Le sexe du cerveau: bibliographie et débats


Le 21 juin 2014, j'ai donné la conférence ci-dessous à TEDx Clermont.

Comme chacun peut le constater, un TEDx talk en 18 minutes maxi ne permet pas de prouver véritablement quoi que ce soit. Au mieux de résumer une argumentation, et pour les données à l'appui de l'argument, on est obligé de faire confiance à l'orateur. Si on veut vraiment évaluer l'argument, il faut vérifier les sources dans le détail. C'est pour cette raison que je fournis ci-dessous une bibliographie complète de tous les résultats mentionnés dans ma conférence. Ensuite, la conférence ayant déclenché un certain nombre de questions et de réactions, je réponds aux plus fréquentes.

Bibliographie commentée

NB: je donne à chaque fois que c'est possible un lien direct vers le texte intégral de l'article, afin de faciliter les vérifications. Lorsque celui-ci n'est pas disponible sur internet, j'invite les personnes qui souhaitent l'obtenir à me le demander par email.

Différences de volume cérébral

Il existe un nombre faramineux d'études qui ont trouvé de telles différences, ce qui n'est pas étonnant puisque n'importe quelle étude qui met un nombre suffisant d'hommes et de femmes dans l'IRM peut le constater (j'ai moi-même de telles données, à la fois sur des adultes et des enfants). Les nombres indiqués sur cette figure sont issus des figures de Lenroot et al. (2007).
Encore mieux, d'après la plus grande méta-analyse disponible (Ruigrok et al. 2014), le volume cérébral des hommes et des femmes diffère de 131 cm3, soit 10.8%. Il s'agit d'une méta-analyse de 31 études portant sur 2500 participants.

Références:

Lenroot, R. K., Gogtay, N., Greenstein, D. K., Wells, E. M., Wallace, G. L., Clasen, L. S., . . . Giedd, J. N. (2007). Sexual dimorphism of brain developmental trajectories during childhood and adolescence. Neuroimage, 36(4), 1065-1073. doi: DOI 10.1016/j.neuroimage.2007.03.053
Ruigrok, A. N. V., Salimi-Khorshidi, G., Lai, M.-C., Baron-Cohen, S., Lombardo, M. V., Tait, R. J., & Suckling, J. (2014). A meta-analysis of sex differences in human brain structure. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 39, 34-50. doi: http://dx.doi.org/10.1016/j.neubiorev.2013.12.004

Corrélation entre volume cérébral et QI

Cette corrélation a initialement été établie avec des mesures indirectes du volume cérébral, notamment le périmètre crânien. Malgré tout la relation était fiable et a été répliquée étude après étude sur des dizaines de milliers de participants. Les études mesurant directement le volume cérébral par IRM sont moins nombreuses. Une méta-analyse de plusieurs dizaines d'études portant sur 1500 sujets a été publiée par McDaniel en 2005, fournissant l'estimation de 0.33.
De manière importante, le graphique montrant cette corrélation à la fois chez les hommes et chez les femmes, dont on peut considérer à juste titre qu'elle porte sur un échantillon faible, n'est pas la source de cette estimation. J'ai choisi de montrer ce graphique (issu de Gur et al. 1999) simplement pour illustrer d'un seul coup d'oeil mon argument. On peut trouver ce graphique plus ou moins convaincant, mais il faut garder à l'esprit que mon argument se fonde sur des données autrement plus nombreuses et fiables (malheureusement la plupart des études ne fournissent pas de tels graphiques).

Comme cet argument n'a visiblement pas été bien compris par tout le monde et conduit parfois aux interprétations les plus folles, je le réexplique maintenant pas à pas..

On a les faits indiscutables suivants:

    1. il y a une différence de volume cérébral en moyenne entre hommes et femmes;
    2. il y a une corrélation entre QI et volume cérébral; la corrélation est 0.33 et correspond donc à 10% de la variabilité;

De ces prémisses 1 et 2, il semble découler logiquement que:

  1. les femmes ont en moyenne un QI inférieur aux hommes.

Mais c'est une erreur de raisonnement! En statistique, les relations entre des variables ne peuvent pas se déduire les unes des autres de cette manière.
La preuve, c'est que pour en avoir le cœur net, il suffit de regarder les résultats des tests de QI, et ceux-ci montrent que les QI des hommes et des femmes ne diffèrent pas en moyenne. Et j'en apporte l'illustration avec le graphique ci-dessus, qui permet de comprendre pourquoi, contrairement à l'intuition, la conclusion 3 ne peut pas se déduire de 1 et 2: le graphique illustre bien à la fois 1 sur l'axe des x, et 2 représenté par les droites de régression montrant la corrélation QI-volume cérébral au sein des hommes, aussi bien qu'au sein des femmes. Malgré tout, quand on reporte tous les points sur l'axe des y, on voit bien que les QI des femmes et des hommes ne diffèrent pas en moyenne.

