Le flegme troublant du riz thaï

05.10.2014 par Nicolas Gauvrit, dans pseudo-science

Malgré des insultes quotidiennes, plusieurs bocaux de riz refusent de pourrir plus vite que la moyenne.

Une paire de bocaux de l'expérience. Photo Alexandra Meert.

Une paire de bocaux de notre expérience.Photo Alexandra Meert.

Merci à Ambre, Arcan, Victor et Mathurin Gauvrit, ainsi que Véronique Delille, Stanislas Francfort, Olivier Caelen et Alexandra Meert pour leur précieuse collaboration. 

Masaru Emoto est un auteur japonais né en 1943. Il a fait parler de lui ces dernières années par une série d’expériences conçues pour prouver l’influence des émotions sur la matière. Dans la plus célèbre, il prétend montrer que les cristaux microscopiques de glace qui se forment dans une ambiance de haine ou d’indifférence sont moins jolis que ceux qui se forment dans une ambiance d’amour — ambiance obtenue en faisant des prières pour l’eau ou en lui faisant ouïr une gracieuse mélodie — ; mais c’est d’une autre expérience que nous allons parler aujourd’hui : celle du riz.

Emoto prétend que du riz cuit et enfermé dans un bocal pourrit plus vite si on lui envoie des messages de haine (en l’insultant, par exemple) que si on lui envoie des message positifs. L’expérience de Emoto est la suivante : Deux bocaux — en réalité, il y avait 3 bocaux, mais on se cantonne ici à une version simple — contenant du riz sont préparés. L’un porte des inscriptions positives ("merci"), l’autre des inscriptions négatives ("méchant"). Deux fois par jour pendant plusieurs mois, des écoliers ont pour consigne d’envoyer des pensées négatives ou positives, en fonction de ce qui est écrit sur le bocal. Plus de détails sur cette expérience sont relatés [en anglais] sur ce blog qui prétend avoir reproduit l’expérience avec succès.

Beaucoup d'internautes ont depuis publié des réplications "maison" de l’expérience. Par exemple, Dayna Martin retrouve le même effet que Emoto. Dans la blogosphère francophone, on retrouve également de nombreuses "expériences" apparemment très concluantes. A l’inverse, Carry Poppy n’arrive pas à retrouver ces résultats fantastiques. Un internaute francophone aboutit également à un résultat inverse de celui prévu par Emoto. Etonnant, non ?

Seulement voilà : aucune de ces nombreuses expériences ne serait recevable par une revue scientifique. Voici pourquoi :

  1. Chaque expérimentateur semble ne tenter l’expérience que sur un jeu de 2 à 4 bocaux… c’est un peu juste pour en tirer une conclusion statistique valide.
  2. La répartition des bocaux entre "positif" et "négatif" n’est pas tirée au hasard. De ce fait il se pourrait que les expérimentateurs aient tendance à choisir d’attribuer l’étiquette positive au bocal qui a le moins de chance de pourrir. Si le riz est trop sec ou au contraire complètement sous l’eau du robinet, il ne pourrira pas. En revanche, s’il est humide mais pas immergé, il pourrira facilement.
  3. Il n’y a pas de procédure en aveugle : la personne qui place les bocaux sait lequel est positif, lequel est négatif. Du coup, elle pourrait avoir tendance à placer plus ou soleil, par exemple, le pot négatif, ce qui fera apparaître la pourriture plus rapidement.
  4. La durée de l’expérience n’est pas fixée à l’avance. Du coup, il est probable qu’on arrêtera l’expérience à un moment où elle confirme ce qu’on attend. Par exemple si on croit à la thèse de Emoto et si le riz "positif" pourrit d’abord, on attendra en se disant "peut-être que ça ne prouve rien pour l’instant", et si la tendance s’inverse par la suite on pensera avoir finalement confirmé la thèse de Emoto.
  5. Il n’y a aucune procédure pour déterminer quel est le pot le plus pourri à la fin de l’expérience. C’est évidemment problématique, car chacun sera tenté de voir ce qu’il a envie de voir dans le cas où les deux bocaux de riz sont dans le même état approximatif à la fin de l'expérience.

Pour surmonter tous ces défauts méthodologiques, nous avons réalisé une expérience "à la Emoto", mais avec un protocole bien établi au départ, en aveugle, sur un échantillon de 44 bocaux (22 paires). Sauf erreur de notre part, c’est la première expérience en aveugle qui teste la théorie de Emoto. La méthode est détaillée ci-dessous :

 

Préparation

L’expérience fait intervenir deux personnes : l’expérimentateur E et l’acolyte A. Plusieurs paires de bocaux contenant du riz cuit sont préparées par E. Pour chaque paire, E tire au hasard au moyen d’une pièce par exemple, lequel des deux pots portera une étiquette "gentil" et lequel portera une étiquette "méchant". Cette étiquette est placée sous chaque bocal ou recouverte d’un cache, pour ne pas être visible de E.

