Parc National – Entrée Interdite : Je reviens (peut-être) dans 20 ans

27.07.2013 | par Christophe Bonnal | Uncategorized

Une initiative originale prend de plus en plus d’ampleur aux USA actuellement, visant à transformer les sites historiques d’atterrissage des 6 missions Apollo sur la Lune en parc national américain, à l’instar des Yellowstone et autres Monument Valley. L’idée consiste évidemment à protéger ces zones historiques de déprédations potentielles lors des prochaines missions sur la Lune. Certains poussent même le bouchon un peu plus loin en demandant que ces six régions deviennent légalement territoire américain, sous-entendu avec interdiction pour quiconque non autorisé de s’y rendre. Il faut protéger l’empreinte de la botte d’Edwin Aldrin, ainsi que tous les restes des LEM, jeeps lunaires, racks scientifiques, traces de pas qui, sans perturbation externe, devraient conserver leur intégrité immuable pendant des millénaires…

Trace de pas sur la Lune - Apollo 11. Crédit : NASA

Bien sûr, rien n’est simple… Le traité de l’Espace de 1967 interdit toute appropriation d’une partie de la Lune, note satellite étant considéré par les Nations Unies comme res communis, patrimoine commun de l’humanité, donc bien détenu collectivement par l’humanité toute entière. Ce principe a été consolidé en 1979 mais laisse une flexibilité certaine quant à son interprétation ; nos amis juristes ont de quoi s’amuser encore bien des années sur ce sujet !

Plus prosaïquement, cette idée peut soulever d’autres questions plus pratiques : les américains ne sont pas retournés sur la Lune depuis plus de 40 ans (Apollo 17 en décembre 1972) et ne sont pas prêts d’y remettre le pied. Du coup, cette notion de « c’est à moi bien que je ne puisse pas m’y rendre avant deux décennies au moins », « je ne peux pas entretenir mon parc national », « je ne peux même pas mettre un panneau à l’entrée »… peut surprendre.

Ne soyons pas naïfs, le programme spatial chinois, très ambitieux notamment en ce qui concerne la Lune, avec l’éventualité d’un Taïkonaute foulant le sol de notre satellite en 2025, doit sérieusement interpeller les américains. Comment empêcher les chinois d’aller effacer les traces historiques, voire planter un drapeau chinois à la place du Star-Spangled Banner d’Appolo 11 ? Poussons le bouchon un peu plus loin : ce serait assez cocasse d’imaginer que les chinois ramènent la plume de faucon de Dave Scott (Apollo 15, il y a pile 42 ans), pour en faire don officiellement aux Etats-Unis…

Amusant, vous dis-je !


16 commentaires pour “Parc National – Entrée Interdite : Je reviens (peut-être) dans 20 ans”

  1. SB Répondre | Permalink

    Ce n'est pas sans rappeler le programme d'un candidat républicain à la dernière élection présidentielle américaine, Newt Gingrich. Il proposait de relancer massivement la conquête spatiale. Et avec 13 000 colons envoyés sur la Lune, ceux-ci pourraient lancer une pétition pour devenir le 51e état des Etats-Unis.
    Nous sommes bien loin de construire une ville sur la Lune mais les idées sont là et le traité de 1967 pourrait ne pas avoir beaucoup de poids dans ces questions (géo et séléno)-politiques...

  2. janpol Répondre | Permalink

    Bonjour.
    Cela m'incite deux réflexions !

    La première : certains affirment que personne n'a jamais posé le pied sur la Lune en argumentant sur une analyse des images transmises. Alors, l'interdiction de visiter les soi-disant sites .... tendraient à prouver qu'ils ont raison. Vérification interdite, sauf pour les personnes autorisées. A suivre ?

    La deuxième : Comment établir un droit de propriété sur un territoire ? Est-ce le fait de détenir une technologie supérieure ? Est-ce le fait d'être le plus fort à un instant t ? Est-ce le fait d'être le plus riche, le plus puissant, .... ? L'exemple des grands conquérants n'est certainement pas le meilleur. Cette appropriation par les biais ci-dessus se fait toujours au détriment des populations locales qui savaient gérer intelligemment les ressources locales.
    C'est à se demander si le monde ne tourne pas à l'envers en adorant des idoles !

  3. Nicolas Répondre | Permalink

    Premièrement, le fait que des hommes sont aller sur la Lune a été maintes fois démontrés et redémontrés. Ce débat est clos : les américains sont bien aller sur la Lune.
    Deuxièmement, depuis des millénaires, le droit de propriété se fonde en général sur "le premier arrivé, le premier servi" (à quelques exceptions près).