Comment expliquer un tel phénomène? Rappelons que le lien entre volume cérébral et QI ne représente que 10% de la variabilité. Il n'explique donc pas toute la variabilité du volume cérébral et du QI, loin s'en faut. Ce qui se passe ici, c'est que visiblement la part de variabilité du volume cérébral qui diffère en moyenne entre hommes et femmes, n'est pas la même que la part de 10% de variabilité qui est partagée avec les mesures de QI.

En conclusion, tout l'objet de cette diapo était de montrer que la conclusion 3 est fausse. Qu'on ne me fasse donc pas dire le contraire! C'était aussi de montrer qu'il ne faut pas raisonner à l'envers en prenant ses désirs pour des réalités: ce n'est pas parce que l'on souhaite que 3 soit fausse, qu'il faut pour cela déformer la réalité en niant que 2 soit vraie. Ce n'est ni logique, ni honnête, ni nécessaire.

Pour les gens qui, malgré toutes mes explications, continuent à tirer des conclusions délirantes, je renvoie à mes réponses aux commentaires.

Références:

Gur, R. C., Turetsky, B. I., Matsui, M., Yan, M., Bilker, W., Hughett, P., & Gur, R. E. (1999). Sex differences in brain gray and white matter in healthy young adults: correlations with cognitive performance. J Neurosci, 19(10), 4065-4072.
McDaniel, M. A. (2005). Big-brained people are smarter: A meta-analysis of the relationship between in vivo brain volume and intelligence. Intelligence, 33(4), 337-346. 

De nombreuses régions cérébrales ont des différences de volume entre les sexes

Figure directement issue de la méta-analyse de Ruigrok et al. (2014), portant sur 16 études comprenant 2186 participants.
Pour compléter le tableau avec des études issues de méthodologies différentes, avec des comparaisons à différents âges, on pourra aussi se reporter à la synthèse de Paus (2010).

Références:

Paus, T. (2010). Sex differences in the human brain: A developmental perspective. In I. Savic (Ed.), Progress in brain research: Sex Differences in the Human Brain, Their Underpinnings and Implications (Vol. 186, pp. 13-28): Academic Press.

Ruigrok, A. N. V., Salimi-Khorshidi, G., Lai, M.-C., Baron-Cohen, S., Lombardo, M. V., Tait, R. J., & Suckling, J. (2014). A meta-analysis of sex differences in human brain structure. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 39, 34-50. doi: http://dx.doi.org/10.1016/j.neubiorev.2013.12.004

Des différences existent dans de nombreux domaines cognitifs

Des différences ont été trouvées dans de nombreuses études pour chaque test, dont la liste pourrait remplir ce blog tout entier. Les nombres indiqués dans la figure sont issus des synthèses de Hines (2004), Halpern (2012), Kimura (2003), Mackintosh (2011), Archer (2004), ainsi que des études de Hedges & Nowell (1995) et Baron-Cohen et al. (2003).

Références:

Archer, J. (2004). Sex differences in aggression in real-world settings: A meta-analytic review. Review of General Psychology, 8(4), 291.
Baron-Cohen, S., Richler, J., Bisarya, D., Gurunathan, N., & Wheelwright, S. (2003). The systemizing quotient: an investigation of adults with Asperger syndrome or high-functioning autism, and normal sex differences. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, 358(1430), 361-374.

Halpern, D. F. (2012). Sex differences in cognitive abilities (4th ed.). New York: Psychology Press.

Hedges, L. V., & Nowell, A. (1995). Sex Differences in Mental Test Scores, Variability, and Numbers of High-Scoring Individuals. Science, 269, 41-45.

Hines, M. (2004). Brain gender. Oxford: Oxford University Press.

Kimura, D. (2003). Sex differences in the brain. Scientific American, 287, 32-37.

Mackintosh, N. J. (2011). IQ and human intelligence (2nd ed.). Oxford: Oxford University Press.

Certaines différences peuvent être dues à l'intériorisation de stéréotypes

Le phénomène a été initialement démontré par Spencer, Steele & Quinn (1999), et a été répliqué maintes fois sous diverses formes. Une méta-analyse de 116 études basée sur près de 8000 participants a établi la taille de cet effet à 0.26 écarts-types (pour l'ensemble des stéréotypes testés), et à 0.21 écarts-types plus spécifiquement pour les stéréotypes affectant les femmes (Nguyen & Ryan, 2008).

