Sans risque, la consommation de cannabis ?

04.08.2013 | par Jérôme Palazzolo | Clinique

- Et sinon, vous arrive-t-il de consommer des substances toxiques ? de la drogue ?...

- Non, rien de tout cela, je suis quelqu'un de sain. Je ne prends pas de médicaments, je mange bio, j'ai une vie saine.

- Vous ne fumez pas un petit joint de temps en temps ?... C'est pourtant ce que votre médecin traitant a noté sur le compte-rendu...

- Ah non mais là c'est pas pareil. Le cannabis, c'est pas de la drogue...

Ce petit extrait d'un entretien que j'ai eu la semaine dernière avec un de mes patients est illustratif d'un certain discours ambiant, qui vise à souligner que la consommation de cannabis serait totalement dépourvue de risque.

Et pourtant...

La consommation de cannabis, aussi ancienne qu’elle puisse être, est aujourd'hui au cœur de nombreux débats de société dans la plupart des pays développés.

Mise à la mode par les médias et les politiques, elle reste aujourd'hui interdite dans notre pays. A l'heure où des voix s’élèvent pour une libéralisation de l'usage de cette substance, il reste à faire un état des lieux de tout ce que nous savons la concernant.

De plus, l'inquiétante augmentation de la consommation de cannabis nous pousse à nous intéresser aux mécanismes qui expliquent les effets de ce toxique, une réelle dépendance ayant été mise en évidence par de nombreux scientifiques (qu’il s’agisse de l’action spécifique du produit ou des effets croisés avec d'autres substances). Le terme de "drogue douce" est donc à relativiser, voire à abandonner... Ainsi, des études réalisées chez l'animal soulignent la présence d’une dépendance psychique (commune à toutes les drogues), ainsi que celle d’une dépendance physique (laquelle servait jusqu'à présent à qualifier les drogues "dures").

L’effet incitatif que paraît exercer le cannabis vis-à-vis de la consommation d'autres toxiques, en particulier de l'héroïne et de l’ecstasy, est également de plus en plus cité.

Enfin, les relations étroites qu'entretient le cannabis avec les maladies mentales (et particulièrement la schizophrénie) font l’objet de divers travaux de recherche, et les résultats présentés sont peu rassurants : le cannabis présenterait une importante dangerosité dans le domaine des maladies mentales.

Les données allant dans le sens d’une toxicité manifeste et d’une dangerosité non négligeable du cannabis sont donc nombreuses, aussi nombreuses que celles qui incitent à sa banalisation, voire sa dépénalisation. Le problème est que ces informations, largement diffusées, ne se situent pas sur un même plan, et les amalgamer fait courir le risque de se baser uniquement sur la croyance et la spéculation pour se faire une opinion : le discours scientifique biologique n’est pas toujours superposable au discours idéologique et politique, c’est une évidence...

Alors, avant de "tirer 2-3 tafs" sur le joint que votre meilleur ami vous tend, réfléchissez-y à deux fois !...

 

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