L’annonce du diagnostic de schizophrénie : pour ou contre ?

06.07.2013 | par Jérôme Palazzolo | Clinique

La question de l’information du patient atteint de schizophrénie concernant sa maladie est rendue difficile par le caractère à la fois aléatoire et «tabou» du diagnostic; de même, il est important de souligner la présence d’une certaine honte de toute prise en charge psychiatrique, alors vécue comme stigmatisante au plan social (surtout dès qu’il est question d’hospitalisation en service de psychiatrie, ou pire encore à l’hôpital psychiatrique !).

La clinique psychiatrique peut apparaître, dans le contexte actuel d’information de l’usager, comme une pratique délicate, du fait des pathologies qui perturbent gravement le système relationnel des patients, notamment ceux souffrant de schizophrénie.

La schizophrénie pose l’un des problèmes les plus difficiles en ce qui concerne l’information et l’annonce du diagnostic au sujet, en raison de la variabilité de la symptomatologie des diverses formes cliniques et des difficultés à repérer nettement le début de l’affection; d’autre part, la jeunesse des malades au moment de la première décompensation, ainsi que l’étroite intrication de cette pathologie avec les liens familiaux, compliquent l’établissement précoce d’un diagnostic précis.

Bon, ça c'est le discours officiel. Mes proches vous diront que l'un des points qui me caractérisent est de me répéter à chaque consultation : "Et si c'était moi le patient ? Je souhaiterais être informé ou pas ? Je souhaiterais connaître mon diagnostic ? mon pronostic ? les origines de ma maladie ? les raisons de mon traitement ?...". Et chaque fois que je me pose ces questions, je réponds "Oui" sans hésiter !

Donc j'essaye d'informer avec mes mots, en les rendant aussi compréhensibles que possible. Et dans ce cadre, je tente d'expliquer à un patient qui entend des voix pourquoi il entend ces voix. Et pourquoi le traitement est nécessaire, et pourquoi je vais lui prescrire tel médicament plutôt que tel autre.

Alors tout cela pour dire que lorsque je reçois pour la première fois Francis, âgé de 47 ans, traité depuis 23 ans par antipsychotique, qui me répond qu'il souffre de "dépression" lorsque je lui demande pourquoi il prend cette médication, je ressens une certaine gêne... Une gêne car il va me falloir lui annoncer qu'il n'a pas été traité pour une simple dépression, mais bien pour une schizophrénie, et que cela dure depuis des années. Et vous savez quoi ? Je me sens dans ces moments là un peu comme un mari adultérin qui avouerait à sa femme qu'il entretient une relation extra-conjugale depuis 23 ans. Et la réponse qui revient systématiquement, c'est : "Et pourquoi mon psy d'avant ne me l'a pas dit ?!?". Et là, je suis sec. J'essaye de bredouiller un : "Il a peut-être du l'aborder à une ou deux reprises ?...", en espérant du fond du cœur que c'est le cas...

Je vous le dis tout net, je sais qu'en écrivant ce post j'évoque un vieux serpent de mer de la psychiatrie : peut-on tout dire à ses patients ?

Et après tout, pourquoi ne pas tout dire ?... Pourquoi penser à la place de la personne, et ne pas la laisser libre de gérer l'information qu'on va lui donner ? Ce d'autant qu'aujourd'hui, le diagnostic de schizophrénie n'est plus synonyme de vie brisée, bien au contraire ! Vous n'imaginez pas le nombre de patients atteints de cette maladie qui travaillent, ont une famille et gèrent parfaitement leur quotidien, sous couvert qu'ils prennent correctement leur traitement. N'est-ce pas la même dynamique dans le diabète, par exemple ?

Peut-être que je me fourvoie, peut-être que je suis parfois un peu "brut de décoffrage", mais mes maîtres m'ont enseigné un point essentiel : le respect de la personne que l'on soigne. Et lorsqu'on respecte l'autre, on est sincère avec lui. On ne lui dit pas qu'il souffre de dépression si on est certain qu'il bascule dans la psychose. On ne lui prescrit pas un traitement antipsychotique sans lui expliquer pourquoi.

Et alors, peut-être que si nous nous mettons un peu plus à leur place nos patients auront confiance en nous et nous suivrons sur le chemin qui les mènera à la guérison...

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