Références:

Nguyen, H.-H. D., & Ryan, A. M. (2008). Does stereotype threat affect test performance of minorities and women? A meta-analysis of experimental evidence. Journal of Applied Psychology, 93(6), 1314.

Spencer, S. J., Steele, C. M., & Quinn, D. M. (1999). Stereotype Threat and Women's Math Performance. Journal of Experimental Social Psychology, 35(1), 4-28. doi: 10.1006/jesp.1998.1373

Différences d'agressivité homme/femme

Une méta-analyse de plus de 200 études basées sur plus de 150000 personnes a établi la taille de cette différence à environ 0.4 écarts-types (Archer, 2004).

La figure qui est montrée représente simplement deux distributions normales différant de 0.4 écarts-types. Cette figure est destinée à illustrer de la manière la plus lisible possible le fait statistique selon lequel, malgré une différence moyenne modérée, la fréquence des individus dépassant un seuil donné peut être très différente dans les valeurs extrêmes.

Référence:

Archer, J. (2004). Sex differences in aggression in real-world settings: A meta-analytic review. Review of General Psychology, 8(4), 291. 

Préférences visuelles dès la naissance

L'étude en question sur les nouveaux-nés est celle de Connellan et al. (2000). Une autre étude a trouvé des résultats comparables chez des bébés de 12 mois (Lutchmaya & Baron-Cohen 2002).

Références:

Connellan, J., Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Batki, A., & Ahluwalia, J. (2000). Sex differences in human neonatal social perception. Infant Behavior and Development, 23(1), 113-118.

Lutchmaya, S., & Baron-Cohen, S. (2002). Human sex differences in social and non-social looking preferences, at 12 months of age. Infant Behavior and Development, 25(3), 319-325. 

Rotation mentale: des différences même chez le bébé!

Il s'agit des études de Moore & Johnson (2008) sur des bébés de 5 mois, et de Quinn & Liben (2008) chez des bébés de 3-4 mois.

Références:

Moore, D. S., & Johnson, S. P. (2008). Mental Rotation in Human Infants: A Sex Difference. Psychological Science, 19(11), 1063-1066.

Quinn, P. C., & Liben, L. S. (2008). A sex difference in mental rotation in young infants. Psychological Science, 19(11), 1067-1070. 

Origine génétique et hormonale des différences

On peut retrouver ces données et les explications correspondantes dans tous les livres de cours en biologie et en neurosciences, par exemple le livre de référence de Kandel et al. (2013; chapitre 58). La figure que je montre est extraite de Hines (2004).

Références:

Hines, M. (2004). Brain gender. Oxford: Oxford University Press.

Kandel, E. R., Schwartz, J. H., Jessel, T. M., Seigelbaum, S. A., & Hudspeth, A. J. (2013). Principles of neural science (5th ed.). New York: McGraw-Hill.

Commentaires et débats

Je vais progressivement ajouter dans cette partie les principales questions qui ont été posées, les critiques qui ont été formulées à propos de ce TEDx talk, suivies de mes réponses.

Pour commencer, un point de méthodologie. Avant de critiquer, réécoutez bien ce que je dis, ou relisez-moi bien. Je m'efforce d'utiliser un langage le plus précis possible qui ne contient pas d'insinuations, ni de messages cachés, et qui n'est pas sujet à interprétations. Ce que je dis est à comprendre littéralement. On peut critiquer tout ce que je dis, mais à condition que ce soit vraiment ce que je dis, pas ce qu'on imagine que je pense. Donc il faut commencer par citer verbatim ce que l'on conteste. Si jamais vous avez l'impression que je pense quelque chose de différent de ce que je dis, alors commencez par le formuler clairement et me demander par email si c'est vraiment ce que je pense, avant de vous lancer dans l'écriture d'une diatribe publique censée réfuter mes propos! Hors de ces principes de base on ne peut pas avoir de débat rationnel.

Commentaires portant sur le contenu du talk

Pourquoi donc parlez-vous de QI, alors que tout le monde sait que c'est une mesure partielle et partiale de l'intelligence qui n'a aucune validité?

Les tests de QI sont un instrument de mesure de l'intelligence générale. Comme tout instrument de mesure, ils sont imparfaits, ils ont une précision limitée et un certain domaine d'application, mais ils ont néanmoins une bonne fiabilité et une bonne validité. Leur utilité est reconnue par la plupart des psychologues du monde entier. Il faut simplement en connaître les limites, et les utiliser et les interpréter à bon escient. Pour en savoir plus sur l'intelligence générale et le QI, je vous renvoie à mon article de vulgarisation "L'intelligence humaine, dans tous ses états".

