De l’efficacité des antidépresseurs et des psychothérapies pour la dépression


Compte-rendu de l'article: "Is psychotherapy for depression any better than a sugar pill?" de James Coyne, 25/06/2013.

Cet article passe en revue minutieusement la question de l'efficacité des traitements pour la dépression, dans un contexte où une méta-analyse a montré il y a quelques années que si l'on prend en compte tous les essais cliniques des antidépresseurs qui ne sont pas publiés par l'industrie pharmaceutique, leur efficacité est plus faible que ce qu'on croyait. Voici les principaux points de l'article de Coyne:

  • Contrairement à la conclusion hâtivement tirée par certains, la méta-analyse de Turner ne montre pas que les antidépresseurs sont inefficaces. Elle montre que la différence d'efficacité des antidépresseurs par rapport à une pilule placebo baisse de 0.41 à 0.31 (-25%) quand on prend en compte les essais non publiés (0 signifiant efficacité égale au placebo). Efficacité faible, mais pas nulle.
  • Pour faire bonne mesure, James Coyne propose dans un nouvel article de faire le même calcul pour les psychothérapies. Il trouve que leur différence d'efficacité par rapport à une pilule placebo est de 0.25, soit du même ordre que celle des antidépresseurs.
  • Toutefois, l'efficacité ainsi estimée des psychothérapies est sans doute surestimée, car contrairement aux essais cliniques des médicaments, il n'existe aucune base de données obligatoire dans laquelle les essais cliniques des psychothérapies seraient enregistrés, qui permettrait de prendre en compte les essais non publiés.
  • Si les effets des antidépresseurs comme des psychothérapies paraissent bien modestes, il faut toutefois considérer le fait que l'effet placebo peut être lui-même assez important dans les essais cliniques, du fait du suivi régulier de qualité de tous les patients, y compris dans le groupe placebo. Autrement dit, l'effet placebo inclut déjà un petit effet de type psychothérapique. Mais cela implique aussi que dans les conditions usuelles d'administration de ces traitements (suivi de faible qualité), l'efficacité réelle est probablement inférieure à celle obtenue dans les essais cliniques. Autrement dit, dans la vie réelle, on pourrait sans doute améliorer significativement l'efficacité des traitements (surtout des antidépresseurs) en effectuant un suivi plus régulier et rigoureux des patients (plutôt que de les renvoyer chez eux avec leur boîte de médicaments et ne plus les revoir pendant 3 mois que pour renouveler l'ordonnance).
  • Dans tous les cas, il n'y a pas de lieu de conclure, ni que les antidépresseurs sont sans efficacité, ni que les psychothérapies sont plus efficaces.

J'ajouterai un commentaire utile dans le contexte français, c'est que les psychothérapies dont on parle ici sont des psychothérapies fondées sur des preuves, en particulier des thérapies cognitives et comportementales. Les autres formes de psychothérapies (et notamment la psychanalyse) n'ont, elles, même pas une efficacité supérieure au placebo.

Références

Cuijpers, P., Turner, E. H., Mohr, D. C., Hofmann, S. G., Andersson, G., Berking, M., & Coyne, J. (2013). Comparison of psychotherapies for adult depression to pill placebo control groups: a meta-analysis. Psychological Medicine, FirstView, 1-11. doi: doi:10.1017/S0033291713000457

Turner, E. H., Matthews, A. M., Linardatos, E., Tell, R. A., & Rosenthal, R. (2008). Selective Publication of Antidepressant Trials and Its Influence on Apparent Efficacy. New England Journal of Medicine, 358(3), 252-260. doi: doi:10.1056/NEJMsa065779

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