède à une mise en commun qui permet de construire les connaissances et capacités. Enfin, une trace écrite est produite avec les élèves.
    Puis des séances d'entraînement, qui permettront aux élèves d'automatiser les procédures construites lors des séances d'apprentissage.

    D'un autre coté j'entends beaucoup de la pédagogie explicite avec le modelage, la pratique guidée, et la pratique autonome.

    • Alain Lieury Répondre | Permalink

      bonjour Pédago
      merci de votre appréciation. Malheureusement, je ne connais pas cette méthode, si vous avez une référence scientifique, donnez la svp. sinon, c'est sans doute une "intuition"; mais qui contient des éléments très positifs notamment surle plan de la motivation (autodétermination); du point de vue de la présentation multiple (finissant par une synthèse collective), cela ressemble à ce que j'appelle l'Apprentissage Multi-épisodique" (voir Mémoire et Réussite scolaire"; mon principal reproche à la façon classique d'enseigner (cours en classe et exercices à la maison) est qu'il ne suffit pas d'une présentation (même par un prof génial) pour que ce soit enregistré; car tout nécessite un apprentissage en plusieurs essais; par exemple à l'université, bien que les étudiants soient plus grands et plus performants, on fait un cours et les Travaux pratiques durent 2 à 3 heures, avec constitution d'un cahier où ils font les tableaux, courbes, etc, conseillés par l'enseignant; il faudrait donc à l'école (collège/lycée)qu'un cours théorique soit suivi d'une séance d'apprentissage avec le coaching du prof. De plus, si l'on s'en remet au travail à la maison, on accroit les inégalités du fait que certains parents ne peuvent aider ou ne soutiennent pas leurs enfants...

  6. florence Répondre | Permalink

    Bonjour M.Lieury,
    Je suis enseignante de biochimie et je m'intéresse beaucoup aux moyens d'aider les élèves à apprendre, ce qui fait que j'ai découvert vos livres dont je me sers pour mes élèves et pour animer des formations auprès de collègues.
    J'ai intégré un groupe de formateurs de la Dafop ( "exercer son métier d'enseignants) et je découvre avec stupeur que certains formateurs font encore référence à A. de La Garanderie ou à la PNL à propos desquels je partage entièrement votre avis.
    Concernant les cartes mentales ( ou heuristiques) un formateur m'assure que c'est L'outil "miracle" qui convient à tout le monde.
    Pour ma part il me semble que c'est un bon outil mais qu'il est complémentaire des fiches de cours classiques, linéaires et que cela dépend du cours, de sa complexité et de la personne elle-même. Quand pensez vous ? Cordialement Florence

    • Audrey Répondre | Permalink

      Bonjour Florence,
      Personnellement, je pense que vous avez raison. Cependant je ne suis pas monsieur Lieury et je ne pense pas qu'il puisse vous répondre en raison de son décès le 1er mai 2015.
      Audrey

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