Pour approfondir le sujet et tout, absolument tout savoir sur l'intelligence humaine, la source la plus complète et la plus à jour est:
Mackintosh, N. J. (2011). IQ and human intelligence (2nd ed.). Oxford: Oxford University Press.

L'une des études sur laquelle vous vous appuyez a un biais méthodologique évident qui remet complètement en causes ses résultats: Dans les expériences sur les bébés que vous citez, l'enfant est sur les genoux des parents, qui peuvent donc influencer ses réponses.

En préambule, quand vous entendez un compte-rendu vulgarisé d'un résultat scientifique et que vous pensez repérer un biais méthodologique qui pourrait remettre en cause le résultat, dites-vous bien: 1) que vous n'avez pas lu les détails de la méthodologie et donc que le biais que vous imaginez n'est peut-être pas présent; 2) que si ce biais vous a sauté aux yeux, les auteurs de l'étude y ont peut-être pensé avant vous, et les relecteurs de la revue aussi.
En l'espèce, oui le parent (ou parfois l'expérimentateur) est présent dans la pièce avec le bébé, et oui, il pourrait influencer l'orientation de son regard. Pour cette raison, on l'empêche de voir ou d'entendre les mêmes stimuli que le bébé, avec un masque ou une casquette à longue visière qui l'empêche de voir l'écran, et/ou avec des bouchons anti-bruit et par-dessus un casque qui lui diffuse des sons qui masquent les stimuli sonores. Cela fait à peu près 30 ans que c'est la méthodologie standard pour les expériences sur le nourrisson. J'ai moi-même utilisé cette méthode de masquage auditif dans ma thèse de doctorat.

 

Ces études sur les bébés c'est n'importe quoi, tous les bébés sont issus d'une seule maternité, l'effectif est faible, et le tiers des bébés sont exclus de l'analyse des résultats.

Le fait que tous les bébés soient issus d'une même maternité est une conséquence inévitable de la logistique de ce genre de recherches. L'effectif de ces deux études est tout à fait respectable étant donné la taille des effets observés, et tout à fait standard pour la recherche sur le nourrisson. Dans toutes ces recherches, il est inévitable qu'une proportion importante de bébés soient exclus, non pas parce que leurs résultats ne conviennent pas aux chercheurs, mais simplement parce qu'ils ne rentrent pas véritablement dans l'expérience ou l'interrompent trop tôt, parce qu'ils s'endorment, qu'ils remplissent leur couche, qu'ils ont faim ou qu'ils pleurent, sans que cela ait quoi que ce soit à voir avec la nature même des stimuli présentés ou des traitements cognitifs possibles ou pas pour ces enfants. On est obligé d'exclure tous ces bébés simplement parce qu'ils ne fournissent pas de données fiables qui puissent participer à l'analyse. Dans mes expérience sur les nouveau-nés, la proportion d'exclus atteignait 50%, sans pour autant que qui que ce soit ait jamais remis en cause les résultats.

De manière générale, dans toutes les expériences on peut pointer des imperfections (il y en a toujours), mais ce n'est pas suffisant pour invalider les résultats. S'il y avait la moindre hypothèse un tant soi peu plausible permettant de suggérer que la nature des résultats changerait si les bébés exclus étaient réintégrés, ou si on faisait l'expérience dans d'autres maternités, alors cela justifierait d'effectuer des expériences contrôles supplémentaires (et dans ce cas soit les chercheurs soit les relecteurs y ont généralement pensé avant vous). Mais ici ce n'est tout simplement pas le cas.

Plutôt que d'exiger de chaque étude qu'elle soit parfaite (ce qui est impossible), il est plus raisonnable d'attendre des réplications multiples et indépendantes d'un résultat avant de lui accorder trop de crédit. C'est pourquoi j'indique autant que possible les références des études qui répliquent le résultat original, et je m'appuie lorsque c'est possible sur des méta-analyses de multiples études.

Vous argumentez qu'une petite différence d'agressivité moyenne peut en fait être significative si l'on regarde les extrêmes. Vous montrez deux gaussiennes de même écart-type, mais en fait on ne sait pas d'une part si ces courbes sont gaussiennes (et certainement, elles ne le sont pas s'il s'agit d'une grandeur positive) et surtout si elles ont le même écart-type. Si par exemple l'écart-type était légèrement supérieur pour les femmes, la conclusion serait opposée. On pourrait aussi imaginer que l'agressivité extrême est régie par une autre loi statistique. Bref, on ne peut rien conclure du tout, dans un sens ou dans l'autre.

