Le triomphe des Lumières, par Steven Pinker

Le 7 novembre 2018 parait aux éditions Les Arènes « Le Triomphe des Lumières », traduction française du livre « Enlightenment now », par le professeur de psychologie à Harvard Steven Pinker. Ce livre est l’un des plus édifiants plaidoyers écrits à ce jour en faveur de l’usage de la raison dans la conduite des affaires humaines.

Ce livre n’hésite pas à aborder de front les questions les plus fondamentales qui se posent à nous :

  • Pourquoi tant de malheur ?
  • Comment rendre le monde meilleur ?
  • Comment donner un sens et un but à sa vie ?

Mais alors que de nombreux mouvements religieux ou mystiques, d’innombrables leaders charismatiques, autocrates et intellectuels ont des réponses toutes faites (et mutuellement contradictoires) à ces questions, Pinker souligne que ce ne sont pas les seules réponses possibles : il existe un autre héritage intellectuel, un autre système de croyances et de valeurs qui offre de meilleures garanties de nous donner de bonnes réponses. Il s’agit de l’héritage des Lumières.

Pinker n’est pas historien, et sa lecture de l’histoire des idées est peut-être simpliste, elle a en tous cas été contestée[1]. Mais cela n’a aucune importance. Ce qui compte, ce sont les idées maîtresses qu’il en dégage, plus que l’attribution qu’il en fait. Pour lui, l’héritage des Lumières peut se résumer à trois grands principes : la raison, la science, et l’humanisme. Et le propos de son livre est de montrer que, pour peu qu’on veuille bien les appliquer, c’est-à-dire utiliser la connaissance pour promouvoir l’épanouissement humain, on peut considérablement améliorer la condition humaine. La meilleure preuve, ce sont tous les progrès humains déjà accomplis au cours des derniers siècles. Reprenons l’argument au début.

La raison

Il existe de nombreuses sources de croyances : la révélation, la tradition, les dogmes, les textes sacrés, l’autorité, l’intuition, etc. La raison est la manière de penser qui nous permet d’analyser les croyances, les liens logiques qu’elles entretiennent, de les confronter entre elles ainsi qu’avec le monde extérieur, et par conséquent de faire le tri entre toutes les croyances qui nous sont offertes et d’adopter celles qui sont les plus compatibles avec la réalité et qui constituent le système de croyances le plus cohérent.

Il ne s’agit pas de dire que les êtres humains utilisent toujours et spontanément la raison. Ce n’est que l’une des manières d’utiliser notre cerveau humain. La psychologie a bien démontré que nous sommes victimes de nombreux biais de raisonnement, nous y reviendrons. Mais ce qui compte, c’est que nous sommes capables d’exercer notre raison, et ce d’autant plus que nous nous conformons à certains principes : la liberté de parole, le débat et la critique, l’analyse logique, la vérification des faits… L’existence de la raison rend la science possible.[2]

La science

La science est l’usage systématique de la raison dans le but de comprendre le monde. Les progrès phénoménaux de notre compréhension du monde au cours des trois derniers siècles ne nécessitent pas de démonstration. Cette compréhension ne porte pas que sur les mécanismes physiques de l’univers, mais offre également un regard nouveau sur l’être humain lui-même.

Pinker fait une brillante synthèse des contraintes qui définissent la condition humaine, telle que l’approche scientifique développée depuis les Lumières nous donne à la comprendre, et qu’il résume en un slogan (« Entro-Evo-Info ») et trois concepts :

  • L’entropie[3], dont l’augmentation inexorable annonce notre déchéance future (et celle de tous les êtres organisés), et permet de comprendre l’origine ultime de bien de nos malheurs : nous sommes des assemblages improbables, fragiles, et les évènements ont bien plus de manières de tourner mal que de tourner bien ;
  • L’évolution, qui est le mécanisme par lequel des entités organisées défiant (localement et temporairement) l’augmentation de l’entropie peuvent émerger au cours du temps. L’évolution complète la compréhension de l’origine de nos malheurs : nous avons été sélectionnés pour nos capacités de reproduction, pas pour être heureux ou immortels. Ainsi, l’évolution nous a légué notre cerveau de primate humain, avec ses capacités cognitives admirables mais aussi avec ses limites parfois désolantes et ses motivations souvent obscures, liées à la compétition pour la reproduction et pour la subsistance ;
  • Et enfin l’information, qui est la matière première des traitements de notre cerveau, dont l’espèce humaine fait un usage particulièrement sophistiqué, qui nous permet de déjouer toujours mieux les pièges de l’entropie et de l’évolution.