    En l’occurrence, aller sur la Lune revêt, pour l'instant, un aspect plus symbolique que politico-économique.
    Je ne pense donc pas que les Chinois, qui ne sont pas ces barbares sournois et cruels que l'on présente souvent, n'auront d'intérêts à "effacer" les symboles du passage des astronautes américains. Obtenir une crise diplomatique avec les USA n'est certainement leur but.

    • Christophe Bonnal Répondre | Permalink

      Bonjour,
      Vous avez tout à fait raison sur ces deux points. Le "Lunar Hoax" est tellement connu qu'il ne soulève plus guère d'intérêt. Par ailleurs, le fait de planter son drapeau et de dire "ceci est à moi" remonte à des millénaires, mais ne correspond à aucune "loi" (la question de Janpol est bonne...) ; dans le cas particulier, il y a même un traité ratifié en 67 par les américains, donc avant Apollo 11, disant que ce type de comportement ne s'applique pas à la Lune, d'où la légère incongruité de la démarche présentée dans mon petit billet.
      Enfin, concernant les chinois, ce n'était évidemment que du second degré : je travaille beaucoup avec les collègues du CALT, CAST et CNSA, plusieurs sont même des amis ; c'était un gag, et j'espère qu'il n'est pas tombé à côté :o)

  4. janpol Répondre | Permalink

    Va pour le lunar hoax. Vérification impossible pour l'instant 😉

    Quant à : "depuis des millénaires, le droit de propriété se fonde en général sur "le premier arrivé, le premier servi" (à quelques exceptions près)" Hum hum !
    Vos exceptions concernent les amérindiens, aborigènes, zoulous .... et autres israéliens ! Une broutille en effet.

  5. Nicolas Répondre | Permalink

    Oui il vrai que mes quelques exceptions sont assez nombreuses 🙂
    Et je ne justifiais en aucun cas ce comportement, mais le constatais plutôt. Et je suis d'accord que cette démarche de la NASA me paraît inquiétante. Je souhaiterais aussi qu'ils s'en tiennent au traité de 1967.

    En revanche, janpol, votre "Vérification impossible pour l'instant" me paraît extrêmement dangereux !
    De très nombreuses vérifications ont été faite, et il ne peut y avoir absolument aucun doutes la dessus. Tenter d'instaurer le doute comme vous le faite me fait penser aux créationnistes ou autres partisans de l'astrologie.

    • janpol Répondre | Permalink

      "De très nombreuses vérifications ont été faite"
      Ah ? Et par qui svp ? A ma connaissance personne d'autres n'a prétendu être allé se promener là-bas !
      Y a vraiment des gogos qui gobent tout ce que l'Autorité leur dit !

      "il ne peut y avoir absolument aucun doutes la dessus" ? Vouai, si vous m'le dites ! j'veux bien y croire, comme je crois à l'histoire de Gabriel et Marie !
      Au XXI ème siècle ! si c'est-y pas malheureux !

      "je ne justifiais en aucun cas ce comportement" ! Ben, j'espère dis donc car alors c'est facile de venir m'installer chez toi ! Je vais te virer avec ma kalachnikov achetée au marché de saint denis. J'aime bien chez toi, y a des choses qui m'intéressent dans ton sous-sol !

      Y a du souci à se faire !

      • Christophe Bonnal Répondre | Permalink

        Janpol,
        Le Lunar Hoax a principalement été orienté sur l'analyse de photos prises sur la Lune donnant lieu à de nombreuses questions. Certaines étaient triviales (comment le drapeau fait-il pour "flotter au vent"), d'autres plus complexes (on voit clairement l'astronaute alors qu'il devrait être dans l'ombre, etc...). Toutes ont été abondamment traitées, et il suffit de taper "Lunar Hoax" dans votre navigateur pour vous faire votre propre idée.