Je suis évidemment d'accord. Les deux gaussiennes de cette figure sont purement théoriques, tracées simplement sur la base de taille d'effet donnée dans la méta-analyse d'Archer (2004), pour illustrer simplement l'effet potentiellement important d'un faible écart sur les proportions aux extrêmes.
Bien entendu, les distributions réelles ne sont pas nécessairement normales, et le calcul exact des proportions devrait se faire sur les histogrammes réels, quelle que soit la forme (normale ou non) des distributions. Nous n'avons pas les données brutes qui permettraient de faire le calcul exact, en même temps je ne vois vraiment aucune raison de suspecter que les distributions réelles puissent remettre en cause sensiblement l'estimation que nous faisons des ratios. Au contraire, j'imagine aisément la distribution des hommes ayant une queue disproportionnée dans les valeurs élevées, conduisant à des ratios extrêmes plus élevés que ceux estimés par les distributions normales.

La figure "Des différences existent dans de nombreux domaines cognitifs" me pose problème. 1. On parle d'effet de stéréotype sur la figure, or il me semble que c'est la taille d'effet de la menace du stéréotype (je me trompe ou pas ? env. 0.25). 2. On compare avec des performances qui pourraient être le résultat d'apprentissages continus (et soumis à l'influence sociale sur la durée).
ça me gène parce que ça ne me semble pas comparable.

On est d'accord. Cette analyse montre que les différences observées ne sont pas juste l'effet ponctuel de la menace du stéréotype. Mais elles peuvent bien sûr être influencées (voire entièrement résulter) d'effets de l'éducation et d'autres effets sociaux sur le long-terme. Déterminer l'origine des différences, c'est extrêmement compliqué, et c'est là que les études sur le nourrisson peuvent apporter des éléments.


Les schémas sont mal fichus, et orientés on ne voit pas ce qu'ils expriment en abscisse et en ordonnée. Des différences statistiques minimes sont montées en épingle sans ordre de proportion : donnez les vrais chiffres pour une vraie discussion rationnelle, et après on en reparlera. Etre synthétique c'est une chose, orienter une synthèse en est une autre, et l'absence de précision, la forme verbale et schématique utilisée, transforment le fond. Il y a peut-être une absence de réflexion quant à la forme, à la présentation, mais il y a clairement une orientation biaisée même si elle est involontaire

Sur la forme, je suis assez d'accord avec vous. Malheureusement, j'ai subi le format TEDx, court, formaté, et on m'a imposé de simplifier mon discours et mes diapos au maximum. J'ai même failli me fâcher avec le coach de TEDx Clermont qui voulait que j'enlève encore plus les données, les chiffres et les références de mes diapos, pour ne plus avoir que de jolies photos évocatrices et des symboles bleus et roses. Ca transformait mon talk en bouillie de marchand de tapis, ça ne cadrait pas avec la rigueur scientifique que j'essaie d'avoir, et nous avons abouti à un compromis qui est celui-ci. C'est précisément pour pallier ces insuffisances du talk et des diapos que j'ai éprouvé le besoin de créer cette page et de mettre à la disposition du public les sources des données sur lesquelles je m'appuie, afin que tout soit clair, transparent et accessible. Du coup, pour une partie des diapos, c'est à vous d'aller chercher dans les articles les détails et les chiffres, je m'en excuse.

Sur le fond, je ne vois pas en quoi cette forme épurée et manquant de précision oriente le discours et biaise les résultats. Si vous parlez de la diapo avec les barres bleues et roses montrant les différences cognitives entre les sexes, l'échelle est donnée en bas, en écarts-types (d de Cohen). Il n'y a aucune disproportion nulle part, les barres s'alignent rigoureusement avec l'échelle. Je dis moi-même dans mon talk que les différences ne sont pas très grandes (mais pas toutes minimes non plus), et je fournis la différence de taille comme base de comparaison. Si vous ne savez pas interpréter l'échelle des écarts-types, c'est expliqué dans mon article "La méthode Vidal". Vous avez maintenant tous les éléments en main pour apprécier ces différences à leur juste grandeur.

Commentaires se méprenant sur le contenu du talk

 

C'est un scandale de suggérer que les femmes sont moins intelligentes que les hommes, alors que tout le monde sait que les tests de QI sont biaisés contre elles (parce qu'ils ne testent pas l'intelligence sociale)

Je ne suggère pas que les femmes sont moins intelligentes que les hommes, je dis au contraire (et je produis des données montrant) qu'il n'y a pas de différence de QI en moyenne entre les sexes. Ce qui montre bien que les tests de QI ne sont pas biaisés contre les femmes!

