Les tatouages : méfiance avec les couleurs !

Envie de vous faire tatouer avec de jolis motifs colorés (Fig. 1) ? Si ce n’est déjà fait… Alors lisez ces lignes qui vous révèleront l’origine des matières colorantes. Sont-elles sans danger ? Rien n’est moins sûr…

Fig. 1. Exemple de tatouage multicolore réalisé d’après un dessin de Tony Ciavarro. Crédit : Lo/Wikimedia commons

Un peu d’histoire

À quand remontent les premiers tatouages ?1,2 Nul ne peut le dire car seule une momification artificielle ou naturelle permet de conserver des traces de marques indélébiles sur la peau. Des momies égyptiennes tatouées, dont certaines datent de plus de 3000 ans avant notre ère, ont été retrouvées. Bien d’autres, plus ou moins anciennes, ont été découvertes en Asie centrale, au Pérou, aux Philippines, etc. Par ailleurs, une momification naturelle résulte de la conservation du corps dans des glaces. C’est ainsi que la momie des glaces Otzi défraya la chronique lorsqu’elle se révéla au monde en 1991 après avoir passé 5 300 ans dans un glacier alpin. Son corps portait une cinquantaine de marques.

À partir du XVIsiècle, nombreux furent les témoignages des grands voyageurs sur diverses pratiques de tatouage revêtant un caractère rituel, religieux, symbolique ou esthétique. En occident, le tatouage disparut jusqu’au XVIIIsiècle en raison de sa connotation péjorative dans la culture européenne et sa condamnation par le judaïsme et le christianisme. Il revint au XIXsiècle tout en gardant une fâcheuse réputation, d’autant que les esclaves, les prisonniers et les déportés portaient des marques par tatouage. Ce qui n’empêcha pas des hommes illustres de se faire tatouer : le tsar Nicolas II, Staline, Franklin Roosevelt, Winston Churchill et bien d’autres.

De nos jours, le tatouage fait l’objet d’un engouement croissant, surtout chez les jeunes.

Comment sont réalisés les tatouages multicolores ?

La technique consiste à introduire des encres colorées entre le derme et l’épiderme. Les professionnels du tatouage utilisent en général un dermographe (Fig. 2), appareil électrique constitué d’une barre animée d’un déplacement rapide de bas en haut et munie de fines aiguilles délivrant des encres colorées. De jolis dégradés sont effectués en réglant la quantité d’encre et sa concentration en matière colorante.

Fig. 2. Réalisation d’un tatouage à l’aide d’un dermographe. Crédit : Thor/Wikimedia commons.

Quels sont les risques ?

Tout d’abord, il y a un risque d’infection bactérienne et de contamination par voie sanguine (sida, hépatite) car les aiguilles pénètrent sous l’épiderme. Il va donc de soi que des règles d’hygiène très strictes doivent être respectées. Un tatoueur professionnel doit avoir suivi une formation obligatoire aux règles d’hygiène et de salubrité auprès d’un organisme habilité.

Autre risque : la toxicité de certaines matières colorantes que les encres contiennent.Un rapport datant de 2016 affirme que celles qui sont utilisées pour le tatouage ne sont pas conçues pour cette application.Elles sont en fait couramment employées pour teindre les tissus ou colorer les plastiques, voire même pour peindre les voitures ! Or, certains pigments sont toxiques en raison des métaux lourds (chrome, nickel, etc.) qu’ils contiennent. D’autres sont cancérogènes (hydrocarbures aromatiques polycycliques, amines aromatiques, formaldéhyde). De nombreuses encres contiennent également de la benzoisothiazolinone, un antiseptique provoquant des allergies cutanées. Quant au dioxyde de titane servant de base pour certaines couleurs, il se présente sous forme de nanoparticules qui sont connues pour migrer vers les ganglions lymphatiques avec des risques d’inflammation chronique, voire de cancer.

La pléthore d’encres colorées disponibles sur le marché pour les tatouages (plus de 200) contraste avec la petite quinzaine de pigments présents dans les formulations cosmétiques1. La raison en est simple. La mise sur le marché des produits cosmétiques est soumise à une réglementation stricte afin de respecter les contraintes imposées par l’impérative innocuité. Il n’en est pas de même des encres colorées du tatouage qui, elles, ne sont pas réglementées. C’est pourquoi, conscientes des risques, les instances européennes prévoient de limiter les substances employées pour le tatouage ainsi que pour le maquillage permanent. Elles préconisent une standardisation des études toxicologiques sur les mélanges destinés à l’injection dans et sous le derme. En attendant la publication de directives, la plus grande prudence s’impose.

Que faire en cas de regret ?

Les tatouages sont en principe indélébiles, mais si vous avez des regrets, sachez qu’un détatouage est possible par un traitement au laser. La technique consiste à focaliser une impulsion laser très intense et ultracourte (quelques milliardièmes de seconde) en un point précis de la peau de façon à provoquer un claquage4. Les gouttes d’encre dans la peau sont ainsi fragmentées en gouttelettes qui peuvent être résorbées par l’organisme lorsque la taille critique de 5 à 10 micromètres est atteinte. Le choix du laser dépend de la couleur de l’encre que l’on veut effacer car cette dernière doit évidemment absorber la lumière à la longueur d’onde du faisceau laser. Des questions se posent alors quant aux produits de dégradation : quels sont-ils, que deviennent-ils, comment sont-ils excrétés ?

Bref, il vaut mieux y réfléchir à deux fois avant de se faire tatouer. « La méfiance est mère de la sûreté », disait Jean de La Fontaine.

Références et notes

1B. Valeur, Une belle histoire de la lumière et des couleurs, Flammarion (2016), pp. 202-203.

2R. A. Jacquesy, C. Monneret,« Être et paraître : la grande folie du tatouage. Art, science… et chimie », L’actualité chimique, n° 424, décembre 2017, pp. 9-12 (téléchargeable ici)

3S. Everts, « What chemicals are in your tattoo ? » Chem. Eng. News, 2016, vol. 94, pp. 24-26 (consultable ici).

4Le claquage résulte de la production par le laser d’un champ électrique local élevé (effet électromécanique). Voir : S. Mordon, C. Boccara, « Applications médicales du laser », dans Le laser, N. Trepset et F. Bretenaker (coord.), EDP sciences (2010), chap. 7.

 


2 commentaires pour “Les tatouages : méfiance avec les couleurs !”

    • Bernard Valeur Répondre | Permalink

      Le site "Officiel Prévention - Santé et sécurité travail " que vous mentionnez, décrit effectivement les risques encourus par les travailleurs exposés en permanence à des colorants et pigments. Il va de soi que tous les professionnels du tatouage connaissent ce rapport et le consultent pour vérifier l’innocuité des encres… Et lorsque la composition de l’encre n’est pas précisée car nombre d'industriels refusent de la révéler (voir la référence 2 du billet), ils écartent ce type d’encre, bien évidemment... Alors, pourquoi les instances européennes prévoient-elles de limiter les substances employées pour le tatouage et de standardiser les études toxicologiques sur les mélanges destinés à l’injection dans et sous le derme ?

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