Déroulement

Chaque jour pendant 14 jours, E apporte sur un plateau les bocaux à A. A découvre les étiquettes "gentil" ou "méchant" de chaque bocal. Il envoie des émotions positives et aimables au riz "gentil", insulte ou se moque du riz "méchant" pendant plus d'une minute. Il replace ensuite les bocaux sur le plateau de sorte que les étiquettes ne soient pas visibles. E est alors autorisé à revenir dans la pièce. Il modifie l'agencement des bocaux sur le plateau.

Fin

A la fin des 14 jours, A range les bocaux par paires, hors de la vue de E. E doit ensuite ouvrir les bocaux (sans savoir lequel est gentil et lequel est méchant). Il peut regarder le riz, le sentir, et doit choisir pour chaque paire celle qui lui semble la plus pourrie. Quand c’est fait, A regarde l’étiquette et note si le bocal le plus pourri est "gentil" ou "méchant".

 

Résultats ? Sur les 22 paires étudiées, seule 7 confirmaient l’hypothèse de Emoto. Pour les 15 autres, c’est le bocal "gentil" qui était le plus pourri ! Est-ce que cela prouve que le riz utilisé avait des tendances masochistes ? Pas du tout, car un test statistique (test binomial exact) montre que ce résultat est parfaitement conforme à ce qu’on peut attendre d’un tirage aléatoire. Autrement dit, aucun élément, après cette expérience, ne permet de dire que la pensée positive (ou négative) ait le moindre effet sur le riz.

Il semblerait bien que le riz Thaï bouilli et les colonies de bactéries qui l’assaillent ne parlent pas le français, à moins qu’ils se fichent pas mal de nos sentiments à leur égard…


16 commentaires pour “Le flegme troublant du riz thaï”

  1. Miranda Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Votre post est très intéressant, clair et argumenté. J'avais vu relayer les expériences d'Emoto sur les réseaux sociaux, et j'avoue que je le voyais apriori comme une étude bidon comme tant d'autres partagées sur les réseaux sociaux. C'est un effort louable d'avoir pris le temps d'analyser les défauts méthodologiques et encore de faire vous même les expériences.
    Par ailleurs, je n'ai que quelques notions en statistique et j'ai donc quelques questions,
    - Pourquoi utiliser le test binomial exact ?
    - Aurait-il d'autres test pertinents ? Si oui, la conclusion serait toujours que les résultats des expériences correspondent à un tirage aléatoire ?

    Bien cordialement,
    J. Miranda

    • Nicolas Gauvrit Répondre | Permalink

      Bonjour et merci pour votre commentaire,
      Le test binomial s'imposait ici parce que l'échantillon est assez petit (22 paires) et qu'il vaut donc mieux éviter des tests fondés sur des approximations valables uniquement avec de gros échantillons. Dans notre cas, je ne vois pas d'autre test qui pourrait convenir.
      Bien cordialement,

  2. David Répondre | Permalink

    C'est le titre de votre article qui m'a encouragé à le lire. C'est curieux, drôle et très bien expliqué. Une fois de plus vous vulgarisez parfaitement l'expérience permettant ainsi à tous de comprendre.

  3. Gael Répondre | Permalink

    Bonjour,
    Merci pour l'article, je crois que je vais tenter le coup. Quand vous dites que le résultat est parfaitement conforme au hasard, vous avez dû choisir un seuil de probabilité en dessous du quel on n'est plus conforme au hasard, qui, sauf erreur, correspond au risque de rejeter l'hypothèse Emoto à tord. Est-ce 1%, 5% ?
    Cordialement

    • Nicolas Gauvrit Répondre | Permalink

      Bonjour,
      Oui, nous avons pris un seuil de 5%.
      Tenez-moi au courant des résultats si vous faites l'expérience et si vous le voulez bien 🙂

