Sports de combat et cerveau

La pratique régulière d’un sport de combat présente beaucoup de points avantageux. Une telle activité physique séduit par le sentiment de force qu'elle procure, ainsi que par ses bienfaits sur le corps : elle développe la vitesse, l'endurance, les réflexes et la coordination, et bien entendu elle apprend à se défendre.

Cependant, les effets délétères de la pratique régulière d’un sport de combat sont loin d’être négligeables, et les impacts négatifs sur le cerveau sont à prendre en compte afin de se prémunir des accidents qui à long terme risquent d’engager le pronostic fonctionnel – voire vital – de l’individu.

Ainsi, une étude a prouvé qu'un boxeur recevait quarante à cinquante coups par round (Hähnel S et al. : Prevalence of cerebral microhemorrhages in amateur boxers as detected by 3T MR imaging. AJNR Am J Neuroradiol 2008: 29(2): 388-391). Quand on sait qu'un match peut compter dix reprises, on imagine aisément la manière dont le cerveau est mis à l’épreuve dans un tel contexte… On retrouve la même problématique dans d’autres sports violents, tels le rugby ou les arts martiaux.

Dans la plupart des sports de combat, l’objectif du pratiquant de maîtriser son adversaire, quitte à le mettre KO. Dans la plupart des cas, le principe est le même : asséner des coups répétés et brutaux, notamment au niveau de la tête, partie vulnérable du corps humain et siège du traitement des informations.

Les coups sont responsables de traumatismes crâniens mineurs à répétition. Un traumatisme crânien est un choc au niveau de la tête, choc plus ou moins violent qui peut provoquer une fracture osseuse, une lésion interne (cerveau et/ou structures adjacentes) voire une hémorragie (interne et/ou externe).

Les traumatismes crâniens mineurs peuvent être à l’origine de céphalées, de sensations de vertige, voire de vomissements. Une somnolence et/ou des troubles de la vision sont possibles. Le nez, les arcades sourcilières, les pommettes, parties de la face les plus exposées et vulnérables, sont généralement lésés en priorité.

Certains symptômes peuvent durer des jours, voire des semaines.

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Les différents types de traumatismes crâniens :

• Une commotion est un traumatisme du cerveau consécutif à un choc généralement violent. La personne qui subit une commotion s'évanouit (c’est le KO typique); cette perte de connaissance peut durer de quelques secondes à quelques minutes. La personne peut également ressentir un étourdissement, perdre la vue et/ou l'équilibre peu après le traumatisme.

• Une contusion cérébrale est une blessure du cerveau. Il y a alors une perturbation plus ou moins diffuse du fonctionnement cérébral. Elle se caractérise par la présence d’un œdème et d’une hémorragie capillaire; siégeant le plus souvent au niveau des pôles des hémisphères, elle peut constituer un foyer unique ou des lésions plus diffuses. Une contusion est un traumatisme plus grave qu'une commotion.

• Une fracture du crâne survient lorsqu'il y a fissure de la boîte crânienne. Une fracture du crâne est généralement une blessure grave. Parfois, un morceau d’os fracturé peut s'enfoncer dans le cerveau et causer un saignement ou d'autres dommages. Les fractures du crâne sont plus fréquentes chez les adultes que chez les jeunes enfants parce que le crâne de ces derniers est plus souple.

• Un hématome intra-cérébral est une collection de sang dans la substance cérébrale (ou parenchyme cérébral), conséquence de la rupture d’un vaisseau. On parle d’hémorragie intra-cérébrale lorsque le diamètre de l’hémorragie est inférieur à 3 cm. Au-delà, on parlera d’hématome. La localisation de ces hémorragies est variable : tantôt à la superficie du cerveau (hémorragie corticale), tantôt profonde (hémorragie des noyaux gris centraux). Même un traumatisme crânien mineur peut parfois causer un hématome, surtout chez les personnes âgées.

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Les conséquences d’un traumatisme crânien :

À la suite d'un traumatisme crânien, le pratiquant d’un sport de combat peut être atteint de séquelles plus ou moins nombreuses, minimes ou gravissimes, pouvant se manifester dans un ou plusieurs des domaines suivants :

-       le domaine physique,

-       le domaine cognitif,

-       le domaine psycho-affectif,

-       le domaine comportemental.

La complexité des conséquences d’un traumatisme crânien provient du fait qu’à partir du moment où le cerveau est touché toutes les dimensions physiques et/ou du comportement humain peuvent être altérées.