L’humanisme

Pour Pinker, ce qui définit l’humanisme, c’est l’idée que le but moral ultime est de réduire la souffrance et d’augmenter l’épanouissement des êtres humains. Comme pour la raison, l’humanisme n’est pas une nécessité, mais c’est une possibilité du cerveau humain. En effet, les humains sont doués de compassion (ou d’empathie) les uns pour les autres. C’est ce qui fait que la souffrance des autres nous touche, et que leur bien-être nous importe. En revanche, la compassion innée que nous a léguée l’évolution a un paramètre réglé par défaut, elle est limitée à un cercle restreint : la famille, les amis, les alliés. Ce qui rend possible le re-paramétrage, c’est-à-dire l’élargissement de cette compassion innée à toute l’humanité, c’est la connaissance des autres (la reconnaissance de ce que tous les êtres humains ont en commun, malgré les différences) et la raison (qu’est-ce que ma famille et mes amis ont de spécial qui justifie de les privilégier par rapport aux autres ?). Autrement dit, l’humanisme est rendu possible par la combinaison de la compassion, de l’accès à la connaissance et à l’information, et de la raison.

Ces préliminaires étant posés, le propos de Pinker est le suivant : armés de ces moyens que sont la raison et la science, et de cette valeur qu’est l’humanisme, il nous est possible d’améliorer la condition humaine, plus que par n’importe quel autre système de croyances et de valeurs. De fait, depuis que des êtres humains utilisent la connaissance pour promouvoir l’épanouissement humain, les progrès ont été considérables. Encore faut-il bien vouloir le reconnaître.

Le progrès

La deuxième partie du livre consacre 300 pages et 85 graphiques[4] à la notion de progrès humain, généralisant à tous les aspects de la vie humaine la démarche entamée dans le précédent livre[5]. A une époque où la notion de progrès est devenue suspecte voire un repoussoir, Pinker n’hésite pas à s’en réclamer.

Alors que le progrès est souvent réduit à sa composante technologique et économique, Pinker s’attache à définir le progrès comme étant tout simplement l’amélioration de ce qui compte pour les êtres humains. A peu près tout le monde peut s’accorder sur le fait qu’il vaut mieux être vivant que mort, bien portant que malade ou blessé, bien nourri que malnutri, éduqué qu’ignorant, libre que soumis, riche que pauvre, en paix plutôt qu’en guerre, en sécurité plutôt qu’en insécurité, en démocratie plutôt qu’en dictature, égaux plutôt qu’inégaux en droits, heureux plutôt que malheureux. Partant de là, toute évolution vers le côté positif de ces dimensions constitue un progrès humain.

Pinker consacre l’essentiel de cette deuxième partie à montrer qu’il existe des indicateurs quantitatifs des différents domaines chers aux humains, mesurés sur de longues périodes, et que dans à peu près tous ces domaines, ces indicateurs ont progressé sur le long terme. Autrement dit, la condition humaine a progressé dans son ensemble par rapport aux époques passées. Selon les mots fameux de Barack Obama, « si vous deviez choisir un moment dans l’histoire auquel vous pourriez être né, et que vous ne sachiez pas à l’avance qui vous allez être – quelle nationalité, quel genre, quelle race, si vous seriez riche ou pauvre, homo ou hétéro, quelle religion vous auriez – vous ne choisiriez pas il y a 100 ans. Vous ne choisiriez pas les années 50, 60 ou 70. Vous choisiriez maintenant »[6]. Dans la plupart des cas, les données sont suffisamment objectives, convergentes, et édifiantes pour être incontestables. Elles s’opposent néanmoins au discours décliniste ambiant selon lequel le monde irait de mal en pis, auquel Pinker consacre de nombreuses pages assassines.[7]

Pourquoi donc autant de nos contemporains semblent-ils aussi perméables au discours décliniste et aveugles au progrès, quand bien même ils en récoltent les fruits tous les jours ? C’est ici que Pinker remet sa casquette de professeur de psychologie. En effet, même si les êtres humains sont doués de raison, ce n’est pas leur mode de pensée par défaut. Bien utiliser la raison requiert de déjouer les pièges de nombreux biais cognitifs, parmi lesquels :

  • le biais de négativité (les évènements négatifs attirent plus l’attention et sont mieux mémorisés que les évènements positifs) ;
  • la plus grande aversion aux pertes qu'aux gains (les évènements négatifs sont ressentis plus fortement que les évènements positifs de même magnitude);
  • l’heuristique de disponibilité (nous évaluons les risques en fonction de la facilité à se remémorer des exemples, pas en estimant des probabilités) ;
  • l’effet de récence (les évènements récents ont plus de poids que les évènements anciens), qui se combine avec le biais de négativité ;

Ces différents effets conspirent pour focaliser l’attention sur les désagréments présents, exagérer les risques futurs, et idéaliser le passé.

