Emotion normale, émotion pathologique : la limite est ténue…

Régulièrement, des amis communs rappellent à mon épouse la chance qu'elle a d'être mariée à un psy : jamais un mot plus haut que l'autre, une capacité d'écoute à toute épreuve, une gestion sans faille des émotions...
Bien entendu, je ne fais rien pour les en dissuader, mais en vérité je dois avouer qu'il m'est arrivé à une ou deux reprises dans mon existence (!!!) d'être débordé par l'émotion, qu'il s'agisse de joie, de tristesse ou de rage (mais chut, ne le dites surtout pas à nos amis...).
L’ensemble des émotions pouvant être ressenties par l’être humain représente une palette très large. Mais en fait, quatre grands sentiments négatifs se détachent, susceptibles d’induire nombre de comportements pas toujours adaptés à la situation :

Ÿ La colère : Un inconnu cherche à vous doubler dans une file d’attente au cinéma. Pire : vous réalisez qu'un ami proche vous a trahi ou bien encore votre responsable hiérarchique vous reproche des choses injustifiées. Vous sentez alors la colère vous envahir, tout d’abord sous la forme d’une tension sourde, qui grandit jusqu’à une fureur que vous ne pouvez plus contenir. Il s'agit là d'un sentiment agressif et violent, à l’origine d’une dynamique parfois positive ou regrettable…

Les causes de la colère sont multiples, explique Rusinek dans son ouvrage Les émotions – Du normal au pathologique (Dunod). Au tout début, on retrouve généralement une frustration, qui s’exprime lorsque l'on est victime d'une injustice face à laquelle on ne peut rien faire. L'intrusion sur notre territoire et l'entrave à notre liberté constituent également deux sources majeures de colère.

Ÿ La honte : Vous vous rendez compte, trop tard, qu’une énorme tache de café orne votre magnifique chemise blanche juste avant un rendez-vous important, ou vous faites un lapsus d’ordre sexuel alors même que vous avez la parole en réunion. Ou bien, tout simplement, votre compagne vous surprend dans la salle de bains en train de mimer Frank Sinatra devant le miroir… C’est la honte !... Émotion terrible s'il en est, puisque non seulement elle nous tétanise sur place à l’instant T, mais qu'en plus elle laisse des séquelles... Par ailleurs, éprouvée dans un contexte durable, la honte peut avoir un effet dévastateur sur la confiance et l’estime de soi.

Ÿ L’anxiété : On l’a tous éprouvée en attendant les résultats d’un examen, ou lorsqu’on est dans la salle d’attente du dentiste… L’anxiété se ressent même physiquement lorsqu'elle devient peur : tremblements, tachycardie, tachypnée, mains moites... Ne dit-on pas d'ailleurs que l'on « meurt de peur » ?

L’anxiété peut être ressentie aussi bien dans une situation très concrète (peur de tomber au ski sur une piste noire) que pour quelque chose que l’on redoute (peur d'être quitté par sa compagne, par exemple). Il est à noter un point commun à toutes ces situations anxiogènes : l’émotion nous envahit lorsque l'on anticipe la possibilité d'une suite négative à ce que l'on est en train de vivre.

Ÿ La tristesse : Vous apprenez que le poste tant convoité a été attribué à un autre, ou que votre compagne met un terme à votre relation. Passée la colère, la honte, voire la stupeur, c'est de la tristesse que vous ressentez. Tristesse en lien avec la perte, le deuil…

La tristesse est une émotion qui survient en second lieu, après le premier choc de la mauvaise nouvelle, quelle qu'elle soit. C'est elle qui fait surgir les larmes, parfois salvatrices, d'autres fois dévastatrices.

 

QUAND L’ÉMOTION DEVIENT PATHOLOGIQUE : L’EXEMPLE DE L’ANXIÉTÉ DÉSADAPTÉE

«Dans les moments de grande tension, l’esprit se fixe sur un détail sans importance dont on se souvient parfaitement bien longtemps après, comme si l’anxiété nous l’avait à jamais gravé dans le cerveau». Ces paroles d’Agatha Christie dans Le mystérieux Mr Quinn décrivent en partie ce qu’est l’anxiété, émotion qui devient pathologique lorsqu’une sensation de tension intérieure devient douloureuse alors même que rien n’est à craindre. L’anxiété peut être paralysante, ou au contraire susciter de l’agitation, de sorte que l’on est incapable de rester en place. Elle concerne souvent une situation particulière ou un objet spécifique : la peur d’un nouveau contexte social que l’on est incapable d’affronter, par exemple quand on change de travail, des préoccupations excessives concernant son état de santé, la crainte de monter en voiture après un accident, etc.

Mais l’anxiété et l’inquiétude sont des sensations nécessaires. Que l’enjeu soit une promotion professionnelle ou le résultat d’un événement sportif, la plupart des individus éprouve une certaine inquiétude vis-à-vis du résultat final. L’anxiété est une émotion, qui est utile si elle reste modérée. Elle représente alors une réaction adaptée face à une situation difficile. En étant anxieuse, une personne est d’autant plus motivée à se préparer pour un examen ou à s’entraîner pour un championnat important, et peut trouver l’inspiration nécessaire à la réalisation de cette tâche. L’anxiété prépare l’individu à faire face à des situations difficiles ou menaçantes, le pousse à agir, et l’aide à se sortir d’un mauvais pas.

Éprouver de la nervosité en anticipant une situation anxiogène est normal ; mais quand les troubles sont pathologiques, l’angoisse est exagérée et perturbe la vie sociale, familiale ou professionnelle. Dans ce cas, différents symptômes s’associent aux angoisses : une sensation d’oppression thoracique, des palpitations, des sueurs, des tremblements, la gorge serrée, etc. L’anxiété peut alors empêcher le sujet d’agir efficacement, voire elle le rend incapable de gérer ses activités. Une anxiété excessive représente plus qu’un simple trac : c’est une maladie, qui nécessite une prise en charge adaptée.

 

EdvardMunch-TheScream-1893

 

ÉMOTION NORMALE, ÉMOTION PATHOLOGIQUE : WHAT'S UP ?

Se représenter le monde, c’est s’en émouvoir et donc s’y impliquer. Et dans une telle optique, comprendre et étudier l’émotion, qu’elle soit normale ou pathologique, c’est mieux la connaître, c’est mieux connaître l’individu et ses capacités d'adaptation.

En définitive, nos émotions sont de précieuses alliées pour nous guider dans notre quotidien. Elles ont un langage qu'il faut apprendre à décoder si nous voulons vivre en harmonie avec elles et évoluer vers un mieux-être continuel. En apprenant à utiliser de manière adéquate nos émotions, nous nous assurons de toujours évoluer en accord avec nos besoins et nos objectifs.
Alors, finalement, j'en conclus que mon épouse a effectivement énormément de chance d'être mariée à un psy !

 

Publier un commentaire