Ceci dit, cela soulève une question intéressante sur la composition des batteries de tests de QI: est-ce qu'elles ne donneraient pas l'avantage aux femmes si on introduisait des tests d'intelligence sociale? La réponse est oui, probablement.
Les résultats dépendent inévitablement des tests précis qui sont mis dans les batteries. La batterie de Wechsler, de loin la plus utilisée, inclut un mix de tests verbaux et non-verbaux qui montrent des différences subtiles sur certains tests, mais qui au total s'équilibrent pour produire une quasi-égalité de QI entre hommes et femmes. L'histoire de la constitution de cette batterie suggère que ce résultat a été obtenu par hasard, pas à dessein. Mais évidemment, il serait possible, en ajoutant/retirant certains tests, de constituer une batterie qui donnerait un QI total supérieur pour les femmes. Et en ajoutant/retirant d'autres tests, on obtiendrait un QI total supérieur pour les hommes.
Ce qui montre qu'au fond des choses, la question des différences d'intelligence entre hommes et femmes n'est pas une question à laquelle il est possible de répondre de manière totalement objective. A partir du moment où il y a des différences sur certains tests (et il y en a, dans les deux sens), le résultat que donnera une batterie de tests dépendra des tests qu'on met dedans. Après on peut toujours débattre des tests qu'il faut mettre dedans et dans quelle proportion, de ce qui constitue la "vraie" intelligence, mais là on est dans le registre des préférences et des opinions, plus que de la véritable objectivité.
A titre personnel, je suis convaincu qu'il serait utile d'ajouter dans les batteries de QI des tests mesurant plus l'intelligence sociale, ainsi qu'un certain nombre d'autres capacités cognitives qui en sont absentes. Mais il n'est pas dit que cela change radicalement les résultats, du fait de la variance partagée par tous les tests, le fameux facteur g expliqué dans mon article.

Vous employez l’expression « différence cognitive » de manière ambiguë pour signifier en fait « plus faible capacité que les hommes ».

Pas du tout, par "différence cognitive" j'entends toute différence cognitive entre les sexes, qu'elle soit à l'avantage des hommes ou des femmes. Et en l'occurrence, dans mon talk, j'en montre autant qui sont à l'avantage des femmes que des hommes.

En soit le terme de « différence cognitive » est clair et neutre, mais dans la façon dont vous l’utilisez dans votre argumentaire, il n’est pas neutre, il est andro-centré, axé sur la référence des performances logico-mathématiques pour lesquelles les femmes auraient quelque chose « en moins » (d’après les tests que vous produisez et le cheminement de votre discours).

Pas du tout. Tout d'abord, je ne parle pas de "performances logico-mathématiques", terme trop peu précis dont on ne sait pas exactement ce qu'il recouvre.
Je montre des différences cognitives dans tout un ensemble de tests et de fonctions cognitives dont la plupart n'ont rien à voir avec la logique ou les mathématiques (cf. la figure correspondante). Les deux seuls tests que je montre qui pourraient s'y apparenter sont les tests notés "Maths" et "Arithmétique" sur cette figure. Or la figure montre qu'il n'y a aucune différence entre les sexes sur ces tests! Il s'agit donc d'un pur procès d'intention.

Pourquoi donc ressortez-vous ces vieilles lunes de lien entre volume cérébral et de QI, alors que personne n'y croit plus?

Personnellement je ne suis pas passionné par le lien entre volume cérébral et QI. Mais il n'aura échappé à personne que mon TEDx talk est en partie une réponse à celui de Catherine Vidal. Or c'est elle qui a choisi de démarrer sont TEDx talk (et toutes ses interventions, ses articles et ses livres) par ce sujet, et ce qu'elle en dit est totalement faux (voir l'analyse de son talk par Nicolas Gauvrit et moi-même). J'avais donc à coeur de montrer comment l'on peut traiter ce sujet en s'appuyant au mieux sur les données scientifiques disponibles, et de montrer que lorsqu'on fait cela on aboutit à la même conclusion que Catherine Vidal (qu'il n'y a pas de différence de QI entre hommes et femmes), sans pour autant avoir besoin de déformer les faits et de faire des arguments incohérents.

Sur le fond, la question du lien entre volume cérébral et QI n'est pas une question d'opinion. Les personnes qui n'y croient pas n'ont simplement pas pris connaissances des données. Quand on a lu et compris la méta-analyse de McDaniel (2005), il est impossible de ne pas y croire.

Votre discours est totalement réductionniste et focalisé sur les facteurs cérébraux. En affirmant un lien entre volume cérébral et QI, vous ignorez l'éducation, les influences sociales, la culture, les stéréotypes, l'évolution, la paléontologie, [ajoutez ici votre facteur préféré]...