  4. Joaquim Perez Répondre | Permalink

    Bonjour,

    J'ai tenté l'expérience sur 10 pots de riz et 2 plantes vertes. Je n'ai par contre pas envoyé de pensées positives ou négatives, j'ai simplement placé des étiquettes avec des mots positifs ou négatifs. Je voulais juste mettre en évidence que les mots sont porteurs de vibrations. Les pots étaient similaires et tous exposés au même endroits. Je ne les ai pas stérilisés. J'ai eu 100 % de réussites. Chaque pot de riz avec des mots négatifs ont pourris très rapidement et avec une pourriture noires et puante. Les autres pots n'ont pas ou presque pas pourris et dégageaient une odeur douce. Quant aux plante vertes, il y en a une qui était sur le point de mourrir, j'ai très vite changé d'étiquette pour la sauver, j'ai culpabilisé... ;-). Cependant je suis conscient que le nombre de pots utilisés ne suffit pas pour conclure d'un véritable résultat. Je vais renouveler l'expérience avec plus de pots et vous tenir informé. J'ai néanmoins gardé quelque pots pendant presqu'un an. Le riz positif était toujours en bonne état de conservation, sans tâches sombres de moisissure. Simplement quelques légers poils blanc. J'ai aussi sollicité des personnes de mon entourage à tenter l’expérience. Pour beaucoup d'entre eux ce fut un échec, mais en creusant on se rend compte que les personnes pour qui cela n'a pas fonctionné ne sont pas restés neutres quant à leur pensées envers les pots de riz....
    J'en conclue pour le moment que cette expérience serait peut-être comme les expérience de type quantique. L'observateur fait partie de l'expérience. Des personnes peuvent avoir 100% de réussite, d'autre non... Si avec 40 pots je refais 100% de réussite que doit-on en conclure? Que votre expérience ou la mienne ont été malmenées? Je ne pense pas... J'en conclurais simplement que la réalité des uns n'est pas toujours celle des autres. Et que dans beaucoup de cas, l'obervateur fait partis de l'expérience et qu'il agit sur le résultat par le simple fait d'observer.

    • Nicolas Gauvrit Répondre | Permalink

      Bonjour et merci pour ce témoignage,

      L'explication la plus simple, et donc la première à tester, n'est pas un "effet quantique" (à reformuler, car je ne pense pas du tout que la physique quantique prévoit ce genre d'effet!). C'est plutôt que, comme l'expérience n'est pas faite en aveugle, vous intervenez (peut-être inconsciemment) sur les résultats.

      Il faudrait d'abord clarifier votre hypothèse, et faire ensuite un test en aveugle, plutôt que d'utiliser à plus grande échelle une méthodologie discutable. Si vous pensez que c'est le seul fait qu'un mot soit collé au bocal qui joue, dans ce cas il faut qu'une personne prépare 10 pots (par exemple), puis que soient collés de manière aléatoire (en jouant à pile ou face par exemple) des mots sous les bocaux. La personne qui déposera ensuite les pots "dans les mêmes conditions" ne doit pas savoir ce qui est écrit sous les pots. Enfin, la fin de l'expérience doit être fixée avant le début de l'expérience, et la personne qui décide si le riz et "pourri" ou non ne doit pas savoir à quel cas (mots positifs ou négatifs) chaque pot correspond.

      Pour finir, votre formulation "chacun a sa vérité" est mal formulée. S'il était vrai que les croyances de l'observateur influencent la vitesse de pourrissement du riz, ce serait un résultat scientifique valable pour tous, et nous devrions tous accepter que "les croyances de l'observateur influencent la vitesse de pourrissement du riz", qui ne serait donc pas une vérité variable.

      • Joaquim Perez Répondre | Permalink

        Merci également pour votre retour.

        Je n'exclue pas que j'aurais pu agir inconsciemment sur le résultat mais je ne vois pas comment (du moins physiquement)... J'ai pris des pots identiques, je leur ai collé des étiquettes, j'ai incorporé la même quantité du même riz cuit, j'ai fermé chaque pot au maximum que je pouvais et je les ai exposé au même endroit (au dessus de mon frigo). Pour les plantes, à moins d'avoir une double personnalité qui a empoisonné une 2 plantes, je ne vois pas non plus... 😉