Face à ce tableau décrivant des progrès dans tous les domaines, on pourrait penser que Pinker est un Pangloss voyant le monde en rose, ou qu’il souffre d’un optimisme béat et inconditionnel. Mais ce n’est pas le cas. Pour lui, le progrès n’est en aucun cas inéluctable, c’est au contraire un combat permanent. Rien n’interdit une stagnation voire des régressions importantes dans des domaines qui nous sont chers. Il s’inquiète d’ailleurs sérieusement de ce que le président américain actuel (et quelques autres autocrates de par le monde) ne remette en cause un certain nombre d’avancées. Le progrès n’est pas magique. Il découle simplement de l’utilisation de nos connaissances pour résoudre nos problèmes. Si les gens au pouvoir ne veulent pas ou ne savent pas faire bon usage de la raison et de la science dans un but humaniste, nous risquons de connaître de sérieuses régressions. Par ailleurs, des problèmes, nous en aurons toujours. Il y aura toujours du malheur et des injustices à combattre. Et les solutions que nous imaginons peuvent engendrer leurs propres problèmes. Néanmoins il est sain de parfois se retourner en arrière, de constater le chemin accompli, d’analyser comment il a été accompli, de manière à se donner les meilleures chances pour l’avenir. Pour Pinker, la conclusion est sans appel : les progrès passés sont très largement dus à la raison, à la science, et à l’humanisme, et il faut donc s’appuyer sur ces mêmes principes et les déployer encore plus pour faire face à l’avenir.

Les défis de l’humanité

Parmi les quelques ombres au tableau du progrès, il faut mentionner les inégalités et l’environnement.

Sur le premier dossier, Pinker argumente que les inégalités globales dans le monde n’augmentent plus voire se réduisent sur les dernières décennies, du fait du rattrapage des pays en développement sur les pays industrialisés. En revanche, les inégalités au sein de chaque pays progressent, quoique pas de manière aussi vertigineuse et constante que ne le suggèrerait le discours décliniste. En particulier, elles sont loin des sommets atteints dans les pays industrialisés au 19ème siècle, ce dont les gens d’aujourd’hui ont évidemment du mal à se souvenir. De manière controversée, Pinker suggère que la réduction des inégalités n’est pas nécessairement une fin en soi – en tous cas, que l’obsession de rendre moins riches les 1% les plus riches ne devrait pas prendre le pas sur l’objectif bien plus important de rendre moins pauvres les 50% les plus pauvres. Il conteste notamment que les inégalités aient en soi un impact sur le sentiment de bien-être ou de « bonheur », alors que la pauvreté, elle, en a un incontestable.

Fidèle à son approche, Pinker montre que même dans le domaine de l’environnement, où les inquiétudes sont sérieuses, la prise de conscience des années 70 et les actions qui ont suivi produisent déjà des effets : la population croît de moins en moins, l’économie se décarbonise de plus en plus, la déforestation ralentit, certains indicateurs de pollution diminuent, les zones naturelles protégées augmentent… Même s’il moque les prophéties apocalyptiques du passé qui ont échoué à se réaliser, il ne convaincra certainement pas tout le monde du fait que la trajectoire actuelle est soutenable[8].

Pinker rejoint néanmoins le consensus pour considérer que le changement climatique est le plus grand problème auquel l’humanité ait jamais été confrontée. Et bien sûr, il parie sur la raison et sur la science pour y faire face sans occasionner de régressions importantes sur les progrès déjà acquis, régressions qui seraient particulièrement insupportables du point de vue des plus pauvres qui aspirent légitimement à rejoindre le niveau de vie des plus riches. Comme la plupart des experts qui ont compris les ordres de grandeur de production et de consommation d’énergie[9], Pinker considère que l’énergie nucléaire (de 3ème et de 4ème génération) est indispensable pour assurer la transition énergétique, au moins pendant les quelques décennies nécessaires pour que d’autres sources d’énergie plus propres et plus renouvelables atteignent suffisamment de maturité technologique pour assurer la production mondiale. Les pays industrialisés qui, au lieu d’investir massivement dans le nucléaire, décident au contraire de s’en passer dès maintenant, et qui reportent donc leur consommation d’énergie sur le charbon et sur le gaz, commettent une erreur catastrophique, à la fois pour eux-mêmes et pour toute la planète.

