Le tabagisme chez les ados

Le tabagisme est un fléau à l’échelle mondiale. Responsable de 60 000 morts par an en France, il s’agit d’un problème majeur de Santé Publique. Alors que le tabagisme diminue chez l’adulte, il est en augmentation chez l’adolescent, particulièrement chez les jeunes filles. Or les adolescents d’aujourd’hui seront les adultes de demain. Aussi, la meilleure occasion exploitable de réduire la gravité et le taux de maladies liées au tabac consiste à en limiter l’usage chez les ados.

Cette augmentation existe malgré les nombreuses campagnes contre le tabac. D’après le rapport Roques de 1999 mandaté par le Secrétaire d’État à la Santé, la toxicité générale du tabac, considérée comme très forte, est supérieure à celle de l’héroïne, cocaïne, psychostimulants, alcool, benzodiazépines et cannabinoïdes.

Selon le « baromètre santé 2010 » réalisé par le Comité Français d’Éducation pour la Santé (CFES) :

  • 36,7 % des jeunes français de 12 à 25 ans déclarent fumer, ne serait-ce qu’occasionnellement. Cette proportion passe de 8,5 % pour les 12-14 ans et 40,9 % chez les 15-19 ans.
  • 33,2 % des 15-19 ans déclarent fumer régulièrement.
  • A 18 ans, 50 % des adolescents sont fumeurs.
  • Un délai moyen d’un an et demi s’écoule entre la première cigarette et le tabagisme régulier.

D’un comportement exploratoire initial, il est démontré que l’accoutumance s’établit promptement. L’influence des copains est également un facteur incitatif appréciable, ajouté à la perception que « fumer c’est cool » et l’enchaînement devient rapide.

Enfin, la majorité des adultes fumeurs ont acquis cette habitude à l’adolescence. Même après un arrêt du tabac, le souvenir du plaisir procuré par la cigarette perdure dans la mémoire sensorielle. Une rechute peut alors survenir facilement lors d’une période de fragilité.

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Qu'est-ce qui se cache derrière ces chiffres alarmants ?

L’éducation au sujet du tabac ne semble pas influencer la décision des jeunes : suivant diverses études, 90 % des enfants connaissaient les effets néfastes du tabac. Ils sont donc rebelles aux arguments que les adultes semblent comprendre. Au début d’une vie qui lui paraît longue, l’adolescent a du mal à être conscient du temps et se sent invulnérable.

De plus, les ados sont dans une conduite à risque. Ils bravent l’interdit. Affranchis, contestataires, ils fument et sont admirés par les copains-copines qui y voient là aussi une forme de courage. La cigarette devient un rite initiatique du passage dans le monde adulte, un label d’indépendance.

Ainsi, les campagnes anti-tabac peuvent avoir un effet pervers chez les adolescents en renforçant leur attrait pour le tabac. De là à penser que l’industrie du tabac qui est à l’origine de beaucoup de campagnes le fait exprès… Il semblerait que sous couvert de dissuader les jeunes de fumer, elle cherche en réalité à améliorer son image et à valoriser le tabac comme une consommation « adulte ». La publicité déguisée ne s’adresse pas à une clientèle du 4ème âge quand elle produit des « raids Gauloises », les « Camel Trophy », les vêtements « Marlboro classics » et des images évocatrices dans de nombreux films…

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Quelles propositions peut-on faire ?

La loi française s’est occupée du tabagisme par deux fois : en 1976 avec la loi Veil et en 1991 avec la loi Evin (interdiction de la publicité directe ou indirecte en faveur du tabac, règles relatives à l’étiquetage et à la teneur en goudron, protection des non-fumeurs…). Actuellement, une proposition sénatoriale vise à interdire la vente de tabac aux mineurs de moins de 16 ans. Il semblerait que les arguments pour et contre une telle mesure soient équivalents.

Cette dernière décennie, marquée par la proportion alarmante de jeunes fumeurs, nous oblige à trouver des solutions innovantes. Quelles que soient les subtiles raisons conscientes ou non-conscientes qui les inspirent, les nécessaires campagnes anti-tabac destinées aux jeunes doivent s’inspirer d’arguments inattendus pour les surprendre et leur donner à réfléchir.

La création de programmes multidisciplinaires peut permettre d’avoir des actions ciblées sur différents points. Cette démarche polyvalente implique la participation de l’ensemble des intervenants auprès des jeunes : enseignement, parents et proches, personnel de la santé, forces de l’ordre.

Quelques recommandations communément admises :

  • Permettre aux jeunes de participer à l’élaboration, la conception de programmes visant à enrayer le tabagisme.
  • Respecter et favoriser les lieux non-fumeurs.
  • Former les jeunes et diffuser un message du type « ne pas fumer : c’est cool »
  • Développer leur estime de soi et leur sens critique.

L’État français, lié historiquement à la commercialisation du tabac et grand bénéficiaire fiscal de sa consommation, devrait se situer au-dessus de ses intérêts économiques pour afficher clairement une politique de protection des mineurs contre les dangers du tabac.

Il devient donc urgent de promouvoir de nouvelles mesures contre le tabac, puissant toxique doté d’une grande séduction sociologique et culturelle, mais meurtrier.

Mesdames, messieurs les décideurs : au boulot !

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