        Personnellement, j'ajoute à ces analyses quelques éléments :
        - factuels, d'abord. Saturne V a existé : on en voit encore deux entières au Marshall et à Kennedy ; on en connaît par cœur la définition technique, les matériaux, les épaisseurs, les dossiers de dimensionnement... Les moteurs correspondants aussi : le F1 a fait l'objet de milliers de tests publics (car il fallait justifier la dépense vis à vis du contribuable), le J2 existe à tel point que les américains en font actuellement un complément de développement appelé J2X, très bien documenté, le H1 aussi, on peut d'ailleurs en voir un exemplaire au Musée de l'Air et de l'Espace, les moteurs du LM, LDE et LAE, sont bien connus... Sur cette base, on démontre facilement que Saturne V peut envoyer l'ensemble sur la surface de la Lune ; c'est un exercice classique fait par des centaines d'étudiants chaque année. La trajectoire de montée, y compris le LTO (Lunar Transfer Orbit) a été observée dans tous les pays. Du coup, pourquoi s'embêter à développer tout ça, avec des performances démontrées, si ce n'est pour s'en servir ?
        - Les capsules Apollo récupérées sont présentées publiquement ; on se souvient par exemple du CM d'Apollo 13 exposé au MAE pendant des années. On peut aisément analyser les traces d'échauffement sur les parois de la capsule, correspondant à une rentrée atmosphérique à près de 11 km/s (changement de structure cristallographique, traces des ondes de chocs, ...) ; or cela n'est pas reproductible au sol, car il n'existe aucune soufflerie haute enthalpie dans le monde capable de passer une capsule Apollo entière.
        - les caractéristiques des capsules Apollo sont également fort bien connues : nous nous sommes par exemple servi de toute la base aérodynamique correspondante pour faire rentrer notre capsule européenne ARD en 1998 lors du vol Ariane 503 ; cette expérience a ainsi permis la validation complète de la définition aérodynamique du CM Apollo.
        - factuel encore, les videos prises sur la Lune témoignent de la gravité lunaire, environ 6 fois plus faible que celle de la Terre. Dans certains cas (chute de Alan Bean ou saut de John Young par exemple), on peut imaginer d'avoir ralenti le film d'un facteur 6 pour donner l'impression de la bonne gravité. Dans certains cas en revanche, c'est beaucoup plus dur à trafiquer : l'expérience de la plume et du marteau faite par Dave Scott pendant Apollo 15 n'est pas facile à réaliser sans passer par des images de synthèse, peu crédibles en argentique en 1971 ; pareil pour la jeep (LRV) rebondissant pendant les essais de vitesse d'Apollo 16 (http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/transcoded/3/3d/Ap16_rover.ogg/Ap16_rover.ogg.360p.webm) : la retombée de la poussière se fait bien à 1/6 de g (verticalement), alors qu'il ne serait pas crédible d'aller 6 fois plus vite horizontalement sur ce type de terrain ; on ne peut pas ralentir sur un axe sans toucher à l'autre...
        - factuel toujours : je suis malheureusement d'une ignorance totale en matière de géologie, malgré les efforts de mon ami Charles Frankel ; j'ai cependant compris que les 380 kg de roches ramenés de la Lune sont très différents de ce qu'on peut trouver sur Terre. Les basaltes lunaires sont très peu oxydés par rapport à ceux de la Terre, ils sont très riches en Titane, notamment sous la forme d'Ilménite (15 à 20% comparés aux 1 à 2% sur Terre), beaucoup d'anorthosite, de KREEP, Potassium 40etc... qu'on ne trouve presque pas sur Terre, ainsi que les fameuses traces d'Hélium 3 d'origine Solaire. Ces roches ont été analysées par tous les labos du Monde, dont de nombreux en France. On ne sait pas a priori reproduire ce type de constitution rocheuse sur Terre. Bien sûr, il aurait pu y avoir un grand programme de retour d'échantillons lunaires au début des années 70, mais on n'en a jamais entendu parler, et sachant ce qui a été factuellement développé pour Apollo, l'intérêt aurait été mineur.
        - dans un tout autre registre, Bean et Conrad ont ramené sur Terre des composants de la sonde Surveyor 3 à côté de laquelle ils s'étaient posé ; ces éléments, et les traces de l'environnement subi sur la Lune pendant 31 mois, ont été analysés et publiés.
        - ensuite, pour reprendre les arguments de Michael Collins, si tout cela était un fake, pourquoi s'embêter au delà d'Apollo 11 ? Si la seule finalité avait été de tromper les Soviétiques, pourquoi avoir fait tout le cirque de 6 missions supplémentaires, y compris le suspens de 13, le coup de foudre de 12, le suspens de l'arrimage de 14, etc... pourquoi avoir développé le LRV, etc... Il suffisait de s'arrêter après le faux Apollo 11.
        - enfin, les images de LRO sont tellement belles ! Bien sûr, elles peuvent avoir été trafiquées, donc cela n'abonde pas objectivement dans le sens d'une preuve, mais la sonde spatiale est techniquement connue, y compris son pouvoir de résolution optique, donc on sait qu'elle a les moyens de détecter les traces des 6 missions lunaires.