En parallèle avec la confiance dans les progrès scientifiques et technologiques pour décarboner l’énergie et l’économie, Pinker considère aussi qu’il est important de réduire autant que possible la consommation d’énergie. Sur ce point, le diagnostic du psychologue est sans appel : les discours incantatoires et culpabilisants visant à inciter les gens à modifier volontairement leur comportement pour consommer moins d’énergie, gaspiller moins, et produire moins de déchets ont des effets dérisoires, incommensurables avec les changements nécessaires. Personne n’a intérêt à faire des efforts importants tout seul quand les voisins sont libres de ne pas les faire. Le seul moyen (non dictatorial) pour que la majorité des gens consentent aux efforts nécessaires, c’est d’aligner l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. Le meilleur moyen pour le faire est de taxer le carbone au juste prix pour internaliser au niveau de chaque consommateur les coûts externes du carbone sur l’environnement. A condition bien sûr de ne faire aucune exception, qu’il s’agisse des transports aériens et maritimes internationaux ou des poids lourds sur les routes. Seul un tel mécanisme pourra mettre en mouvement coordonné dans la bonne direction tous les acteurs, particuliers, entreprises et gouvernements.

Enfin, le dernier défi auquel l’humanité est confrontée réside dans les ennemis du progrès. Alors que l’on pourrait naïvement penser que la raison, la science, l’humanisme et les progrès qui s’ensuivent seraient totalement consensuels, Pinker souligne qu’ils ont de nombreux ennemis, implicites ou explicites. Il cite notamment : le fondamentalisme religieux, qui rejette la raison et la science et assigne des objectifs illusoires en lieu et place de l’épanouissement humain ; le populisme nationaliste, qui prospère sur la négation du progrès et développe une rhétorique tribale plaçant les intérêts d’un peuple ou d’une nation au-dessus de celui de tous les êtres humains ; l’écologisme radical, qui place les intérêts d’une nature mythique au-dessus de ceux des humains ; mais aussi la plupart des idéologies politiques, de gauche et de droite, qui accordent plus d’importance à des idées abstraites qu’aux faits objectifs, qui polarisent les opinions des citoyens de manière irrationnelle, et qui, quand bien même elles ont des objectifs humanistes, conduisent souvent à des politiques inefficaces ou contre-productives, car insuffisamment informées par la raison et la science; enfin, certains courants intellectuels encore très en vogue, comme le romantisme, l’héroïsme nietzschéen, le postmodernisme, le relativisme, contre lesquels Pinker n’a pas de mots assez durs, et qui assurément le lui rendent bien.

Conclusions

Il ne fait aucun doute que le Triomphe des Lumières sera critiqué sur différents aspects. De fait, un certain nombre de critiques ont déjà été publiées[10]. On n’est pas obligé d’être convaincu par tous les arguments de Steven Pinker, par toutes ses appréciations du passé, et par sa confiance en l’avenir. Mais les points de divergence que chacun aura avec le livre ne remettent pas nécessairement en question la force de l’argument principal. On peut difficilement s’opposer au progrès humain. On peut difficilement contester tous les progrès déjà effectués. On peut difficilement attribuer ces progrès à d’autres systèmes de croyances et de valeurs que la raison, la science et l’humanisme. Et par conséquent, on peut difficilement parier sur autre chose pour l’avenir.

On peut maintenant revenir aux trois questions existentielles de départ et leur donner les réponses du Triomphe des Lumières :

Pourquoi tant de malheur ? A cause de l’entropie et de l’évolution.

Comment rendre le monde meilleur ? Nous ne pouvons pas grand-chose à l’entropie et à l’évolution, mais nous avons néanmoins le pouvoir de changer le monde, en nous appuyant sur la raison, la science, et l’humanisme.

Comment donner un sens et un but à sa vie ? Qu’y a-t-il de plus exaltant que de contribuer à améliorer la condition humaine, chacun à sa manière, à sa mesure, en fonction de ses aptitudes et de ses opportunités ?

Au final, la vision offerte par les Lumières d’un univers totalement indifférent à la condition humaine, qui désespère tant les gens religieux ou mystiques, est pourtant porteuse à la fois d’espoir et d’une grande responsabilité : d’une part, il est possible d’améliorer la condition humaine (grâce à la raison, la science et l’humanisme), les progrès passés le prouvent ; d’autre part, si nous souhaitons l’améliorer encore plus dans le futur, c’est à nous de le faire (car nous ne pouvons compter sur personne d’autre). Et c’est le meilleur objectif que l’on puisse fixer à sa vie[11].

A mon sens, ce livre devrait être une lecture obligatoire pour tout notre personnel politique, et pour toute personne appelée à contribuer à des décisions collectives. Il est grand temps que les politiques publiques de la France soient menées sur la base de l’examen le plus systématique et rigoureux possible des données factuelles disponibles, plutôt que sur la base de croyances, d’idéologies et d’arguments d’autorité.

Franck Ramus

PS : Steven Pinker a donné une conférence publique à l’ENS le 7 novembre à 17h, que l'on peut maintenant visionner ici.

PPS : On peut lire une autre recension du même livre par Denis Meuret.


