La séduction étape par étape : l’homme conduit-il vraiment la danse ?

18.10.2016 par Jérôme Palazzolo, dans Points de vue

Séduire a depuis toujours été un concept très vendeur : vous n'avez qu'à taper sur Internet les mots-clés "coach en séduction" pour tomber sur des sites plus farfelus les uns que les autres. C'est d'ailleurs en parcourant l'un d'eux que j'ai eu l'envie d'écrire ces quelques lignes, tant les énormités entendues et lues m'ont choqué / fait rire (au choix...). Globalement, en faisant appel à un "coach en séduction", vous êtes certains messieurs (eh oui, la plupart de ces sites s'adressent aux hommes) d'emballer en quelques minutes !

[Pour alléger mon propos je ne m'intéresserai ici qu'à la séduction hétérosexuelle, que mes ami(e)s gays ne s'en offusquent pas : je leur consacrerai une rubrique très prochainement]

D'où mon questionnement de base : avons-nous finalement, chers collègues masculins, la capacité de manipuler nos congénères féminines pour aboutir à nos fins, ou ne sommes-nous pas de pauvres petits êtres fragiles à qui les femmes "laissent croire" qu'ils dirigent les choses ?... En gros, je plonge là dans une vaste théorie du complot qui remet en cause le fondement même de ce qui définit le tombeur de ces dames, le Casanova de supermarché, le George Clooney de la vraie vie !

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Les étapes et les rituels de séduction sont universels, à quelques nuances près. On les retrouve autant dans le monde végétal, animal, qu'humain, et ils sont beaucoup plus semblables qu'on oserait le croire. Par exemple, dans toutes les espèces, c'est la femelle qui est le sujet de la séduction et le mâle l'objet de la séduction. Le chasseur n'est pas nécessairement celui que l'on imagine. Un doute, messieurs ? Essayez donc de séduire une femme qui ne le souhaite pas, et vous verrez qui possède le pouvoir dans ce processus !...

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Quelles sont ces fameuses étapes ? Il faut tout d'abord attirer l'attention de la personne que l'on veut séduire. Classiquement et de manière universelle, les femmes vont mettre en valeur leurs charmes physiques, les hommes leur puissance et leurs richesses ; les deux le font de manière plus ou moins ostensible, en lien avec certaines normes culturelles. Les hommes paradent, les femmes provoquent. Les hommes recherchent la fertilité, les femmes la sécurité.

Vient un moment où les regards se croisent. Si le regard intrusif de l'homme rencontre le regard réceptif d'une femme, se produit alors une étincelle remplie de promesses. Les pupilles se dilatent et commence un jeu de regards qui se cherchent et se fuient. Si la femme sourit, si elle fait virevolter sa chevelure, l'homme a la permission d'avancer, sinon ses chances sont minces. Si elle détourne le regard, mieux vaut ne pas insister. Même si le « mâle » se donne de l’importance, parle fort et bombe le torse, c'est peine perdue. Le regard est l'instrument de séduction le plus efficace de l'être humain. L'échange de regards possède un effet instantané : il provoque l'attirance ou la répulsion. Ne dit-on pas que les amants se " dévorent des yeux " ?...

Troisième acte, la conversation. En fait, son contenu n'a pas vraiment d'importance, mais il est nécessaire de trouver un sujet susceptible d’intéresser le ou la partenaire potentiel(le). Il faut donc être observateur et attentif... Plus important encore est le ton de la voix, car la voix nous révèle. Elle ne révèle pas seulement nos intentions, elle signe aussi notre milieu socio-culturel, notre éducation, nos humeurs. Un très grand nombre d'histoires d'amour ont tourné court dès les préambules verbaux. La conversation constitue le point de rupture : la séduction passe ou casse. Don Juan et Casanova savaient jouer avec les mots pour séduire, même si la séduction ne menait pas toujours à la consommation. Il faut savoir qu'au moment où l’on ouvre la bouche et où l’on parle, on dévoile ses intentions par l'inflexion et l'intonation de sa voix, même inconsciemment.

Les anthropologues ont démontré depuis longtemps que c'est généralement la femme qui se hasarde au premier contact physique en effleurant du bout des doigts le bras, l'avant-bras ou le dessus des mains du soupirant. Elle le fait de la façon la plus fortuite et "naïve" possible, mais c'est souvent une manière de dire : « Vous m'intéressez, Monsieur, continuez de me séduire ». C'est là que le « test » commence. Si l’on cherche à séduire une femme qui n’a pas signifié sa réceptivité par un regard, un sourire ou un léger toucher, il est fort probable que l’échange tourne court.

Ce test est de durée variable, mais l'objectif ultime est l'apprivoisement des partenaires. Se développent alors des comportements en miroir ou en écho : je bois, elle boit ; je me penche vers elle, elle se penche vers moi ; je lui prends la main, elle l'enserre ; je l'invite à dîner, elle accepte. L'homme a alors l'impression de mener le bal, car c'est lui qui, généralement, va chercher le premier baiser, exécuter la première caresse, fait les premières invitations intimes. Mais que ce dernier exécute un faux pas ou se montre un peu trop empressé, et il sera vite rappelé à l'ordre ! Ce qui interpelle généralement le plus la femme, c'est d'observer tout ce que l'homme est prêt à faire pour elle, surtout s'il fait exactement ce qu'elle veut et au moment où elle le désire, malgré les embûches qu'elle peut – volontairement ou inconsciemment – mettre en œuvre. Ce rituel constitue ce que Desmond Morris appelle "la danse de l'amour", laquelle vise la synchronisation parfaite des corps et des âmes.

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De quoi remettre en question le concept de "sexe faible", non ?

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