L’iris des yeux : de la séduction à la biométrie

« Seuls les yeux ne vieillissent jamais, l'âge passe et ne touche pas le regard », dit le poète marocain Tahar Ben Jelloun. En effet, les couleurs et la texture de l’iris d’un adulte n’évoluent quasiment pas au cours du temps et sont spécifiques de chaque individu (Fig. 1). D’où l’idée d’utiliser l’iris pour l’authentification biométrique, en un clin d’œil, avec une fiabilité nettement supérieure à celle des empreintes digitales. Certains smartphones se déverrouillent en scannant l’iris de leur propriétaire.

Fig. 1. Exemple d’iris. Les subtiles nuances de couleur et de texture sont propres à chaque individu. Crédit : Laitr Keiows/Wikimedia commons

D’où viennent les couleurs de l’iris des yeux ?

« T’as d’beaux yeux tu sais » disait Jean Gabin à Michèle Morgan dans cette mémorable scène du film Quai des brumes. Les yeux séduisent par la couleur et la texture de leur iris. Bruns, bleus, verts, tels sont les trois grands types de couleurs qui se déclinent en de nombreuses et subtiles nuances : noisette, vert émeraude, gris-vert, gris-bleu, bleu glacier, etc.

La couleur de l’iris est conditionnée par une combinaison complexe de gènes qui détermine la présence ou non d’un pigment, l’eumélanine, ainsi que sa quantité et sa répartition. Ce pigment (un des deux types de mélanine) existe sous diverses formes dont les couleurs vont du brun au noir.1

Dans le cas des yeux bleus, l’iris est dépourvu d’eumélanine et la couleur provient exclusivement de la diffusion de la lumière par sa structure fibreuse (une origine analogue à celle du bleu du ciel). L’absence d’eumélanine est due à une mutation génétique qui serait intervenue il y a environ 7 000 ans. Nombre de bébés naissent avec les yeux bleus, puis souvent la couleur change lorsque la synthèse d’eumélanine s’amorce. Elle deviendra définitive au bout de six mois. Par la suite, les couleurs de l’iris et sa texture varieront à peine au cours de la vie.

Quant aux yeux verts, ils doivent leur couleur à une superposition de la couleur bleue structurale et de la couleur pigmentaire marron très clair due à une faible concentration en eumélanine.

L’authentification biométrique par l’iris

La stabilité de l’iris dans le temps a fait germer au début du XXesiècle l'idée d'identifier les personnes par leur iris, mais la technologie par scanner ne verra le jour que dans les années 1990.

C’est seulement la texture de l’iris qui est analysée, et non pas ses couleurs. De fait, les scanners n’opèrent pas dans le domaine visible mais dans l’infrarouge (Fig. 2).

Fig. 2. Cartographie infrarouge d’un iris. La texture est représentée ici en fausses couleurs. Crédit : National Institute of Standards and Technology/Wikimedia commons

La biométrie par l’iris est une méthode d’identification bien plus fiable que celle des empreintes digitales car celles-ci peuvent être facilement copiées. Elle fait l’objet de nombreuses recherches pour améliorer la fiabilité en affinant les algorithmes. Les objectifs : contrôle d’identité, contrôle des frontières, déverrouillage de sécurité (le premier smartphone possédant un scanner d'irisest apparu sur le marché asiatique en 2015).

Un cas singulier : les yeux vairons

Avoir les iris des yeux de couleur différente (Fig. 3), c’est rarissime… et séduisant, non ? On parle d’yeux vairons, mais le terme médical est hétérochromie. En général, cette anomalie est héréditaire et n’a aucune incidence sur l’acuité visuelle, ni sur la santé en général. Les yeux vairons ne sont pas propres à l’être humain : chats et chiens en sont également porteurs.

Fig. 3. Hétérochromie complète d’un jeune chinois. Crédit : Shuzhi Yang et al./Wikimedia commons

L’hétérochromie peut également survenir à la suite d’une maladie (glaucome par exemple), d’une inflammation, ou de la présence d’un corps étranger. Une consultation médicale s’impose alors.

Terminons par le regard intrigant de David Bowie : l’un de ses yeux était bleu et l’autre paraissait marron du fait de la dilatation permanente de la pupille. C’est à la suite d’un choc, lors d’une bagarre dans sa jeunesse, que la pupille s’est définitivement dilatée. On ne doit pas parler dans ce cas d’hétérochromie mais d’anisocorie, terme consacré à la différence de taille entre les deux pupilles.

Références et notes

1L’eumélanine et l’autre type de mélanine, la phéomélanine, sont présentes dans la peau et les cheveux. Voir le billet du 26.10.2018.

2L. Ortega « Comment fonctionne un scanner d’iris », article consultable ici.

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