[1] Notamment par Hanlon, A. R. (2018, mai 17). Steven Pinker’s new book on the Enlightenment is a huge hit. Too bad it gets the Enlightenment wrong. Consulté 1 novembre 2018, à l’adresse https://www.vox.com/the-big-idea/2018/5/17/17362548/pinker-enlightenment-now-two-cultures-rationality-war-debate.

[2] On notera que le rôle crucial de la raison dans tout cet édifice rend particulièrement importante l’amélioration de l’éducation à la raison et à l’esprit critique. Pour approfondir le sujet de l’esprit critique, on pourra se reporter au site du Cortecs et à celui de l’ASTEC. Pour approfondir l’éducation à l’esprit critique, voir les manuels et activités développés par la fondation la Main à la Pâte, ou encore le nouveau livre du Pharmachien.

[3] L’entropie est un concept-clé de la thermodynamique, qui quantifie le degré de désorganisation et d’imprédictibilité d’un système. La seconde loi de la thermodynamique indique que l’entropie d’un système isolé ne décroît jamais. Autrement dit, le désordre a tendance à toujours augmenter. Les entités organisées (comme les êtres vivants et leurs constructions) sont des diminutions locales de l’entropie, mais ne sont pas des systèmes isolés : ils ne peuvent exister qu’en consommant de l’énergie puisée ailleurs, et donc au prix d’une augmentation globale de l’entropie.

[4] On peut retrouver la plupart des données utilisées, les télécharger, reconstituer les graphiques, les modifier, et en créer bien d’autres sur l’extraordinaire site Our world in data. Un autre site similaire et tout aussi intéressant est Gapminder.

[5] Pinker, S. (2017). La Part d’ange en nous. Paris: Les Arènes. Ce livre porte sur le déclin de la violence au cours de l’histoire de l’humanité. Ce thème est repris et mis à jour dans les chapitres 11-12-13 du Triomphe des Lumières.

[6] “If you had to choose one moment in history in which you could be born, and you didn’t know ahead of time who you were going to be -- what nationality, what gender, what race, whether you’d be rich or poor, gay or straight, what faith you'd be born into -- you wouldn’t choose 100 years ago.  You wouldn’t choose the fifties, or the sixties, or the seventies.  You’d choose right now.”  Barack Obama, Howard University Commencement Ceremony, 7/05/2016.

https://obamawhitehouse.archives.gov/the-press-office/2016/05/07/remarks-president-howard-university-commencement-ceremony

[7] Bien entendu, Pinker n’est ni le premier, ni le seul à s’opposer au déclinisme et à vouloir réhabiliter le progrès. On pourra notamment citer :

Serres, M. (2017). C’était mieux avant. Paris: Le Pommier.

Voir aussi la campagne #pasmieuxavant de l’association SciencePop, à laquelle j’ai emprunté les graphiques de cette recension.

[8] Par exemple : https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/mar/07/environmental-calamity-facts-steven-pinker

[9] A commencer par le GIEC, ou encore l'association Sauvons le climat, et Jean-Marc Jancovici.

[10] Parmi les critiques non encore cités : Goldin, I. (2018). The limitations of Steven Pinker’s optimism. Nature, 554, 420. https://doi.org/10.1038/d41586-018-02148-1

Lire aussi le débat entre Nassim Taleb et Steven Pinker sur le déclin de la violence  http://www.barrelstrength.com/2018/04/16/pinker-versus-taleb/

La critique de Taleb: http://www.fooledbyrandomness.com/longpeace.pdf

La réponse de Pinker: https://stevenpinker.com/files/comments_on_taleb_by_s_pinker.pdf

[11] Pour ceux qui se demandent « oui, mais concrètement, qu’est-ce que moi je peux faire pour rendre le monde meilleur ? » et qui lisent l’anglais, je signale l’excellent site 80000hours qui est entièrement dédié à cette question.


15 commentaires pour “Le triomphe des Lumières, par Steven Pinker”

  1. Théo Répondre | Permalink

    Merci Franck pour cet article.

    J'ai pour ma part également été convaincu par la thèse centrale du livre, même si on pourra opposer des objections, parfois sérieuses, sur certains développements. Par exemple, Pinker se prévaut faussement d'une neutralité politique.

    Il est assez incroyable que l'idée que l'on ait progressé quasiment à tout points de vue soit si peu acceptée, particulièrement en France, l'un des pays les plus pessimistes comme le montrent les enquêtes. J'ai pu le constater à de nombreuses reprises lors de la publications de plusieurs des items de la série #pasmieuxavant sur Science Pop. Sans cesse on tombe sur des personnes qui cherchent à nier l'existence du progrès à tout prix, que ce soit en dénigrant la source, en refusant les chiffre par simple incrédulité, en affirmant que les données sont incomplètes, trompeuses, qu'on ne prend pas un point de vue assez global, en accusant de naïveté etc. Pourtant, je m'efforce toujours de vérifier la qualité des données et de nuancer le propos introductif, en remettant les données dans leur contexte.

