Pourquoi la couleur de la peau humaine présente-t-elle une si grande diversité ?

Ne parlez surtout pas de race blanche, race noire, et autres races pour les êtres humains ! Nous avons tous la même origine,1 seuls quelques-uns de nos gènes diffèrent, en particulier ceux qui régissent la couleur de la peau via la synthèse de pigments : les mélanines, produites dans l’épiderme par des cellules appelées mélanocytes. Cette classe de pigment comporte deux types : l’eumélanine et la phéomélanine. Chaque type existe sous diverses formes offrant des teintes du brun au noir pour l’eumélanine, et du brun-rouge à l’orangé pour la phéomélanine. Des facteurs génétiques et l’exposition au soleil conditionnent la quantité de pigments et leurs proportions relatives.2 En outre, si la peau est ornée de jolies taches de rousseur au doux nom d’éphélides, sachez qu’elles sont dues à des concentrations locales élevées en phéomélanine. À noter également que l’apparence rosée des peaux claires provient de l’hémoglobine contenue dans les petits vaisseaux sanguins au voisinage de la surface de la peau.

Les proportions variables de pigments du type mélanine sont à l’origine de la diversité des couleurs de la peau. Crédit : Jacob Lund /Shutterstock

Pour expliquer l’origine de la grande diversité des couleurs de peau, il faut remonter à l’aube de l’humanité en se posant la question : la peau de nos ancêtres était-elle claire ou foncée ? Des forums discutent encore de cette question alors qu’elle ne devrait plus faire débat puisque les anthropologues ont depuis longtemps apporté la réponse.1 Il y a environ 3,5 millions d’années, les australopithèques, dont Lucy et Little foot sont les illustres représentants, avaient la peau claire et recouverte de poils, comme les chimpanzés actuels. Ces premiers hominidés vivaient en effet dans les forêts africaines et donc dans des lieux ombragés. À la suite des changements climatiques de l’Afrique, responsables de la transformation d’une bonne partie des forêts en savane, la pilosité du corps des hominidés a fortement diminué, et la peau claire, exposée au soleil, s’est mise à produire des pigments du type mélanine servant de filtre solaire et conférant une couleur brune. C’est pourquoi l’Homo erectus, il y a 1,5 million d’années, avait la peau foncée. Au cours de sa migration hors d’Afrique vers les contrées septentrionales1 où la lumière solaire est moins intense, sa peau s’est à nouveau éclaircie par le jeu de mutations génétiques2. Sous l’action du rayonnement solaire sur une peau claire, la synthèse de vitamine D est plus efficace. Or cette vitamine prévient du rachitisme et a conféré aux hommes un atout supplémentaire lors de la sélection naturelle.

En fait, l’éclaircissement de la peau ne serait pas simplement lié aux migrations des populations. En effet, une étude génomique3, publiée en novembre 2017 par une équipe internationale, sur les populations africaines révèle qu’une grande partie des mutations associées aux couleurs de peau se seraient produites en Afrique même, il y a un million d’années, c’est-à-dire avant l’émergence d’Homo sapiens (environ 300 000 ans). Les gènes se seraient ensuite répandus en Europe et en Asie, et les mutations auraient été conservées ou non selon les régions. Un élargissement de l’étude à des populations non africaines apporterait de précieuses informations complémentaires. Affaire à suivre donc.

Références

1E. Heyer (Dir.), Une belle histoire de l’homme, Flammarion (2015).

2B. Valeur, Une belle histoire de la lumière et des couleurs, Flammarion (2016), pp. 168-9.

3N. Guillon, « La véritable histoire des couleurs de la peau », Pour la Science, Nov. 2017 [Article original : N. G. Crawford et al., « Loci associated with skin pigmentation identified in African populations », Science, 358(6365), Nov. 2017 (téléchargeable ici)].

 

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