Joyeusetés freudiennes

22.12.2018 | par Nicolas Gauvrit | pseudo-science

Le dernier livre de René Pommier, savoureusement cocasse

 

Dans Joyeusetés freudiennes, René Pommier décortique trois des textes les plus loufoques du père de la psychanalyse.

 

Les théories de Freud ont encore des adeptes. Certes de moins en moins nombreux. Certes, réinterprétant les paroles du maître pour en faire quelque chose de présentable aujourd’hui. Ainsi par exemple, l’idée de complexe d’Œdipe, qui renvoie originellement à la thèse selon laquelle tous les enfants garçons sans exception désirent avoir des rapports sexuels avec leur mère et assassiner leur père, fut lentement dévoyée en une version soft, elle bien étayée et tout à fait acceptable. Aujourd’hui en effet, comme le fait remarquer Jacques Van Rillaer (lire), l’expression est surtout utilisée pour signaler que les petits garçons ont généralement une préférence pour leur mère par rapport à leur père… une version amplement édulcorée et absolument pas spécifique à la psychanalyse.

De mensonges freudiens au crépuscule d’une idole en passant par les illusions de la psychanalyse (voir aussi ceci ou cela), bien des ouvrages ont détaillé avec rigueur ce qui, dans la théorie freudienne, est incohérent, contraire aux données disponibles ou simplement pseudo-scientifique parce qu’irréfutable.

René Pommier, qui n’est ni psychologue ni historien mais ancien professeur de français, devait-il écrire un nouveau livre sur les thèses freudiennes ? On répond « oui ! » sans hésitation tant la lecture de son nouveau livre est revigorante. Joyeusetés freudiennes apporte quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs : une raillerie rafraichissante et l'occasion à chaque page de se dégourdir les zygomatiques. Pommier est un polémiste et ne s’en cache pas. Dans ce livre, il décortique trois textes de Freud d’une manière légère, irrespectueuse et tout à fait jouissive, même si l’analyse psychologique reste parfois frivole. Si Sebastian Dieguez a raison de penser que la moquerie est une stratégie efficace face au bullshit, alors ce nouveau livre tombe à pic.

Le lecteur découvrira ainsi par exemple comment Freud analysa le cas de Dora. Cette adolescente asthmatique a subi des agressions sexuelles de la part du mari de la maîtresse de son père, qui l’embrassa de force. Elle en éprouva du dégoût. Il n’en faut pas tellement plus à Freud pour affirmer de manière « indubitable » qu’elle est hystérique, amoureuse de son père, de la maîtresse de celui-ci et du mari de cette dernière, qu’elle refoule un désir secret de fellation dont elle aimerait gratifier son père et son agresseur, qu’elle a dû, bien qu’elle s’en défende, se masturber très jeune… et qu’elle est tombée amoureuse de Freud lui-même (comme elle le prouve en arrêtant la cure, qu’elle trouve pour le moins loufoque…)

L’occasion rêvée de se payer une bonne tranche de rigolade pour les fêtes de fin d’année !

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