    Aussi, il faut bien insister sur le fait que le progrès passé n'implique pas une poursuite de ce progrès. En particulier, les conséquences néfastes des activités humaines sur l'environnement sont susceptibles d'influer négativement sur l'évolution des indicateurs. C'est d'ailleurs déjà le cas sur certains aspects. Cette lecture a renforcé mon scepticisme sur la trajectoire de l'humanité durant ce siècle. Les certitudes mal placées ont fait place au wait & see...

  2. Coline Répondre | Permalink

    @Theo : totalement d’accord. Les gens déploient une énorme énergie à minimiser les progrès humains (et une énorme agressivité même. On dirait que ça leur fait mal).
    Quant à Nassim Taieb, je ne comprends toujours pas dans quelle galère il est parti à écrire autant de sottises sur un bouquin qu’il n’avait pas lu (le bouquin sur le déclin de la violence)

  3. Bugul Noz Répondre | Permalink

    Merci pour cette recension d'un ouvrage qui s'annonce très intéressant. Ce n'est pas avec ce billet que vous vous réconcilierez avec les plumitifs de la rubrique "Planète" du Monde 😉

  4. Sak Répondre | Permalink

    Franck, quant à vous, que pensez-vous des théories sur un possible effondrement civilisationnel (à court terme, 10 à 30 ans) ?

    Personnellement, même si je suis d'accord pour dire que l'on a jamais été aussi en bonne santé, sécurité (alimentaire, civile, etc.), les arguments en faveur d'un effondrement font mouche. L'amélioration spectaculaire de la condition humaine a été obtenue au prix de ressources non renouvelables, que l'on suppose gratuites (chez les économistes aussi bien classiques que marxistes) et on peut craindre que la chute soit très brutale (le nucléaire ne pourra pas tout absorber, et paradoxalement, à part Jancovici, tous les prophètes de cet effondrement sont aussi contre toutes ces solutions techniques et ont quasi tous un biais d'idéalisation de la nature terrestre).

    Pas certain que tout ça ne soit que d'ordre psychologique. Certes il y a souvent eu toutes ces tentations millénaristes, mais ça n'écarte rien. Ça va bien finir par merder, on est coincé sur cette planète.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Il ne fait aucun doute que nous sommes confrontés à des problèmes importants. De là à prédire un effondrement civilisationnel...

      Je ne suis pas expert de ce genre de sujet. En matière de prédiction de l'état du monde, je m'en remets à Philip Tetlock, qui est le chercheur le plus important sur le sujet. Il a évalué les prédictions des meilleurs éditorialistes, conseillers politiques, spécialistes du renseignement, et il a développé des méthodes pour améliorer sensiblement le niveau de prédiction des évènements du monde, bien au-delà de ce qui avait été atteint auparavant. Il conclut néanmoins qu'au-delà d'un horizon de 5 ans, aucune prédiction n'est meilleure que le hasard. Son livre Superforecasting est incontournable.
      https://www.sas.upenn.edu/tetlock/

  5. LH Répondre | Permalink

    ..."nous avons néanmoins le pouvoir de changer le monde, en nous appuyant sur la raison, la science, et l’humanisme"

    Bonjour,
    Concernant la 'raison' dont il est question ici, elle semble reliée à l'intelligence . Or nous ne sommes pas tous dotés également de cette dernière. Il y a donc plusieurs 'niveaux de raison'. Comment faire pour les accorder? Pouvons-nous tous être capables de cette 'raison' qui permettra de franchir ce cap de compréhension de nos rapports sociaux?
    Par ailleurs, je ne comprends pas bien l'usage du terme 'humanisme' dans un paradigme scientifique. Il reste vague (notamment sur les motivations de ceux qui en font preuve) et 'politiquement très correct. Dans son acception générale (pas celle dont il est question ici, certes), il laisse même supposer une forme d'altruisme qui ne me semble pas compatible avec la réalité de nature humaine. L'empathie n'est pas une vertu mais un mécanisme vraisemblablement sélectionné au cours de l'évolution ( pour ses propriétés 'socialisantes', j'imagine), qui reste très arbitraire (on 'empathise' uniquement sur ce qui traverse notre champ conscient) et très 'égoïste' (l'empathie nous pousse à agir pour calmer notre propre souffrance causée par la representation intériorisée de celle d'autrui). Bref, un peu mince comme base pour changer le monde.
    S'agissant de changer le monde, ne faudrait-il pas plutôt commencer sérieusement par le "connais toi toi-même" ? ...afin de comprendre les ressorts profonds qui nous motivent et permettre ainsi, dans un second temps, de mettre en place un système qui determine nos égoïsmes respectifs à coopérer plutôt que de chercher à se dominer les uns les autres?
    Le scientifique ne doit il pas parler dans les termes ci dessus (directs et sans détour) plutôt qu'user de termes imprécis, voire trompeur, tels qu’humanisme, liberté, amour , amitié, etc...? (je sais que vous n'avez pas prononcés ces derniers, mais ils restent étonnamment à la mode). Faut-il laisser les gens dans la Matrice où ces mots ont cours ? 🙂
    cordialement,
    LG

