Tous égaux ?… Pas face à l’alcool en tout cas !

19.09.2013 | par Jérôme Palazzolo | Clinique

Jean-Philippe a trois fils. Depuis toujours, il n’a eu de cesse de leur répéter : «Mes enfants, n’oubliez jamais l’adage suivant, qui m’a été enseigné par mon père, qui le tenait lui-même de son père : ‘‘La vie, c’est comme une bouteille d’absinthe…’’». Par un triste soir d’automne, au crépuscule d’une existence passée à travailler dur et à faire le bonheur de sa famille, Jean-Philippe, sentant sa dernière heure arriver, réunit ses proches pour leur faire ses adieux et leur dire combien il les aime. Ses trois fils sont présents. Jacques, l’aîné, la voix emplie de sanglots, demande alors à son père mourant : «Papa, tu nous as enseigné que ‘‘La vie, c’est comme une bouteille d’absinthe…’’. Nous avons fait de cette parole notre devise. Mais aujourd’hui, mes frères et moi souhaitons te poser une question : quelle est la signification de cette phrase, exactement ?».

Le vieil homme, dans un dernier soupir, répondit : «Mes braves enfants, je n’en ai strictement aucune idée…».

A bien y réfléchir, cette histoire n’est pas très éloignée de la réalité… Lorsqu’on s’intéresse au problème de l’alcoolisme, on s’aperçoit vite que de nombreuses idées reçues circulent, la plupart étant d’ailleurs fausses. Tout le monde a son point de vue sur la question : l’alcool stimule, l’alcool conserve, l’alcool soigne, l’alcool permet de faire la fête, un proche n’est alcoolique qu’à partir du moment où il est malade du foie, etc., etc.

Mais en définitive, personne n’a d’idée précise des dégâts réels causés par l’alcool, et lorsqu’un conjoint, un parent ou un ami sombre dans l’alcoolisme, on ne sait la plupart du temps pas comment l’aider, quoi lui dire, que lui conseiller…

En France, on estime à 2 millions le nombre d'alcooliques dépendants, et à 5 millions le nombre de buveurs excessifs. Cela signifie que la plupart d'entre nous en compte au moins un dans son entourage. Mais entre mensonges et promesses jamais tenues, amour et colère, peine et épuisement, vivre aux côtés d'une personne alcoolique est un choix des plus difficiles à assumer. Comment l'assister, la soutenir et l'accompagner dans sa souffrance, puis dans sa guérison (si tant est que l’alcoolisme puisse être considéré comme une maladie) ?

A partir de quand peut-on dire que quelqu’un est alcoolique ? La limite est-elle fonction de la quantité d’alcool absorbée ? Pas le moins du monde ! Certaines personnes peuvent ainsi boire beaucoup sans pour autant être ce que l’on appelle dans le jargon médical alcoolo-dépendantes. On nous voudrait tous égaux : quelle absurdité sur le plan de la physiologie !

En fait, l’alcoolisme se définit par la dépendance qui lie l’individu au produit. Ce qui fait l’alcoolique est donc moins la quantité d’alcool qu’il boit que la relation qu’il entretient avec la substance. Pour la personne dépendante, le fait de boire de l’alcool est un réel besoin, et non plus un plaisir. Le produit devient indispensable… Elle ne parvient plus à s’arrêter de boire, sa consommation crée des problèmes familiaux et sociaux, elle commence à souffrir de troubles de la mémoire (légers au début, puis évoluant rapidement vers l’aggravation), se met dans des situations au sein desquelles elle ne pourra que boire de nouveau (la plupart des «bons amis» sont tous des piliers de bar)... Et surtout, surtout, elle croit maîtriser sa consommation, alors que tout prouve le contraire !

Alors, une petite réflexion de psy : face à l'alcool, personne ne fait le poids !

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