Voir rouge tous les jours… améliore la vue

Si la colère fait « voir rouge », l’exposition à une vraie lumière rouge limiterait l’inéluctable déclin de la vue avec l’âge, à condition qu’elle dure quelques minutes chaque jour pendant deux semaines. Telle est la conclusion de l’étude pilote menée par Glenn Jeffery et ses collègues, de l’Institut d’ophtalmologie de Londres (University College), publiée le 20 juin 2020.1 La raison avancée : l’action de la lumière rouge sur les mitochondries, centrales énergétiques des cellules, dont les photorécepteurs de la rétine (cônes et bâtonnets)2 sont abondamment pourvus.

Fig. 1. L’exposition quotidienne de quelques minutes à une lumière rouge, comme celle émise par cette petite torche à LED munie d’un diffuseur de lumière, permettrait de limiter le déclin de la vue chez les personnes de plus de 40 ans. Crédit : Glen Jeffery (avec son aimable autorisation).

Des bienfaits déjà observés avec la lumière rouge

Glenn Jeffery et ses collègues avait précédemment décrit plusieurs effets bénéfiques de la lumière rouge. En 2015, son équipe avait montré que l’exposition des mouches drosophiles à la lumière rouge (670 nm) augmente leur mobilité et leur durée de vie.3 Puis en 2017, ils avaient prouvé que l’exposition de souris à cette lumière rouge, d'une durée de 15 min chaque jour pendant un mois, améliorait leur fonction rétinienne d’environ 25 %.4 Il était donc naturel d’aborder ensuite les effets sur l’homme. Avant de les décrire, voyons comment la lumière rouge agit sur les mitochondries.

La lumière rouge stimule les mitochondries

Les mitochondries, petits organites cellulaires, sont le siège de la respiration :  en présence de dioxygène, elles dégradent des composés organiques (métabolites), comme le glucose. Cette dégradation produit non seulement du dioxyde de carbone et de l’eau, mais aussi de l’énergie sous forme d’adénosine triphosphate (ATP), principale source d’énergie pour l’accomplissement des fonctions cellulaires (métabolisme, biosynthèse, transport actif à travers les membranes, contraction musculaire, etc.).

Les mitochondries interviennent en particulier dans le rythme du vieillissement car leur production d’ATP décroît avec l’âge. Or, la densité de mitochondries est élevée dans les photorécepteurs de la rétine car la demande énergétique de ces derniers est forte. C’est pourquoi, du fait de la réduction de la production d’ATP, la sensibilité rétinienne et l’aptitude à distinguer les couleurs décroissent avec l’âge ; le déclin s’accélère à partir de 40 ans.

Comment ralentir ce déclin ? En se fondant sur une observation cruciale : l’illumination des mitochondries par une lumière dont la longueur d’onde se situe dans le rouge ou le proche infrarouge (650-1000 nm) améliore l’efficacité de la production d’ATP. C’est en effet dans ce domaine qu’absorbe l’enzyme cytochrome c oxydase impliquée dans la chaîne respiratoire mitochondriale.5 Cet effet de la lumière, appelé photobiomodulation, a été observé dans d’autres situations. On ne sait pas précisément quels éléments des mitochondries absorbent dans le rouge et l’infrarouge, ni quelles sont leur dynamique et leurs interactions en aval. Il est cependant bien établi que cette absorption de lumière a des impacts différents aux divers moments de la journée.

Des essais prometteurs : vers une nouvelle photothérapie

L’équipe de Glenn Jeffery a recruté 24 personnes, âgées de 28 à 72 ans, exemptes de maladie oculaire, pour participer à des tests.1 On leur a donné une petite lampe torche équipée de 10 LED émettant dans le rouge (670 nm), montées derrière un diffuseur de lumière encastré dans un tube de 4 cm de diamètre (Fig. 1). Chez elles, ces personnes étaient invitées à exposer l’un de leurs yeux au faisceau de la torche pendant trois minutes tous les matins pendant deux semaines. Ensuite, pour tester leur vision, on leur a demandé, d’une part, de distinguer des lettres colorées faiblement contrastées (sensibilité aux contrastes de couleurs)6, et d’autre part, de détecter de faibles signaux lumineux dans l’obscurité (vision scotopique). Le premier test a pour but d’évaluer les performances des cônes (responsables de la vision des couleurs), et le deuxième, celles des bâtonnets (opérant à faible luminosité).2 Il s’avère que chez les sujets âgés de 40 ans et plus, la sensibilité aux contrastes de couleurs a augmenté d’environ 20 %. De plus, leur capacité à percevoir un signal lumineux de faible intensité s’est également améliorée de façon significative mais moins spectaculaire. En revanche, chez les personnes âgées de moins de 40 ans, de telles améliorations n’ont pas été observées.1

Pour valider ces résultats très prometteurs, une étude devra être menée en double-aveugle impliquant un nombre plus élevé de sujets et avec un suivi sur une durée plus longue. Puis, si validation par les autorités de santé, une nouvelle méthode de photothérapie par la lumière rouge pourra aisément être mise en œuvre par toute personne âgée de plus de 40 ans. Une simple torche à LED rouges (une dizaine d’euros) suffira (Fig. 1). Une prescription et une surveillance médicale seront cependant toujours requises. Ne vous avisez pas de vous éclairer les yeux avec des LED rouges de votre choix, et encore moins avec un pointeur laser rouge, évidemment !

Remerciements à Jean-Marc Frigerio pour sa suggestion du thème de ce billet.

Références et notes

1H. Shinhmar et al., « Optically improved mitochondrial function redeems aged human visual decline », The Journals of Gerontology: Series A, glaa155, 2020. Article consultable ici.

2Voir le billet du 12.10.2018 : Pourquoi la perception des couleurs n’est-elle pas parfaitement identique pour chacun de nous ?

3R. Bedum et al., « Near-infrared light increases ATP, extends lifespan and improves mobility in aged Drosophila melanogaster », Biology letters, vol. 11(3):20150073, 2015. Article consultable ici.

4C. Sivapathasuntharama et al., « Aging retinal function is improved by near infrared light (670 nm) that is associated with corrected mitochondrial decline », Neurobiology of Aging, vol. 52, pp.66-70, 2017. Article consultable ici.

5Il a été prouvé qu’une brève illumination (60-90 s) répétée chaque jour pendant environ une semaine augmente le potentiel membranaire mitochondrial, diminue sensiblement l’inflammation et réduit la production de macrophages (I. Kokkinopoulos et al., « Age-related inflammation is reduced by 670 nm light via increased mitochondrial membrane potential », Neurobiology of Aging, vol. 34, pp.602–609, 2013 – R. Begum et al., « Treatment with 670 nm up regulates cytochrome c oxidase expression and reduces inflammation in an age-related macular degeneration model » PLoS ONE 8, e57828, 2013).

6La sensibilité au contraste de couleurs a été testée par le logiciel ChromaTest. Voir : R. Wong et al. « The ChromaTest, a digital color contrast sensitivity analyzer, for diabetic maculopathy: a pilot study », BMC Ophthalmology, vol. 8(15) 2008 doi:10.1186/1471-2415-8-15. Article consultable ici.


Un commentaire pour “Voir rouge tous les jours… améliore la vue”

  1. salah bela Répondre | Permalink

    Bonjour,
    Merci pour l'information
    Mais selon le point de vue de chacun (positif ou négatif)

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