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Concernant la 'raison' dont il est question ici, elle semble reliée à l'intelligence . Or nous ne sommes pas tous dotés également de cette dernière. Il y a donc plusieurs 'niveaux de raison'. Comment faire pour les accorder? Pouvons-nous tous être capables de cette 'raison' qui permettra de franchir ce cap de compréhension de nos rapports sociaux?

      La raison repose sur l'intelligence humaine, mais ne s'identifie pas à l'intelligence. De nombreuses études ont montré que la raison est principalement limitée par nos biais cognitifs, et que nous en sommes tous victimes, quel que soit le niveau de QI. Raisonner juste dépend avant tout de la prise de conscience de notre propension à raisonner faux, de nos biais cognitifs, et de l'acquisition de stratégies pour déjouer nos biais, plus que de notre QI. Bien sûr, il existe certainement un niveau d'intelligence minimum qui est nécessaire pour parvenir à surmonter ses biais cognitifs, mais je ne vois pas cela comme une limite importante à la généralisation de la raison.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      La définition de l'humanisme est donnée dans le livre et répétée dans cette recension. Il n'y a rien de vague ni de politiquement correct là-dedans. Simplement, c'est une valeur, chacun est libre de ne pas l'adopter, et de ne pas chercher à augmenter l'épanouissement humain.

      Comme expliqué, l'humanisme repose sur une base biologique solide, l'empathie, qui est par défaut limitée à un petit cercle, mais celui-ci peut être élargi. L'empathie peut conduire à l'altruisme, mais ce n'est pas une nécessité, c'est une potentialité.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Et sur le "connais-toi toi-même", oui, bien sûr, ce ne sont pas des psychologues comme Pinker ou moi qui vont dire le contraire! Et c'est d'ailleurs exactement ce que nous disons: pour raisonner juste, il faut commencer par connaître les limites de sa propre raison.

  6. LG Répondre | Permalink

    "Simplement, c'est une valeur, chacun est libre de ne pas l'adopter".
    J'étais déjà resté profondément dans l'incompréhension lors de l'un de vos précédents billets et , à nouveau, j'avoue sincèrement ne pas vous suivre. En tant que scientifique, vous êtes 'déterministe'. Comment croire alors qu'un homme est 'libre' d'adopter tel ou tel comportement? Comment laisser entendre qu'il a le choix d'être humaniste ou pas? Comment ne pas croire que c'est l’environnent , passé à la moulinette de ses capacités physiologiques, qui dicte à l'homme ses moindres comportements?(comme pour toutes formes de vie d'ailleurs)
    C'est cette définition d'un humanisme sous-tendu par un libre-arbitre que je trouve vague, pas très scientifique et politiquement correct. Ca ressemble un peu à un voeu pieu...

    Sinon, il y a un point que je n'ai pas vraiment compris concernant l'empathie. Pourquoi la limitez vous à la famille, amis et alliés? Il me semble que nous sommes tous capables d'empathie pour de parfaits inconnus pour peu qu'on nous donne à voir leur souffrance, non?

    LG

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Vous avez raison sur le fait que je souscris au déterminisme causal. Par conséquent, mon usage du mot "libre" est un abus de langage, qui signifie "non contraint". Personne ne vous oblige à être humaniste, ni à ne pas l'être. C'est une décision qui se passe dans votre cerveau, en pesant les différentes sources d'information à votre disposition, en fonction de votre passé et de vos prédispositions. Le fait que cette décision soit déterminée par l'ensemble de ces causes n'est pas en contradiction avec l'absence de contraintes (ressenties par vous).

      • LG Répondre | Permalink

        "Le fait que cette décision soit déterminée par l'ensemble de ces causes n'est pas en contradiction avec l'absence de contraintes (ressenties par vous)".
        Sur ce point , nous sommes d'accord, puisque nous parlons de ressenti. Mais rien de franchement nouveau dans acception de la 'liberté' ...celle avec laquelle Spinoza n'était déjà pas très tendre, à l'époque: "Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent.".
        J'en déduis que vous n’êtes pas complètement spinoziste... 😉
        Merci, en tout cas d'avoir pris le temps de répondre....
        LG

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      De nombreuses données historiques, anthropologiques et psychologiques montrent chez l'être humain, l'empathie est par défaut restreinte à un cercle proche. La tribu (ou la religion, ou la nation) d'à-côté, ce sont a priori des ennemis, ils sont à peine humains, on éprouve pas ou peu d'empathie pour eux, ce qui fait qu'on les massacre allègrement. L'élargissement progressif du cercle de l'empathie est une avancée considérable des sociétés humaines, qui permet l'universalisme et l'humanisme. Mais cela reste une construction culturelle, qui n'est pas encore acquise partout, et qui nécessite une éducation spécifique à chaque génération.
      Ce sujet est notamment développé dans le précédent livre de Pinker, "La part d'ange en nous".