  6. Nicolas Répondre | Permalink

    "Y a vraiment des gogos qui gobent tout ce que l'Autorité leur dit !"
    Et vous, vous croyez qui quand vous affirmez qu'on en est pas sûr ?
    Moi je crois à ce qui a été prouvé (par la nasa, le gouvernement soviétique et par toutes les agences spatiales du monde), et vous vous croyez à une blague de potache ! Apparemment le gogo n'est celui qu'on croit 🙂

    "Ben, j'espère dis donc car alors c'est facile de venir m'installer chez toi ! Je vais te virer avec ma kalachnikov achetée au marché de saint denis. J'aime bien chez toi, y a des choses qui m'intéressent dans ton sous-sol !"
    Oui c'est ce que je disais, je ne justifiais pas ce comportement, autrement dit je le condamnais. Si vous ne comprenez pas mes propos, peut-être devriez-vous aller sur des blogs plus "à votre porté", ou au moins rester poli.

    Ceci étant dit, je ne vous répondrez plus, votre ton étant vulgaire et condescendant, votre culot sans limite, et votre étroitesse d'esprit bien trop profonde !

  7. severine Répondre | Permalink

    Bonjour,
    article très intéressant ... il est à parier que, avec les véléités actuelles d'exploitation des astéroïdes, ces problèmes de "legislation de l'espace" vont devenir de plus en plus importants ! Même si pour le moment on reste largement dans le domaine du théorique, la question de la "propriété" des planètes et autres éléments extraterrestre va sans doute se poser assez rapidement.
    Heureusement que contrairement aux cas historiques de droits de propriété mentionnés plus haut (amérindiens et autres), on a ici assez peu de chances de venir spolier une population extraterrestre ...

  8. Albireo Répondre | Permalink

    P-e le problème de la propriété des objets célestes se posera en pratique dans un avenir rapproché avec les astéroides, que des sociétés minières et d'exploration spatiale reluquent déjà. Il y a là un enjeu économique significatif et si ce n'est pas les astéroides qui manquent, ne serait-ce que pour une question légale, il faudra bien déterminer quoi faire dans ces cas-là.

    M. Janpol, "je pense, donc je suis", le reste c'est une question d'interprétation des indices dont nous disposons. :¬]

    • janpol Répondre | Permalink

      La réponse est simple :
      Si l'objet abrite une espèce vivante, alors il appartient à cette espèce. Il n'y a pas d'espèce sans environnement adapté. La mer appartient aux poissons.
      Si l'objet n'abrite pas d'espèce vivante, alors il appartient à la collectivité des espèces. Et non à une catégorie d'entre eux.

      Ne croyez-vous pas que les sociétés minières, en particulier, et les grandes entreprisesenn général, ont fait assez de mal à la collectivité des espèces ?

      Vous êtes POUR l'exploitation du charbon dans la grande barrière de corail australienne ?

    • Christophe Bonnal Répondre | Permalink

      Albireo et Séverine,
      Vous avez tout à fait raison et avez mis le doigt précisément sur la question qui peut devenir cruciale dans les décennies qui viennent : l'exploitation minière des astéroïdes. On pourra revenir sur la crédibilité de ce type d'exploitation, mais il est clair que le nombre d'études sur le sujet croît de façon exponentielle dans le Monde actuellement. On peut lire à ce propos l'excellent "Mining the Sky: untold riches from the Asteroids, Comets and Planets" par John S. Lewis. Il est impératif pour tous les futurs protagonistes de comprendre au préalable les questions d'autorisation d'exploitation et de propriété. En revanche, on peut s'interroger sur l'existence d'une institution capable de légiférer sur le sujet au niveau international ; il est probable qu'il n'y ait jamais d'acte de propriété à proprement parler, mais juste une concession d'exploitation temporaire, ce qui ne violerait pas les traités actuels.

      • Thomas Répondre | Permalink

        Bonjour

        Il me semble qu'une petite erreur s'est glissée dans votre article. La lune est res nullius de propriété, mais res communis de ressource et donc d'exploitation (cf. M. Carlo Santulli et http://www.ifri.org/files/CFE/CFE_note_Lune2.pdf).
        L'article 2 étant très claire :
        L'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l'objet d'appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d'utilisation ou d'occupation, ni par aucun autre moyen.

        Mais cela change que très peu de chose au problème. Il est probable qu'un traité international viendra lever les ambiguïtés. En effet, Apollo est de nationalité américaine et leur appartient (et n'est pas res derelictae). Par contre si l'on créer une base lunaire avec des fondations, cela devient beaucoup plus compliqué (à qui appartient alors le sol ?). De même pour le projet de remorquage d'un astéroïde.
        Pour le moment cela ne pose pas de problème. Mais il faudra un jour régler ce flou.

  9. graduation dresses Répondre | Permalink

    Your writer has a very interesting way of posing differential views and making them coincide with the overall viewpoint of the subject. Thank you for an interesting and informative article.

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