Et si nous commencions par travailler ensemble ?…

21.06.2013 | par Jérôme Palazzolo | Clinique

Il y a peu, un de mes patients dépressifs m'a lancé : "Docteur, c'est bien joli que vous me parliez de dépression, de tristesse de l'humeur, tout ça, tout ça... Mais qu'est-ce que vous y comprenez, finalement, à la dépression, si vous-même n'avez jamais été dépressif ?..."

Et dans un sens, ce monsieur avait raison. Je n'ai jamais eu l'occasion de côtoyer Dame Mélancolie, donc on pourrait tout à fait considérer qu'il m'est difficile de m'en prétendre spécialiste... Un peu comme un restaurateur spécialisé en viandes qui serait végétarien...

Cependant, il y a un point qui mérite d'être souligné : certes je n'ai jamais été moi-même dépressif, mais j'ai étudié la maladie dans les livres, j'ai écouté bon nombre de témoignages de personnes se définissant comme étant au fond du gouffre... Donc en définitive l'objectif n'est pas que je fasse part de ma propre expérience, mais que je propose à mon patient que nous travaillions de concert : deux spécialistes agissant en synergie afin de combattre un ennemi commun. Si moi je suis le spécialiste "théorique", lui est le spécialiste "pratique", et à nous deux il est ainsi plus aisé d'agir sur les trois origines de la maladie : le bio, le psycho, et l'environnement.

J'explique donc à mon patient qu'il existe au départ une fragilité biologique, marquée par la diminution de la quantité de certains messagers (les neurotransmetteurs) présents dans le cerveau. Dans la dépression, le neurotransmetteur le plus touché s'appelle la sérotonine. C’est à ce niveau que vont agir les médicaments antidépresseurs.

A cette fragilité biologique va s’ajouter une fragilité psychologique, marquée par une personnalité vulnérable.

Enfin, une fragilité sociale vient compléter le tableau. Cette dernière est en relation étroite avec l’environnement et le niveau de stress du sujet.

Lorsque la personne se retrouve au carrefour de ces trois ensembles, il y a de fortes chances pour qu’une dépression la submerge. Et ce qu'il est important de savoir, c'est que la dépression est une réelle maladie, au même titre que la grippe ou la gastrite (exit donc les discours du style "Bouge-toi", "Si tu veux tu peux", ou encore "Bois un coup et ça ira mieux").

J'en reviens à ma consultation : ayant expliqué à mon patient que nous allons collaborer tous les deux en nous fixant un but précis qu'il va nous falloir atteindre ensemble, je définis les grandes lignes de la prise en charge, j'explique la nécessité de la mise en œuvre d'un traitement (qui n'entraîne, soulignons-le, aucune dépendance, aucune tolérance et très peu d'interactions) qui va devoir durer 6 mois minimum. Si la personne accepte de me faire confiance, nous allons cheminer au fil des séances vers une amélioration progressive, vers un retour à une humeur qui lui sera plus familière...
Et finalement, quelle meilleure illustration de tout cela que le propos de cette patiente qui m'a dit, lors de notre dernière entrevue : "Docteur, chez vous on y vient à reculons, mais on ressort en sautillant !"...

 

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