        Néanmoins, je pense influencer l'expérience d'une façon immatériel. Je pratique le Qi Gong depuis 4 ans, et cette discipline nous apprend entre autre à prendre conscience de l'énergie vitale (Qi) qui habite notre corps et à la faire circuler. Certains appelle cela le corps énergétique, peu importe...
        La médecine chinoise connait cela depuis 3000 ans, la médecine occidentale (qui est loin d'avoir 3000 ans) l'occulte complétement faute de preuve de son existence (quoique certains scientifiques semblent maintenant mettre en évidence via certains appareil l'enveloppe énergétique qui nous entoure). Je pense aussi que certains guérisseur se serve de leur Qi pour faire disparaitre des maux. Des scientifiques ont mis en évidence un phénomène électromagnétique chez ses personnes là. Jacqueline Bousquet a aussi mis en évidence ces phénomènes électromagnétiques.
        Si je fais l'expérience comme vous me le préconisez, il faut au moins que je sois la personne qui écrit les mot sur les étiquettes sans ça je suis persuadé d'arriver à un échec. J'ai une forte intuition que le porteur du mot joue un rôle essentiel dans l'expérience, et qu'il pose l'empreinte de son Qi sur le mot. Ce qui voudrait dire que le mot n'aurait pas de vibrations propre à lui, mais que ça vibration est dépendante de la personne qui le porte. D'ailleurs un mot ne peut être écrit, parlé, lu ou pensé par une personne, sans ça il n'existe pas. (Mea culpa, je n'avais pas exprimé cela de cette façon dans mon précédent message)

        Je pense que je vais faire l'expérience de la manière que vous me préconisez, mais sur 20 pots je serais porteur du mot, pour les 20 autres je demanderais à une personne tierce de les écrire. Je ne veux pas non plus mettre évidence que je suis supérieur aux autres si ça fonctionne pour moi, loin de là... Mais si ça fonctionne pour moi, peut-être que mon Qi est légèrement plus développé que le moyenne par la pratique du Qi Gong. Jacqueline Bousquet nous a appris que le champ électromagnétique est porteur d'information, et si le Qi est un champ électromagnétique, l'information de haine ou d'amour serait plus ou moins bien transmise selon les personnes (il faut aussi admettre que nous n'avons pas tous le même ressentis ou la même définition de l'amour et de la haine). Et donc l’électromagnétisme agirait sur la matière...

        Bon je ne sais pas si mon raisonnement peut paraitre logique, n'étant pas scientifique du tout... En tout cas c'est un plaisir d'échanger avec vous sur ce sujet. Je vous tiens informé de l'expérience avec 40 pots. Est-ce que pour vous les 40 pots doivent avoir absolument la même forme et contenance? Je ne voudrais pas qu'on me dise de recommencer à cause de ce détail.
        Encore merci.

        • JF Répondre | Permalink

          "J'en conclus pour le moment que cette expérience serait peut-être comme les expérience de type quantique. L'observateur fait partie de l'expérience."

          ---) Oui, je pense que la science va nous apporter pas mal de belles révélations dans le futur. Il se peut que nous n'utilisions pas correctement notre mental, ou que celui-ci est encore en train d'évoluer. Honnêtement, je pense que l'être humain est encore en phase d'évolution.

  5. Alex Répondre | Permalink

    Merci pour cette expérience faite dans des conditions honnêtes et soucieuses.

    Personnellement, je suis en train de l'expérimenter par moi-même dans une mesure largement moins scientifique, mais avec une certaine précision quant aux portions, à leurs conditionnements et la durée d'expositions aux projections de pensées.

    Je suis assez troublé des résultats que je vois.

    Sur les 2 expériences que j'ai mené, les pots "je t'aime" (2 sem.) et "espoir" (1 sem.) ont gardé leurs blancheurs naturelles, sans trace de moisissure. Alors que "je te hais" (2 sem.) et "désespoir" (1 sem.) ont des traces très visible de moisissure. Et j'insiste sur le très visible.

    Ce qui me trouble dans mon expérience, c'est que la moisissure prend son départ à un endroit très précis, celui où je concentre mon regard lorsque je projette mes pensés, juste en-dessous de l'étiquette.

    J'ai l'intention de recommencer l'expérience encore et encore avec d'autres fournées de pots, jusqu'au jour où le pot positif moisira avant le pot négatif. Là seulement je commencerai à douter.

    A vrai dire, j'aimerai bien voir cette expérience réalisée avec une personne plus "spirituelle". Qui ne doute pas du résultat. Car je crois qu'il ne suffit pas d'y mettre de la bonne volonté, mais d'être convaincu que ces énergies existent pour que fonctionne sans échec.

    Bref, c'était juste un modeste témoignage. J'admets que mon expérimentation reste faillible surtout avec le peu d'échantillon. Je vais continuer à jouer avec mon riz 🙂

  6. Simon Jean Pol Répondre | Permalink

    Bonjour

    Merci pour votre expérience.
    Je suis dans le mouvement pour une autre économie ( que la capitaliste) et dans cette mouvance, un grand nombre de personnes jettent le système et la science qui l'accompagne.
    Je pense les scientifiques et les sceptiques apportent des preuves, là où les autres ont la foi.

    Madame, Monsieur, si vous tester l'expérience, faites le au minimum en double aveugle. c'est une des bases de l'expérience scientifiques.

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