Le Vantablack fait surface… dans l’industrie automobile

Le Vantablack, ce revêtement le plus noir au monde, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Conçu pour diverses applications allant de l’instrumentation scientifique aux produits de luxe, il est entré dans le monde de l’art en 2016, non sans déclencher une polémique.1 Il fait à nouveau parler de lui grâce à un grand constructeur automobile allemand qui présentera, à l’édition 2019 du salon de Francfort, une voiture ultra-noire recouverte de Vantablack. Les voitures noires, prisées pour l’élégance et le raffinement que confère cette couleur intemporelle, atteindront le comble du chic avec cet ultra-noir ! Mais à quel prix ?

La BMW X6 Vantablack présentée au salon de l’automobile de Francfort (22-24 sept. 2019). Source : bmwblog.com

Un noir qui frise la perfection

Le Vantablack, mis sur le marché en 2014 par la société britannique Surrey NanoSystems2, est un revêtement constitué de nanotubes de carbone alignés verticalement en rangs serrés. C’est grâce à une telle structure,qu’une surface recouverte de Vantablack absorbe 99,965 % de la lumière visible et apparaît donc noire au point qu’aucun reflet n’est détectable à l’œil. Les objets à trois dimensions apparaissent alors bidimensionnels. Les effets optiques bluffant qui en résultent sont mis à profit par l’artiste britannique Anish Kapoor. Mais l’objectif initial visé est la réduction de la lumière parasite dans les instruments d’optique, notamment les télescopes. Signalons une autre application dans l’industrie du luxe : une montre dont le cadran, recouvert de Vantablack, fait apparaître la lune, dans ses phases successives, sur un fond ultra-noir du plus bel effet. Mais venons-en à l’industrie automobile.

Une voiture qui perd tout relief

Une voiture recouverte de Vantablack apparaît à deux dimensions sans courbes ni nervures perceptibles. La perception d’une silhouette sur laquelle se détachent les phares et la calandre (caractéristique de la marque) a de quoi faire rêver, impressionner, voire inquiéter, et en tout cas captiver le regard du public. Tel est le but recherché dans un salon automobile. Mais il faut garder les pieds sur terre et s’interroger sur les aspects techniques, financiers… et sécuritaires.

Rappelons tout d’abord que le Vantablack est un revêtement et non pas une peinture. Il est déposé par un procédé spécifique, et non pas par simple projection à l’aide d’un pistolet à peinture.Qu’en est-il alors du prix ? Sans doute exorbitant pour une surface aussi grande que celle d’une carrosserie de voiture…

En outre, ce revêtement s’altère facilement par de légers chocs ou des frottements. Le dépôt d’une couche de protection est envisageable mais risque fort de diminuer l’efficacité d’absorption de la lumière, et des reflets apparaîtront immanquablement. Alors, autant employer la peinture acrylique ultra-noire Black 3.0, bien plus facile à mettre en œuvre mais légèrement moins absorbante que le Vantablack.Ce qui ne serait pas pour déplaire à l’artiste britannique Stuart Semple qui a mis au point et commercialisé cette peinture en 2019. Ses échanges d’« amabilités » avec Anish Kapoor, détenteur de l’exclusivité du Vantablack dans le domaine de l’art, ont défrayé la chronique.1

Il convient enfin de signaler que, selon une étude réalisée en Australie par le Monash University Accident Research Centre, le risque d’accident avec des voitures noires est de 12 % plus élevé qu’avec des voitures blanches, pour de simples raisons de visibilité. Un pourcentage qui augmenterait forcément avec une voiture « fantôme » revêtue de Vantablack.

Alors, cette berline ultra-noire proposée sera-t-elle une mode passagère ou seulement d’un joli coup de pub, le temps d’un salon ?

Références et notes

1Voir le billet du 16.02.2019 : « La saga du noir dans l’art : Vantablack versus Black 3.0 ».

2Site de la société Surrey NanoSystems : ici.

3J.-M Courty, E. Kierlik, « Du noir presque parfait », Pour la Science, n°500, juin 2019, pp. 88-90.

4Vantablack est disponible en deux versions, soit directement applicable sur des surfaces à l'aide d’une technologie de dépôt sous vide ou, dans le cas de Vantablack S-VIS, par vaporisation puis post-traitement. Voir réf. 2.

5S. Semple « The blackest black paint in the world ! Black 3.0 ». Article consultable ici.

 

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