  7. Ladislas Répondre | Permalink

    Merci Mr. Ramus pour ce joli résumé.

    J'ai comme vous beaucoup apprécié la lecture de ce livre, et en particulier celle des trois premiers chapitres sur la raison, la science et l'humanisme. Les 300 pages suivantes de données ont été également pour le moins stimulantes.

    Une des limites du travail (et plus généralement, de la perspective) de Pinker tient, à mon sens, dans sa conception de l'humanisme. Comme vous le résumez très bien: "Pour Pinker, ce qui définit l’humanisme, c’est l’idée que le but moral ultime est de réduire la souffrance et d’augmenter l’épanouissement des êtres humains".

    À mon sens, cette conception de l'humanisme vieillit mal et échoue à répondre aux (nouveaux) grands enjeux. Loin de moi l'idée de tomber dans la caricature de "l'écologisme radical" (i.e., on devrait penser la nature avant l'homme), je pense cependant qu'on ne peut pas penser l'homme en dehors de la nature. Ce faisant, il me semble un peu étriqué de considérer les notions de progrès de manière (uniquement) "anthropocentrée", en évitant (par exemple) les questions de l'impact humain sur son éco-système, c'est à dire sur son environnement ou sur d'autres espèces animales (Pinker mentionne ce point comme un détail au début de la dernière partie de son livre, en expliquant qu'une revue des observations étendue à l'ensemble de l'écosystème relèverait d'un autre livre).

    Je pense que la vue de Pinker gagnerait à intégrer une version actualisée de l'humanisme qui s'étend à d'autres groupes animaux. Je fais référence aux travaux de Peter Singer (entre autres), qui disait dans un papier de 2004 (Taking Humanism beyond Speciesism): “[…] my aspirations go beyond human interests and the global ecosystem. Why should we ground values in the welfare of human beings rather than in the welfare of all beings capable of having a welfare at all?”

    Mon intuition est que si l'on essayait d'évaluer le progrès d'un point de vue plus "holistique", l'optimisme de Pinker en prendrait un certain coup. Considérons par exemple la perte de biodiversité anthropogénique (i.e., causée par l'homme), qui s'accroit depuis les deux derniers siècles. Le taux de la perte de biodiversité actuelle est estimé (selon les auteurs) à environ 100 à 1000 fois plus important que le taux d'extinction "naturel" (the "background extinction rate") (e.g., Ceballos et al., 2015; De Vos et al., 2014).

    Est-ce qu'il s'agirait donc d'un autre signe du progrès humaniste que décrit Pinker dans ses 85 graphiques ? Peut-on vraiment parler de progrès, si l'on considère ces "dommages collatéraux" (NB: il s'agit d'une véritable question, je ne prône pas de retour en arrière) ?

    Singer (2014): https://philpapers.org/rec/SINTHB
    Ceballos et al. (2015): http://advances.sciencemag.org/content/1/5/e1400253
    De Vos et al. (2014): https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/cobi.12380

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Merci pour ce commentaire qui soulève des questions morales profondes. Je n'y répondrai pas sur le fond (ni a fortiori pour Pinker) car ce n'est pas mon rôle de scientifique de discuter les choix moraux. Je me bornerai à deux remarques:
      - l'humanisme, par définition, consiste à se préoccuper du sort des humains. Il est tout à fait respectable de se préoccuper du sort des autres animaux, tout comme de la biosphère toute entière. Mais appeler cela de l'humanisme ne peut qu'induire des confusions entre concepts. Dans un souci de clarté conceptuelle et de transparence terminologique, je pense qu'il faut trouver à ces concepts des noms dédiés, comme animalisme, vivisme, que sais-je?
      - Dans la mesure où le bien-être des humains dépend de la biosphère dont ils tirent leurs ressources (et peut-être aussi dans une certaine mesure du bien-être de certaines espèces animales auxquelles ils sont attachés), même l'humanisme au sens strict du terme doit nécessairement se préoccuper des questions d'environnement, et ne pas le laisser se dégrader à un point où cela nuirait au bien-être humain. C'est bien sûr ce que dit Pinker aussi.

Publier un commentaire