Pas du tout! Au contraire, dans mon talk je parle aussi des influences dues à l'éducation et aux stéréotypes.
Vous faites une confusion entre corrélation et détermination. Des données indiscutables montrent que le volume cérébral explique environ 10% de la variabilité du QI. 10%, ce n'est pas 100%. 10%, cela implique qu'il y a 90% de la variabilité du QI qui n'est pas liée au volume cérébral. 90%, est-ce que ce n'est pas suffisant pour y mettre tous les autres facteurs que vous citez?

Vous maniez la contradiction pour mieux faire passer des idées perverses. Vous dites que les hommes et les femmes ne diffèrent pas en QI, mais en même temps vous dites que le QI est lié au volume cérébral, ce qui laisse comprendre à demi-mot que par conséquent les femmes sont moins intelligentes que les hommes.

Pas du tout! Je montre précisément pourquoi il n'y a pas de contradiction entre la corrélation QI/volume cérébral et l'égalité moyenne des QI entre hommes et femmes. Je vous renvoie à cette explication détaillée.

Vous avez en fait un message raciste dissimulé. En affirmant que le QI est lié au volume cérébral, vous voulez que les gens tirent par eux-mêmes la conclusion que les africains, parce qu'ils ont un cerveau plus petit, sont moins intelligents que les européens.

Pas du tout! Je ne parle pas de différences entre les populations, mais en fait je donne tous les éléments qui permettent de comprendre pourquoi on ne peut pas tirer cette conclusion. C'est exactement le même argument que pour les différences entre hommes et femmes.
On a 2 faits indiscutables:

  1. il y a une différence de volume cérébral en moyenne entre européens et africains;
  2. il y a une corrélation entre QI et volume cérébral; la corrélation est 0.33 et correspond donc à 10% de la variabilité;
    De ces prémisses 1 et 2, il semble découler logiquement que:
  3. les africains ont en moyenne un QI inférieur aux européens.

Mais j'explique précisément pourquoi il est erroné de déduire la conclusion 3. Je vous renvoie à l'explication ci-dessus. A fortiori ici, les corrélations QI/volume cérébral ont été établies au sein d'une population donnée, on ne peut pas en déduire qu'elles ont un lien avec des différences entre populations.

Votre affirmation selon laquelle le QI est lié au volume cérébral est en contradiction avec les données paléoanthropologiques montrant que l'homme de Néanderthal avait un cerveau plus gros qu'homo sapiens, alors qu'il était certainement moins intelligent.

Non, il n'y a aucune contradiction.
Premièrement, il n'y a aucune donnée factuelle sur l'intelligence de l'homme de Néanderthal, mais toutes les analyses récentes ont conduit à une réévaluation à la hausse de ses productions culturelles et donc de ses capacités intellectuelles présumées. Du seul fait que Néanderthal a disparu et que Sapiens a survécu, on ne peut absolument pas déduire que Néanderthal était moins intelligent que Sapiens.
Deuxièmement, c'est encore la même erreur de raisonnement que pour les différences entre les sexes et entre les populations. La corrélation QI/volume cérébral a été établie au sein de l'espèce humaine uniquement. Il est logiquement impossible d'en déduire quoi que ce soit sur les différences d'intelligence entre deux espèces. Pour spéculer un peu, il serait tout à fait possible d'avoir:

  1. une différence de volume cérébral en moyenne entre sapiens et néanderthal, à l'avantage de néanderthal; (c'est un fait établi)
  2. une corrélation entre QI et volume cérébral chez sapiens (fait établi) tout comme chez néanderthal (hypothèse);

et malgré tout il serait impossible d'en conclure à une intelligence plus importante de néanderthal comparé à sapiens, elle pourrait tout à fait être égale. Imaginons que l'intelligence de néanderthal se mesure sur la même échelle de QI que celle de sapiens. Reprenez la figure de Gur et al. (1999). Ce serait un cas de figure où les carrés noirs seraient les hommes de Néanderthal, et les ronds blancs les homo sapiens. Comme pour les hommes et les femmes, pas de différence de QI, malgré la différence de volume...
Et même s'il était établi que néanderthal était moins intelligent que sapiens, ce serait encore compatible avec les corrélations. Sur la figure, imaginez que les carrés noirs soient décalés vers le bas par rapport aux ronds blancs. On aurait encore les deux corrélations, la différence de volume cérébral, et un QI plus faible pour néanderthal...

Bref, dans une discussion scientifique, il est important de s'en tenir à ce qui est montré par les données, et uniquement à cela. Et de s'abstenir de tirer des conclusions qui n'en découlent pas strictement logiquement.

Commentaires portant sur autre chose (intentions présumées, questions scientifiques connexes...)