• Le domaine physique :

Les conséquences physiques d’un traumatisme crânien en sport de combat se manifestent par des atteintes motrices, sensorielles et/ou neurologiques :

Les atteintes motrices :

Dans ce contexte, les séquelles peuvent aller, en fonction de la zone cérébrale lésée, d’une simple altération de la précision et diminution de la force jusqu’à une paralysie complète unilatérale (hémiplégie) ou partielle (hémiparésie), en passant par des troubles de l'équilibre et/ou des troubles de la coordination.

Les atteintes sensorielles :

On peut retrouver des troubles visuels, telle une diplopie (le sujet voit double), une baisse de l'audition, des acouphènes, une diminution de l'odorat, voire de fausses perceptions sensorielles (sentir des odeurs ou entendre des sons inexistants). Des altérations cénesthésiques peuvent également se rencontrer, à l’origine d’un risque de brûlures ou de blessures s'il y a perte de la sensibilité au toucher, au chaud, au froid et/ou à la douleur.

Les atteintes neurologiques :

Il s’agit là de céphalées, d’étourdissements, voire de crises d’épilepsie associées ou pas à des troubles respiratoires.

• Le domaine cognitif :

L’atteinte de structures cérébrales spécifiques telles que l’amygdale et/ou l’hypothalamus peut avoir des conséquences non négligeables, en entrainant une altération des fonctions réceptives, des troubles de la mémoire et/ou de l'apprentissage, des troubles de la compréhension et/ou de l’expression, voire des troubles du contrôle des activités volontaires.

• Le domaine psycho-affectif :

Dans le domaine psycho-affectif, l’altération secondaire à une lésion des lobes frontaux pourra avoir pour conséquence une labilité ou une variation anarchique de l'humeur, une altération des capacités de contrôle, des comportements marqués par la régression infantile, égocentriques et asociaux, peu empreints d'empathie, une diminution de la tolérance à la frustration ou aux délais (nécessité d’une satisfaction immédiate des besoins). Un « changement de caractère » est souvent allégué par les proches.

• Le domaine comportemental :

Certaines lésions multifocales peuvent être à l’origine d’une diminution de l'autonomie du sujet, voire d’une altération des activités scolaires ou professionnelles.

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Les sports de combat font partie d’un ensemble d'activités sportives qui propose le plus souvent un affrontement entre deux combattants, sous forme de compétition. Les sports de combat s’éloignent par définition du combat réel, et comportent des règles qui visent notamment à garantir l'intégrité physique des adversaires. La notion de «sport de combat» est d’ailleurs distincte de celle d'«art martial», même si certaines disciplines se recoupent. Le terme «art martial» signifie : «à utilité militaire» et englobe toute discipline utilisée pour le combat pour attaquer ou se défendre. Il s’agit donc par définition d’un «art de guerre», une discipline où tout est permis. Ce terme concernait initialement les disciplines martiales japonaises qui utilisent, dans leurs pratiques, une part de technique et une part très développée de philosophie proche de la religion, une connaissance et une maîtrise de soi.

Cependant, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de sports à caractère violent pour la plupart. Le principe même de certaines de ces disciplines étant en effet d’asséner des coups répétés et assez brutaux, voire de mettre KO son adversaire !

Comme nous l’avons vu, le cerveau peut être mis à rude épreuve dans de telles circonstances.

Par conséquent, ces activités doivent toujours être encadrées par un règlement strict et dans des clubs affiliés à des fédérations reconnues.

Les entraînements – tout comme les compétitions – s’effectuent toujours en présence d’un professionnel diplômé d’État qui fait appliquer les règles. Attention donc de ne jamais utiliser les techniques qui sont enseignées hors d’un cadre bien défini !


 


Un commentaire pour “Sports de combat et cerveau”

  1. TheGreatest Répondre | Permalink

    Dans la plupart des disciplines de combat, et spécialement dans la boxe anglaise, la préoccupation pour le cerveau des pratiquants est inexistante, certainement parce que les entraineurs n'ont eux-mêmes pas conscience des risques qu'ils font courir. C'est encore moins acceptable que les fédérations n'informent pas plus et que les entraîneurs ne sont pas sensibilisés aux questions relatives à la santé à long terme des pratiquants et contrôlés sur la manière dont ils préservent (ou saccagent) leurs sportifs.
    Merci donc de faire connaître cela!

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