Comment pouvez-vous ne pas parler de... (au choix: l'évolution, le patriarcat, l'anthropologie et les comparaisons inter-culturelles, la paléontologie, les comparaisons avec les autres espèces de primates...)

Un TEDx talk fait au maximum 18 minutes. Dans le temps imparti, je n'ai pas pu montrer la moitié des études que j'aurais aimé montrer, et je n'ai pas pu expliquer les données dans tous les détails nécessaires. Il était donc impossible d'élargir encore le sujet à d'autres thématiques, aussi pertinentes soient-elles.

Comment osez-vous parler de sexe, alors que c'est une fiction socialement construite, et que seul le genre existe?

Je parle de sexe, et non de genre, parce que le sexe est bien le concept pertinent, pas le genre. Le sexe n'est pas une construction sociale, c'est une réalité objective. Quand je parle de différences entre hommes et femmes, je parle de différences entre les individus porteurs de chromosomes XX vs. XY, une réalité parfaitement objective et indépendante des constructions sociales.  Je n'ignore pas pour autant que le sexe ne se réduit pas aux chromosomes sexuels, mais en fait cela ne change rien à mon propos.

Pour élaborer un peu, il existe un sexe chromosomique (XX vs. XY), un sexe gonadique (ovaires vs. testicules), un sexe hormonal (dans quelle mesure le fœtus a été exposé aux androgènes), et un sexe anatomique ou génital (vagin ou pénis). Autrement dit, le sexe n'est pas unidimensionnel, il dépend d'au moins 4 dimensions. Et chez certains individus ces dimensions ne concordent pas (par exemple sexes chromosomique féminin et anatomique masculin). Par ailleurs, au sein de chacune de ces 4 dimensions, il n'y a pas juste deux catégories, il  y a en fait tout un continuum entre deux pôles. Je n'ignore pas tout cela. Néanmoins, il s'avère que la détermination du sexe chez l'humain est suffisamment robuste pour qu'au moins 98% des individus appartiennent sans ambiguïté à l'un des deux pôles (masculin ou féminin) sur chacune des 4 dimensions, et ont les 4 dimensions qui concordent. Autrement dit, 98% de la population humaine est sans ambiguïté biologiquement mâle ou femelle. La catégorisation binaire en mâles et femelles est une simplification, mais c'est une simplification parfaitement acceptable pour la plupart des questions que l'on se pose, étant donnée la structure de la population humaine, qui ne peut être remise en cause par aucune considération d'ordre social.

En pratique, sur le sujet qui nous intéresse ici, les expériences comparant les deux sexes peuvent inclure ou pas des personnes intersexuées, classées à tort dans une catégorie ou dans l'autre, étant donnée leur faible prévalence, cela n'a statistiquement aucune importance, cela ne peut pas changer les résultats. Mais en l'occurrence des études très intéressantes ont été réalisées spécifiquement sur des personnes avec des conditions intersexuées particulières (notamment l'hyperplasie congénitale des surrénales), et ont donné des résultats suggérant que l'exposition du fœtus aux androgènes joue un facteur causal dans l'émergence de certaines différences cognitives entre les sexes (comme dans d'autres espèces qui ont été étudiées avec des méthodes plus invasives). Autrement dit, les recherches sur les conditions intersexuées permettent de mieux comprendre les mécanismes par lesquels les cerveaux masculins et féminins se différencient au cours du développement.*

Enfin, je n'ignore pas non plus qu'il existe des rôles sociaux appelés genre, qui se superposent au sexe. C'est pour cette raison que l'observation de différences entre hommes et femmes n'implique pas nécessairement que ces différences soient dues (en totalité ou en partie) à des facteurs chromosomiques ou hormonaux. Elles peuvent aussi résulter (en totalité ou en partie) de différences d'éducation, de modèles, d'activités, etc. entre garçons et filles (comme je le dis clairement dans mon talk). C'est ce qui fait que le sujet des différences cognitives entre les sexes est particulièrement complexe, et requiert de croiser des données multiples, cognitives, cérébrales, hormonales, génétiques, sociales, chez des participants hommes, femmes et intersexués, adultes, enfants et bébés, et de comparer également avec les résultats acquis dans d'autres espèces. C'est la richesse et la complexité de ce champ de recherches que j'ai tenté d'illustrer dans mon talk.

*Rien de ce que j'ai écrit ci-dessus ne peut être interprété comme une négation de l'existence ou de l'importance des personnes intersexuées, ni du respect qui leur est dû. Je serais d'ailleurs tout à fait favorable à une reconnaissance officielle de leur existence, notamment à l'état civil.

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